Tunis accueillera en mai prochain la 33e Conférence annuelle de la COPEAM sur l’avenir des médias audiovisuels
Tunis abritera, du 7 au 9 mai 2026, la 33e Conférence annuelle de la COPEAM (Conférence Permanente de l’Audiovisuel Méditerranée), dédiée aux acquis majeurs et aux défis futurs des médias audiovisuels dans l’espace méditerranéen.
Accueillie par la Télévision Tunisienne, cette édition coïncide avec le 60e anniversaire de la télévision publique tunisienne et le 30e anniversaire de l’organisation.
La Copeam est une organisation à but non lucratif fondée en 1996, qui est dédiée à la coopération et au dialogue culturel dans le bassin méditerranéen. Elle regroupe les principaux acteurs du secteur audiovisuel, y compris les radios et télévisions publiques de 27 pays de la région. Le siège opérationnel de la COPEAM est basé à Rome, au sein des bureaux de la RAI – Radiotelevisione Italiana, qui assure également le Secrétariat Général de l’organisation.
Cette rencontre réunira des représentants de haut niveau du secteur des médias et de la culture ainsi que des institutions de la région méditerranéenne pour débattre de l’importance stratégique des médias audiovisuels dans le développement des sociétés méditerranéennes et la vision numérique partagée. Les professionnels intéressés peuvent s’inscrire avant le 31 mars 2026.
Placée sous le thème « Médias audiovisuels et sociétés : acquis saillants et défis futurs », la rencontre interrogera la capacité des médias de service public à consolider la cohésion sociale et à réinventer leurs écritures pour renouer avec les générations Z et Alpha, dont les usages migrent vers les plateformes numériques et les réseaux sociaux.
Les travaux mettront également en perspective l’irruption de l’intelligence artificielle dans la fabrique médiatique - de la conception des contenus à leur diffusion et à l’engagement des audiences- tout en examinant les impératifs de responsabilité éditoriale, de protection des œuvres, de souveraineté culturelle et de préservation des valeurs démocratiques.
La conférence proposera en outre une lecture historique des pratiques journalistiques et un décryptage des métamorphoses induites par la plateformisation de l’information, l’émergence de nouveaux formats narratifs et l’évolution des habitudes des publics dans l’environnement numérique.
Prix Comar d’Or 2026 : L’appel à candidatures pour les romans tunisiens reste ouvert au 31 mars
Les candidatures à la 30ème édition des Prix littéraires Comar d’Or, dédiée aux romans tunisiens publiés en langues arabe et française, sont éligibles aux romans écrits par des auteurs de nationalité tunisienne, publiés en Tunisie ou à l’étranger, entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2026. Il est à noter ainsi que le dernier délai de dépôt est le 31 mars 2026.
L’appel a été lancé par COMAR Assurances, organisatrice de ces distinctions annuelles qui sont consacrées à la production de romans tunisiens, via sa page dans les réseaux sociaux, indiquant que les dotations seront en hausse par rapport à l’édition précédente.
Les ouvrages en compétition seront examinés par deux jurys distincts, composés chacun de cinq membres, l’un pour les romans en langue arabe et l’autre pour ceux en langue française.
D’après le règlement, les prix se déclinent, dans chaque langue, en trois catégories, à savoir les Prix Comar d’Or, dotés d’un montant de 15 0000 dt chacun, sont décernés aux meilleurs romans, dans l’une et l’autre langue, publiés entre deux sessions. Les auteurs ayant reçu le prix COMAR d’OR peuvent concourir pour le même prix avec un nouveau roman, après une période de 5 ans.
Les Prix Spéciaux des jurys en langues arabe et française sont dotés d’un montant de 70000 dt chacun. Ces deux prix sont décernés aux romans, dans l’une et l’autre langue, qui présentent une originalité remarquée par les jurys.
Les auteurs ayant reçu le Prix Spécial du jury peuvent concourir pour le prix COMAR D’OR.
Cependant, ils peuvent participer et concourir pour le même prix (Prix Spécial du Jury), après une période de 5 ans;
Les « Prix Découverte » en langue arabe et française sont dotés d’un montant de 3 000 chacun. Ces deux prix sont décernés aux romans, dans l’une et l’autre langue, où les jurys décèlent des romanciers à l’avenir prometteur. Ce prix est décerné une seule fois au même auteur;
Le Prix Comar d’Or récompense le meilleur roman publié entre deux sessions. Le Prix spécial du jury distingue une œuvre jugée particulièrement originale, et le Prix Découverte est attribué à un auteur considéré comme prometteur et ne peut être décerné qu’une seule fois au même écrivain.
Les auteurs et éditeurs souhaitant participer doivent contacter le département marketing de l’assureur afin de compléter la fiche d’inscription et déposer sept exemplaires de l’ouvrage candidat.
Les romans récompensés dans le cadre du concours officiel sont choisis par deux jurys, l’un pour les romans en langue arabe et l’autre pour les romans en langue française. Chaque jury est composé de 5 membres.
Pour rappel, lors de la 29ème édition (2024-2025), les montants s’élevaient respectivement à 10.000 dinars, 5.000 dinars et 2.500 dinars.
