Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
L’une des pages Facebook les plus populaires en Tunisie est la page Ezzahrouni, consacrée à la dénonciation de tous les abus commis par les malfrats et aussi les prestataires de services malveillants. Comment justement rendre utiles les réseaux sociaux ? Il s’agit de la page la plus populaire en Tunisie, et pour cause…
La page Ezzahrouni s’est en effet spécialisée dans la dénonciation des abus en postant des vidéos et des photos des malfrats en train de commettre des vols ou des braquages ainsi que les dépassements des prestataires de services, notamment les commerçants spéculateurs. Face, justement, à la prolifération de la criminalité en Tunisie, les administrateurs de cette page prêtent une main forte aux auxiliaires de la justice en les aidant.
Rien qu’en 2025, la page a permis d’élucider plus de 500 affaires portant sur des vols et des braquages commis dans des magasins ou dans la rue. Dans les commentaires, les internautes n’hésitent pas périodiquement à saluer les efforts des administrateurs de cette page allant jusqu’à la qualifier de page d’utilité publique. « Nous sommes suivis par 700 mille internautes et certaines vidéos collectent plus de 3 millions de vues », nous dira l’un des administrateurs de cette page.
Comment justement rendre utiles les réseaux sociaux ? Pour l’ingénieur en informatique, Fakher Karouida : « Rendre les réseaux sociaux d'utilité publique implique de transformer ces plateformes en outils d'information vérifiée, d'engagement citoyen et de service, plutôt que de simples divertissements. Cela passe par la diffusion de contenus éducatifs, le relais d'informations officielles lors de crises, la promotion d'initiatives locales et la vérification systématique des sources ».
Et d’ajouter : « Les réseaux sociaux font désormais partie intégrante de notre vie quotidienne. Ils permettent de rester connecté avec le monde, d’échanger des idées et de découvrir des contenus inspirants. Cependant, pour en tirer le meilleur parti, il est important de savoir les utiliser de manière responsable et intelligente ». Qu’en est-il des réseaux sociaux en Tunisie ? Du bon et du mauvais…
L’on sait que la Tunisie affiche un taux de pénétration internet de 79 % (environ 10 millions d'utilisateurs), avec des réseaux sociaux ultra-dominés par Meta (Facebook, Instagram) et une croissance fulgurante de TikTok. Facebook reste le leader avec plus de 7 millions d'utilisateurs, tandis que la Génération Z privilégie Instagram et TikTok. Plusieurs de ces réseaux ne sont utilisés cependant que pour se divertir voire à mauvais escient.
Selon notre ingénieur : « Les abus sur les réseaux sociaux en Tunisie, principalement sur Facebook (91% des cas), connaissent une hausse alarmante, incluant cyberharcèlement, chantage, usurpation d'identité et diffusion de contenus violents. Les femmes sont particulièrement visées (4 sur 5), tandis que les mineurs sont exposés à des réseaux de détournement et de chantage numérique.
Plus de 50% des contenus sur les réseaux sociaux sont considérés comme violents, ciblant notamment les femmes, entraînant harcèlement sexuel et cyberharcèlement. L'usage des réseaux sociaux par les 13-17 ans a explosé (+88% entre 2019 et 2022). Des réseaux criminels utilisent le chantage, la pression psychologique et l'appâtage pour exploiter les mineurs.
Les menaces incluent le vol d'informations, l'escroquerie, la diffamation et la désinformation ». Et d’ajouter : « Pour contourner ces failles, il est alors important d’utiliser les plateformes pour des campagnes de sensibilisation, la promotion de projets culturels ou sociaux, et le développement de l'esprit critique.
Assurer également la cohérence visuelle et éditoriale des entités publiques et utiliser les outils de manière responsable pour limiter la dépendance ainsi que transformer les réseaux en espaces d'apprentissage et d'opportunités, plutôt qu'en outils passifs. En résumé, l'utilité publique repose sur une approche proactive et responsable, où le contenu prime sur la viralité superficielle ».
M.B.S.M.