Iran : La mort de Ali Larijani confirmée
Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a annoncé la mort de son chef, Ali Larijani, figure influente du pouvoir en Iran, dont le décès avait été évoqué plus tôt par Israël.
Dans un communiqué, l’instance iranienne a indiqué qu’Ali Larijani avait « obtenu la grâce du martyre », précisant que l’attaque s’était produite à l’aube.
Le Conseil a également fait état de la mort d’un autre responsable, ainsi que du fils d’Ali Larijani et de plusieurs de ses gardes du corps, tués lors de la même opération.
Incroyable mais vrai : le Sénégal déchu de son titre, le Maroc sacré champion d’Afrique par la CAF !
Là, il s’agit d’un vrai coup de tonnerre ! Près de deux mois après la finale de la CAN 2025 remportée par le Sénégal face au Maroc (1-0, a.p.) le 18 janvier à Rabat, la Confédération Africaine de Football (CAF) a annoncé ce mardi soir avoir accepté l’appel du Maroc, déclaré champion d’Afrique au détriment du Sénégal qui perd sa couronne remportée sur le terrain. Une décision qui provoque, comme attendu, stupeur et polémique…
Après les différents incidents ayant émaillé la finale de la CAN 2025, le jury disciplinaire de la CAF s’était réuni une première fois et avait annoncé le 28 janvier toute une série de sanctions individuelles contre le Sénégal et le Maroc, mais aucune sanction collective. Alors que le Maroc réclamait la victoire sur tapis vert, l’instance dirigeante du football africain avait rejeté cette demande, ce qui avait provoqué la colère du Maroc, qui avait décidé de faire appel.
L’appel des Lions de l’Atlas était examiné ce mardi par la CAF, qui a adopté une lecture radicalement différente ! En effet, à l’issue de l’audience, l’instance panafricaine a décidé de “déclarer l’équipe nationale du Sénégal forfait lors de la finale de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025, le résultat étant homologué sur le score de 3-0 en faveur de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF”)“ , nouveau champion d’Afrique.
A la recherche d’une deuxième étoile depuis 1976, le Maroc touche donc au but, mais d’une bien étrange manière, avec ce sacre à domicile validé deux mois après ! Au palmarès, le Sénégal retombe lui à une seule couronne, décrochée en 2022.
Pour motiver sa décision, le jury d’appel de la CAF a estimé que le comportement de l’équipe du Sénégal, qui avait momentanément quitté le terrain en signe de protestation après le penalty accordé au Maroc au bout du temps additionnel, “relève du champ d’application des articles 82 et 84 du Règlement de la Coupe d’Afrique des Nations“. Fin janvier, la CAF avait pourtant estimé que le Sénégal n’avait pas violé ces deux articles !
Rappelons que l’article 82 stipule que “si, pour n’importe quelle raison, une équipe se retire de la compétition ou ne se présente pas à un match, ou refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours. Il en est de même pour les équipes préalablement disqualifiées par décision de la CAF“.
L’article 84 ajoute, lui, que “l’équipe qui enfreint les dispositions des articles 82 et 83 sera définitivement exclue de la compétition. Elle perd le match 3-0. Si l’équipe adverse menait par un score plus avantageux au moment de l’arrêt du match, le score sera maintenu.
A présent, il faut s’attendre à une réaction sénégalaise puisque, d’après des sources proches de la CAF, le dossier n’est pas encore définitivement clos…
Point de presse, de Sabri Lamouchi, mercredi : Une nouvelle liste de joueurs très attendue
Le nouveau sélectionneur des Aigles de Carthage, Sabri Lamouchi, tiendra mercredi matin à 10 heures un point de presse au siège de la Direction technique de la FTF qui sera consacré à l'annonce de la liste des joueurs qui seront convoqués pour les deux prochaines rencontres internationales amicales programmées pour cette fin du mois de mars.
Une liste très attendue dans la mesure où elle comprendra de nouveaux arrivés et notamment des bi-nationaux sachant que Lamouchi ne compte pas beaucoup sur les joueurs évoluant dans le championnat tunisien excepté les gardiens de buts et deux ou trois joueurs de champ tout au plus.
J.B.
L'Espérance s'envole ce jeudi pour le Caire : Une grande envie de finir le travail
Après avoir assuré une courte victoire au match aller contre Al Ahly par un but d'écart, l'Espérance s'envole ce jeudi à bord d'un vol spécial pour le Caire où l'attendra de pied ferme un club cairote décidé de renverser la vapeur en sa faveur.
Lemarch aller a laissé avec la satisfaction un sentiment de frustration dans les rangs des Sang et Or qui ont raté l'occasion de marquer au moins deux buts qui leur permettraient d'aborder la seconde manche avec davantage de sérénité. Les choses étant ce qu'elles sont, les Protégés de Patrice Beaumelle, qui cherchera à finir le travail commencé à Rades, comptent beaucoup sur leur grande envie d'aller en demi-finale pour sortir indemnes de ce périlleux déplacement.
Rappelons que le match retour est programmé pour ce samedi à 20 heures au stade du Caire.
J.B.
Al Ahly conteste la sanction du huis clos pour le match retour
L'ambiance n'est pas au beau fixe du côté d'Al Ahly du Caire. Habitué aux faveurs de la CAF depuis des décennies, le club cairote a cette fois- ci contesté farouchement la sanction du huis clos pour le match retour contre l'Espérance de Tunis, programmé pour ce samedi.
Les Égyptiens ont fait appel et ont espéré voir la commission de discipline se réunir avant ce match retour mais ladite commission a reporté à une date ultérieure sa réunion.
Une décision qui n'a pas plu aux responsables du club cairote. Rappelons que le huis clos a été décrété suite au jet de projectiles de la part du public ahlaoui lors du dernier quart match de la phase de poules de la Ligue des champions, joué par Al Ahly au Caire.
J.B.
La vie de Mohamed - L’énigme des trois chiffres : Autopsie stratégique de la bataille du fossé
L'histoire militaire est souvent une question de perception, de logistique et, surtout, de précision documentaire. Parmi les récits qui composent l’épopée de l’Islam naissant, a bataille du Fossé (Al-Khandaq) occupe une place singulière.
Elle n'est pas seulement le récit d'un siège désespéré, mais une démonstration de résilience où chaque unité de combattant comptait au centuple. Pourtant, une question hante les chroniqueurs depuis des siècles : combien étaient-ils réellement à défendre Médine face à la coalition des confédérés ? Les sources divergent, proposant des chiffres allant de sept cents à trois mille hommes. Pour l'esprit rationnel, ces écarts peuvent sembler contradictoires, voire suspects.
Pourtant, une analyse minutieuse des phases de la bataille et des impératifs tactiques imposés par la trahison interne révèle que ces trois chiffres ne sont pas des erreurs, mais les reflets fidèles de trois réalités distinctes et successives. Pour comprendre cette fluctuation des effectifs, il faut d'abord situer l'événement dans son contexte démographique.
À peine deux ans après la bataille d’Uhud, où les musulmans avaient aligné sept cents combattants après la défection des hypocrites, il est statistiquement improbable que la communauté ait quadruplé ses forces combattantes pour atteindre trois mille hommes. Bien que l’Islam progressait, les conversions de cette période ne justifient pas une telle explosion démographique militaire.
L'hypothèse la plus solide fixe le noyau dur des combattants disponibles à environ mille deux cents hommes. Alors, comment expliquer que certains rapports mentionnent trois mille âmes ? La réponse réside dans la nature même des travaux préparatoires : le creusement du fossé.
Le sacrifice des stratèges
La première phase de la bataille ne fut pas de fer, mais de terre. Face à l'imminence de l'attaque d'une coalition arabe sans précédent, le Prophète (s.a.w.) adopta la stratégie innovante du fossé. Durant cette période de travaux herculéens, la distinction entre combattant et civil s'effaça devant l'urgence de la survie. Hommes, femmes et enfants furent mobilisés pour charrier la terre, transporter les déblais et consolider les défenses.
Dans cet effort collectif, le chiffre de trois mille personnes est parfaitement cohérent : il représente la population active de Médine engagée dans le génie civil, et non une armée de ligne. C’est la force de travail globale qui, une fois l’ouvrage terminé et l’ennemi en vue, dut se restructurer. Dès que les bannières des confédérés apparurent à l'horizon, une sélection rigoureuse fut opérée.
Le Prophète ordonna le retrait des jeunes de moins de quinze ans, ne conservant que les hommes aptes au combat. C'est à ce moment précis que l'effectif "militaire" se stabilise à environ mille deux cents hommes.
Cependant, la complexité du siège de Médine ne s'arrêta pas à la ligne de front du fossé. La menace la plus insidieuse ne venait pas de l'océan de tentes dressées par Abū Sufyān, mais des failles internes du dispositif de défense. À l'origine, le sud de la ville était considéré comme sûr, protégé par l'alliance avec la tribu juive des Banū Qurayza.
Ces derniers constituaient un rempart naturel qui permettait aux musulmans de concentrer toutes leurs forces sur la tranchée au nord. Mais la diplomatie de l'ombre, menée par Huyayy ibn Akhtab, chef banni des Banū Nadir, finit par porter ses fruits amers. En jouant sur la peur et l'opportunisme, il convainquit les Banū Qurayza de rompre leur pacte.
Cette défection changea radicalement la donne tactique. Médine se retrouvait menacée de l'intérieur, avec ses femmes et ses enfants exposés à une attaque par derrière. Le Prophète (s.a.w.) dut prendre une décision déchirante : diviser une armée déjà numériquement inférieure pour couvrir ce nouveau péril.
Il détacha deux unités de garde : une de deux cents hommes et une autre de trois cents, avec pour mission de patrouiller dans les quartiers vulnérables et de faire retentir des "Allahu Akbar" réguliers pour signaler leur présence et rassurer la population civile. En soustrayant ces cinq cents gardes de l'effectif initial de mille deux cents, on obtient mathématiquement le chiffre de sept cents.
Ainsi, les rapports d'Ibn Ishāq et d'Ibn Hazm, souvent jugés pessimistes, décrivent en réalité la force de frappe réelle qui faisait face aux confédérés sur la ligne de front du fossé.
Sept cents hommes contre une coalition de dix mille : le rapport de force était de un contre quatorze. Le fossé, bien que surprenant pour les Arabes peu habitués à la guerre de siège, n'était qu'un obstacle temporaire que l'ennemi cherchait sans cesse à contourner ou à franchir. La pression psychologique était immense. Le plan des confédérés était clair : pendant que la masse de l'armée immobilisait les musulmans au nord, les Banū Qurayza devaient frapper au cœur de la cité.
C'était un piège mortel, une tenaille destinée à broyer la résistance musulmane par l'anéantissement de sa base arrière. Pourtant, cette petite troupe de sept cents hommes tint bon. Leur force ne résidait plus dans le nombre, mais dans une discipline de fer et une foi inébranlable. En comprenant la répartition des effectifs (3 000 pour les travaux, 1 200 pour la mobilisation, 700 pour le front final), nous ne faisons pas que résoudre une énigme comptable.
Nous mettons en lumière la gestion de crise exceptionnelle du Prophète (s.a.w.), capable de manœuvrer ses maigres ressources humaines avec une précision chirurgicale. Chaque homme posté au bord de la tranchée savait que derrière lui, Médine était à la merci d'une trahison, et que seuls son courage et la protection divine empêchaient le désastre total.
La bataille du Fossé reste donc une leçon magistrale de stratégie où la qualité de l'organisation a compensé la quantité des sabres. Les trois chiffres traditionnels, loin de s'exclure, se complètent pour dessiner le portrait d'une cité aux abois qui, par le travail de tous, la vigilance de quelques-uns et le sacrifice du front, a réussi à repousser l'un des plus grands périls de son histoire.
Ce n'était pas seulement une victoire militaire, mais un triomphe de la logistique et de la résilience psychologique face à la supériorité numérique et à la trahison politique.
(A suivre...)
L’énigme des verrous du Nil : L'ingénierie antique déchiffré
Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
L’histoire de l’humanité est jalonnée d’inventions que nous croyons modernes, ou du moins attribuées aux civilisations classiques comme la Grèce ou Rome. Parmi ces objets du quotidien, la serrure occupe une place prépondérante.
Symbole de sécurité, d’intimité et de propriété, son origine a longtemps fait l’objet de débats académiques. Jusqu’à une époque récente, le consensus historique plaçait l’invention des mécanismes de verrouillage complexes durant le premier millénaire avant notre ère, sous l’impulsion des ingénieurs gréco-romains.
Pourtant, un texte vieux de 1 400 ans, le Coran, relate des événements situés bien plus tôt dans l'histoire égyptienne, mentionnant un verrouillage des portes si spécifique qu’il a longtemps été perçu comme un anachronisme par les sceptiques. Aujourd’hui, les pelles des archéologues et l’analyse sémantique révèlent une réalité tout autre.
Le récit de Joseph (Yusuf) en Égypte est l’un des plus détaillés du texte coranique. Au cœur de ce récit se trouve une scène de haute tension : la tentative de séduction de Joseph par l’épouse du grand intendant (Aziz). Le verset 23 de la sourate 12 énonce : « Elle ferma les portes et dit : "Je suis à toi." » Si cette phrase semble banale au premier abord, elle recèle une précision technologique qui défie les connaissances de l’époque de la révélation.
À l’époque du Prophète Mahomet, au VIIe siècle dans le désert d’Arabie, l’idée que l’on puisse verrouiller hermétiquement plusieurs portes dans une demeure égyptienne de l'Âge du Bronze n'allait pas de soi. Pour les détracteurs, c’était une erreur : les serrures n'existaient pas au temps des patriarches. Or, l’égyptologie moderne a renversé cette certitude en exhumant des systèmes de goupilles en bois vieux de 6 000 ans.
De la goupille de bois au verbe sacré
L’ingénierie égyptienne était, à bien des égards, en avance sur son temps. Les serruriers du Nil avaient conçu un système ingénieux : un verrou horizontal glissant dans un poteau fixe, percé de trous verticaux où tombaient des chevilles (goupilles) en bois. Sans la clé correspondante — une sorte de brosse à dents géante dotée de picots positionnés avec précision pour soulever les goupilles — le verrou restait immobile.
Ce mécanisme, bien que massif, offrait une sécurité réelle. La découverte de ces dispositifs dans les ruines de palais antiques prouve que Joseph, vivant dans une demeure de la haute aristocratie égyptienne, évoluait dans un environnement où la technologie du verrouillage était non seulement présente, mais sophistiquée.
C’est ici que l’analyse linguistique du Coran devient frappante. Le texte utilise le verbe « ghallaqat » (€Û·¯ÛfiÛ ˙). En langue arabe, cette forme verbale (le schème fa’ala) n’indique pas une simple fermeture comme le ferait le verbe « aqlaqa ».
Elle exprime l’intensité, la répétition ou la complétude. Elle suggère que la femme n’a pas seulement « poussé » les portes, mais qu’elle a activé des mécanismes de verrouillage sur plusieurs accès, créant une enceinte close d’où aucune sortie n’était possible sans une intervention mécanique ou divine.
L’usage de ce terme spécifique reflète une réalité matérielle (la serrure à goupille) dont l’existence même en Égypte ancienne était totalement ignorée des populations de la péninsule arabique du VIIe siècle.
Comment un homme n’ayant jamais voyagé en Égypte et vivant dans une société où les structures sociales et architecturales étaient radicalement différentes a-t-il pu rapporter un détail historique aussi précis ? Pour les exégètes, il s'agit d'un « miracle historique ». Là où les historiens du XIXe siècle croyaient déceler une erreur de chronologie, la science du XXIe siècle voit une confirmation.
Les sceptiques affirmaient que le rédacteur du Coran avait projeté les technologies de son propre temps (ou des influences romaines) sur un passé lointain. Cependant, l’archéologie a démontré que les Grecs et les Romains n’ont fait qu’améliorer et métalliser un concept né sur les rives du Nil des millénaires plus tôt.
En somme, l'histoire des serrures n'est pas qu'une question de bois et de métal ; elle est devenue un pont entre la foi et la raison. La mention de portes verrouillées dans le récit de Joseph n'est plus une simple péripétie dramatique, mais un marqueur de fidélité historique. Elle place le récit coranique dans un cadre égyptien authentique, validé par les découvertes de Khorsabad et les inventaires des trésors pharaoniques.
Ce souci du détail, qui s’étend de la gestion des récoltes aux titres royaux (le Coran utilisant le terme « Roi » pour l’époque de Joseph et « Pharaon » pour celle de Moïse, une distinction également validée par l’histoire), montre une cohérence qui continue de surprendre les chercheurs.
La serrure égyptienne, avec ses goupilles de bois cachées, a fini par livrer son secret le plus fascinant : elle protégeait non seulement les demeures des grands de ce monde, mais aussi une vérité historique qui allait attendre des millénaires avant d’être pleinement comprise par la science moderne.
M.B.S.M.
Le ramadan inachevé de la Télévision tunisienne
Par Imen Abderrahmani
Après une vingtaine de jours rythmés par la diffusion de nouvelles productions, la Télévision tunisienne semble être retombée dans le vide, recourant une nouvelle fois au « réchauffage » d’anciennes œuvres. Parmi elles, Les contes d’El Aroui, programme emblématique qui a accompagné plusieurs générations mais dont la version diffusée aujourd’hui souffre d’un manque de clarté, révélateur de problèmes de conservation et de restauration, alors même qu’il s’agit d’un élément phare de la mémoire audiovisuelle nationale.
La grille propose également la rediffusion du feuilleton « Galb Edhib » (Cœur du loup), une série qui, lors de sa première diffusion, avait suscité une vive polémique en raison d’erreurs historiques et de l’image négative qu’elle donnait des militants tunisiens engagés dans la lutte contre le colonisateur français. Aujourd’hui, les programmateurs, qui semblent avoir la mémoire courte, n’ont trouvé d’autre solution pour combler une grille appauvrie que de remettre à l’antenne cette production controversée.
Cette rediffusion n’a pas tardé à provoquer des réactions critiques sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes, mais aussi des écrivains et des intellectuels, ont exprimé leur incompréhension, s’interrogeant sur les raisons de ce choix « arbitraire ».
Dès lors, une question s’impose : qu’en est-il de certaines productions pourtant annoncées pour le mois de Ramadan ? Parmi elles, les séries « Rouh Errouh » de Atef Ben Hassine et « Al Haq » (Le Droit) d’Emna Najjar. Que s’est-il réellement passé ? S’agit-il d’un retard dans la livraison des épisodes, d’un problème technique ayant ralenti la post-production, d’une difficulté de financement ? Ou, comme le suggèrent certaines langues « malines », d’une forme de censure ou encore d’un problème de qualité ?
D’autres voix, plus optimistes, avancent que ces productions, qui auraient pris du retard, pourraient finalement être programmées après le Ramadan et marquer le début d’une nouvelle dynamique de production pour le reste de l’année. Reste à savoir si cette promesse se concrétisera et si la télévision publique parviendra à transformer ce temps creux en véritable relance créative.
Aujourd’hui, après le rythme en crescendo qu’avait adopté la Télévision nationale, donnant à croire aux téléspectateurs comme aux spécialistes que cette institution audiovisuelle publique avait enfin retrouvé son souffle après une longue traversée du désert, tout semble être retombé comme un soufflé.
Ces dix dernières soirées (déjà on est à la 6ème soirée) de Ramadan ont clairement montré qu’il reste encore beaucoup à faire pour secouer cette institution et l’inscrire dans une véritable dynamique de réforme. Il faudra aller plus loin et agir en profondeur pour la sortir de l’improvisation, repenser sa stratégie de production et de programmation, et surtout redonner confiance à un public qui attend de la télévision publique qu’elle soit à la hauteur de son rôle culturel, mémoriel et citoyen.
Car une télévision nationale ne peut se contenter de combler les vides de sa grille par des rediffusions ou des solutions de facilité. Elle doit être un moteur de création, un espace de valorisation du patrimoine audiovisuel et un laboratoire de nouvelles écritures capables de refléter la société tunisienne dans toute sa complexité. Sans cette vision à long terme, les élans ponctuels risquent de rester sans lendemain.
Imen. A.
Beït al-Hikma : Raja Yassine Bahri, première femme en tête de cette institution
La professeure Raja Yassine Bahri a été élue samedi présidente de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts, Beït al‑Hikma, devenant la première femme à diriger cette institution académique tunisienne depuis sa création en 1983.
Élue lors d’une assemblée générale tenue au siège de l’Académie à Carthage Hannibal, elle a obtenu 25 voix, devançant le professeur Moncef Ben Abdeljalil (22 voix), le professeur Khaled Ghedira (17 voix) et le professeur Hafedh Abdelmalek (3 voix). Elle succède au professeur Mahmoud Ben Romdhane dont le mandat arrive à échéance le 14 juin 2026.
La séance a débuté par une minute de silence en hommage à l’ancien président de l’institution, le professeur Sadok Belaïd décédé le 7 mars 2026 à l'âge de 87 ans.
Cette élection constitue la troisième à la présidence de l’Académie depuis l’instauration de ce mode de désignation en 2015, les présidents ayant auparavant été désignés par décret.
Professeure de civilisation espagnole à la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, Raja Yassine Bahri est spécialiste de l’histoire des Morisques et des relations culturelles en Méditerranée à l’époque moderne. Ses recherches portent notamment sur les minorités religieuses et les circulations culturelles entre les deux rives de la Méditerranée aux XVIe et XVIIe siècles.
Parmi ses publications figurent notamment « Moriscos in the Mediterranean after the Expulsion », « Les Morisques en Tunisie un siècle après leur arrivée » et « Morisco Women and the Valencian Inquisition ».
Fondée en 1983, Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts Beït al‑Hikma constitue l’une des principales institutions savantes du pays. Elle a été présidée notamment par Ahmed Abdesselem, Ezzeddine Beschaouch, Saad Ghrab, Abdelwaheb Bouhdiba, Hichem Djaït et Abdelmajid Charfi.
L’actrice tunisienne Aïcha Ben Ahmed parmi le jury du Festival du film arabe de Malmö
L’actrice tunisienne installée en Egypte Aïcha Ben Ahmed fait partie des membres du jury de la 16ème édition du Festival du film arabe de Malmö (Malmö Arab Film Festival- MAFF), prévu du 10 au 16 avril 2026 à Malmö, en Suède.
Le jury de la compétition des longs-métrages de fiction est présidé par le réalisateur égyptien Yousry Nasrallah, qui sera entouré de trois autres membres dont le producteur saoudien Ayman Jamal, l’acteur algérien Hassan Kechache et la critique cinématographique marocaine Jihane Bougrine.
Le festival a récemment annoncé la sélection officielle de cette édition qui comprend trois films en compétition dont « Where the Wind Comes From », premier film d’Amel Guellaty, qui sera en lice dans la compétition officielle des longs métrages de fiction. Ce film, coproduit avec la France et le Qatar, a été présenté en avant-première mondiale au Festival du film de Sundance en 2025, avant de connaître une première européenne au Festival international du film de Rotterdam. « Where the Wind Comes From » a également remporté plusieurs distinctions aux Journées cinématographiques de Carthage, dont le Prix du public, le Prix du meilleur scénario, et le Prix de la critique.
La Tunisie est également présente dans les compétitions documentaire et court-métrage, avec le documentaire « To Dream Perhaps » de Nidhal Guiga (Tunisie/France) et le court-métrage « Salopette » de Feryel Ben Boubaker (Tunisie).
Le jury de la compétition documentaire comprend le critique de cinéma irakien Erfan Rashid, la réalisatrice égyptienne Hala Galal, et la réalisatrice soudanaise Marwa Zein. Dans la compétition des courts métrages, le jury réunit la réalisatrice irakienne Basim Sabah, l’actrice syrienne Yara Sabri et la productrice palestinienne Ola Salama.
En outre, le festival accueillera également le jury des Critiques Internationaux (FIPRESCI), en collaboration avec la Fédération Internationale de la Presse Cinématographique (FIPRESCI). Ce jury inclut la critique égyptienne Marwa Abueish, le critique allemand Schayan Riaz, et la critique slovène Petra Meterc.
Le Malmö Arab Film Festival a retenu 39 films au total (22 longs métrages, 7 documentaires et 11 courts métrages) issus de 14 pays arabes, avec des coproductions associant 14 pays occidentaux. En plus des compétitions officielles, le festival propose des sections parallèles, telles que « Arab Nights », des projections scolaires et une section familiale.
Fondé en 2011, le MAFF est devenu un acteur clé de la promotion du cinéma arabe en Europe, offrant un espace d’échanges entre les cinémas arabes et nordiques, tout en renforçant la présence du cinéma arabe sur la scène internationale.
Editorial : A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles - Par Hassan GHEDIRI
« Nous sommes à un moment critique pour les marchés de l’énergie », avait averti la semaine dernière le directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). Et quand le patron de l’institution née au lendemain du 1er choc pétrolier ayant ébranlé le monde en 1973 s’inquiète c’est qu’il faut redouter le pire.
Fatih Birol, l’expert turc de l’énergie qui dirige l’agence depuis dix ans, a estimé que les marchés mondiaux de l’énergie se trouvent à un « tournant critique » avec des perturbations majeures des flux logistiques qui font flamber les cours de pétrole et du gaz qui ont bondi respectivement de 30 et 70% depuis le début de la guerre au Moyen-Orient impliquant l’Iran et Israël et leurs alliés.
Même si l’offre reste (pour le moment) suffisante parce qu’il y a (encore) beaucoup de pétrole sur le marché, le responsable de l’agence basée à Paris croit que les tensions géoponiques grandissantes font craindre le basculement des marchés vers une crise d’approvisionnement plus grave à cause des menaces qui planent sur les routes stratégiques qui pourraient accentuer davantage la volatilité des prix dans les semaines à venir.
Créé en 1974, l’AIE a pour mission première la sécurité énergétique du club des pays occidentaux, riches et puissants en leur permettant d’anticiper, prévenir et faire face à des chocs sur l’offre en pétrole comme ce fut le cas en 1973 avec l’embargo de pétrole imposé par les pays arabes producteurs contre les Etats-Unis et les autres soutiens d’Israël.
L’Agence redoute donc aujourd’hui que le Moyen-Orient ne soit l’épicentre d’un nouveau choc pétrolier d’une ampleur telle qu’il menace la sécurité énergétique des pays riches. En fait, depuis sa création, l’AIE a exigé une condition sine qua non pour la rejoindre, en l’occurrence de disposer d’un stock stratégique équivalent à au moins de 90 jours d’importations nettes de pétrole brut.
Il faut d’ailleurs dire que durant toutes ces années depuis sa création, l’Agence dont la composition reste limitée aux pays qui constituent en même temps l’alliance politico-militaire de défense de l’OTAN, est accusée de favoriser le club de pays puissants au détriment du reste du monde.
D’où une conception de la sécurité énergétique strictement focalisée sur les intérêts des membres et qui suscitent beaucoup de questions sur l’accès à l’énergie dans les pays qui dépendent grandement des importations.
Les tensions au Moyen-Orient qui créent des risques croissants pour la stabilité des marchés énergétiques au grand jour la problématique de l’autosuffisance et les capacités de notre pays à gérer les crises d’approvisionnement. A entendre le directeur de l’IAE avertir d’un « tournant critique » qui est sur le point de bouleverser les marchés mondiaux de l’énergie, c’est la question de la souveraineté énergétique de la Tunisie qui refait surface.
Entre le pétrole qui explose et le gaz qui flambe, notre pays se trouve face à une de ces crises énergétiques plus que jamais imprévisibles et de plus en plus fréquentes, qui impactent grandement son économie. A l’instar de ceux qui ne produisent pas ou qui ne produisent que très peu de leurs besoins, la Tunisie devait s’efforcer de s’assurer une bonne réserve de sécurité.
Il y a, certes, une loi (n°91-45 de 1991) qui oblige les opérateurs du marché de carburants de détenir des stocks de sécurité de 60 jours pour le gasoil et l’essence et 30 jours pour les autres produits pétroliers. Mais pour être un véritable filet de sécurité capable d’amortir les crises, les stocks stratégiques nécessiteraient aujourd’hui d’être revues à la hausse.
Il est vrai que depuis le début du conflit et la montée des tensions sur les voies d’approvisionnement de pétrole au Moyen-Orient, le gouvernement tunisien s’est montré rassurant en laissant entendre qu’au contexte actuel, notre pays est à l’abri de risque de pénurie, mais au vu des dispositions que prennent les grands consommateurs dans le monde, de nouvelles mesures plus drastiques s’imposent pour pouvoir amortir un choc énergétique.
Plusieurs pays qui dépendent des importations de pétrole se sont en effet mis à accumuler des réserves significatives de brut tandis que d’autres optent pour la limitation de la consommation à travers des mécanismes de rationnement et des restrictions de circulation. A situation exceptionnelle mesures exceptionnelles.
H.G.
Le « point le plus bas de la Terre » dans le Coran : Entre histoire, langue et interprétation
Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Depuis plusieurs années, certains passages du Coran sont au cœur de débats mêlant histoire, linguistique et interprétations contemporaines. Parmi eux, les versets 2 et 3 de la sourate Ar-Rum sont souvent cités comme un exemple remarquable.
Ils évoquent la défaite des Romains face aux Perses, suivie de l’annonce de leur future victoire. Ce passage attire particulièrement l’attention en raison de l’expression arabe « Adna al-ard », que certains traduisent aujourd’hui par « le point le plus bas de la Terre ». Une interprétation qui suscite à la fois fascination et discussions parmi les chercheurs.
Ces versets font référence à un épisode majeur de l’histoire antique : les affrontements entre l’Empire romain d’Orient et l’Empire sassanide au début du VIIᵉ siècle. À cette époque, les deux puissances dominantes du Proche-Orient s’opposaient dans une guerre longue et destructrice.
Les Perses remportèrent d’abord plusieurs victoires importantes, notamment en Syrie et en Palestine, infligeant de lourdes pertes aux Byzantins. Pour beaucoup d’observateurs de l’époque, la chute de l’empire byzantin semblait même possible.
C’est dans ce contexte que le texte coranique évoque la défaite des Romains tout en annonçant leur retour victorieux dans les années suivantes. L’histoire montre en effet qu’après ces revers, l’empereur Héraclius réussit à réorganiser son armée et lança une série de campagnes qui finirent par inverser le cours du conflit.
Ces victoires aboutirent finalement à la défaite de la Perse dans la grande guerre byzantino-sassanide de 602-628. Pour de nombreux croyants, cette concordance entre le texte et l’évolution historique est perçue comme une prédiction remarquable.
Une expression qui intrigue
L’un des éléments les plus discutés du passage reste cependant l’expression arabe « Adna al-ard ». Le mot « Adna » possède en effet plusieurs sens dans la langue arabe classique. Il peut signifier « le plus proche », « le plus bas » ou encore « le plus inférieur ». Dans de nombreuses traductions anciennes du Coran, l’expression est rendue par « dans la terre la plus proche », c’est-à-dire une région géographiquement proche de la péninsule Arabique.
Cette interprétation correspond au contexte historique : les combats entre Byzantins et Perses se déroulaient alors dans les régions du Levant, relativement proches des Arabes. Cependant, certains auteurs contemporains privilégient une autre lecture : celle du « point le plus bas de la Terre ». Selon eux, cette interprétation prend un sens particulier si l’on considère que plusieurs batailles de cette guerre se sont déroulées dans la région de la mer Morte.
Or, cette zone est aujourd’hui reconnue comme l’endroit terrestre le plus bas du globe, situé à plus de 430 mètres sous le niveau de la mer. L’argument avancé est donc le suivant : si le verset évoque réellement ce lieu, il décrirait une caractéristique géographique que les hommes de l’époque ne pouvaient pas mesurer avec précision. Cette idée a contribué à populariser le passage comme exemple de ce que certains appellent les « miracles scientifiques » du Coran.
Les partisans de cette lecture soulignent que la connaissance exacte de l’altitude de la mer Morte n’a été établie que grâce à des méthodes modernes de mesure. Ils estiment donc qu’il serait étonnant qu’une telle information ait été connue au VIIᵉ siècle. D’autres chercheurs adoptent toutefois une approche plus prudente. Ils rappellent que le sens principal du mot « Adna » dans le contexte linguistique du verset pourrait tout simplement être « le plus proche ».
Cette interprétation correspond à la compréhension de nombreux exégètes classiques qui vivaient plusieurs siècles avant l’apparition des débats modernes sur la géographie. Selon cette lecture, le verset indiquerait simplement que la bataille s’est déroulée dans une région proche des Arabes, sans nécessairement faire référence à une altitude particulière.
Par ailleurs, les historiens soulignent que les sources antiques ne situent pas toutes les batailles de cette guerre exactement au même endroit. Certaines se sont déroulées en Syrie, d’autres en Anatolie ou en Mésopotamie. Même si la région de la mer Morte a été touchée par les affrontements, il reste difficile d’affirmer avec certitude qu’elle correspond précisément au lieu évoqué dans le verset.
Ces différentes interprétations montrent à quel point les textes anciens peuvent être lus de plusieurs manières selon le contexte culturel et scientifique. Pour les croyants, le passage demeure avant tout un signe spirituel et une preuve de la véracité du message coranique.
Pour les historiens et linguistes, il constitue un exemple intéressant de la richesse de la langue arabe et de l’évolution des interprétations au fil des siècles. Quoi qu’il en soit, ces versets illustrent un aspect essentiel des textes religieux : leur capacité à susciter réflexion et débat bien au-delà de leur contexte d’origine.
Entre analyse historique, étude linguistique et conviction spirituelle, l’expression « Adna al-ard » continue d’alimenter la curiosité de ceux qui s’intéressent à l’histoire du Proche-Orient et à l’interprétation des textes sacrés. Ainsi, plus de quatorze siècles après leur révélation, ces quelques mots demeurent au cœur d’une discussion passionnante où se rencontrent foi, science et histoire.
M.B.S.M.
La vie de Mohamed - Des intrigues tribales à la stratégie du fossé : Lorsque Médine fit face à une coalition gigantesque
Après la difficile bataille d’Uhud, la situation restait extrêmement tendue entre les musulmans et leurs adversaires de La Mecque. À cette époque, une grave famine frappa la cité mecquoise.
Malgré les hostilités et les complots que ses habitants avaient déjà fomentés contre les musulmans, le Prophète Muhammad décida de faire preuve de générosité. Il rassembla des fonds pour venir en aide aux plus démunis de La Mecque, espérant que ce geste de solidarité pourrait apaiser les tensions. Cependant, cet acte de compassion ne produisit pas l’effet espéré.
Les Mecquois demeurèrent profondément hostiles et leurs intrigues contre la communauté musulmane continuèrent de plus belle. Certaines tribus arabes qui entretenaient auparavant des relations correctes avec les musulmans commencèrent également à changer d’attitude. Parmi elles se trouvaient les Banū Mustaliq, autrefois en bons termes avec Médine mais désormais prêts à rejoindre les ennemis de l’Islam.
Lorsque le Prophète apprit que cette tribu préparait une attaque contre Médine, il envoya des éclaireurs pour vérifier ces informations. Les rapports confirmèrent que les Banū Mustaliq rassemblaient effectivement des forces. Face à cette menace, il décida de prendre l’initiative et conduisit une petite armée vers leur territoire afin de prévenir l’agression.
Arrivés face à l’ennemi, les musulmans tentèrent d’abord de résoudre la situation sans affrontement. Le Prophète proposa aux Banū Mustaliq de renoncer à leurs préparatifs et d’éviter une bataille inutile. Mais ces derniers refusèrent toute négociation. L’affrontement devint alors inévitable. Le combat fut cependant bref : en quelques heures seulement, la tribu ennemie fut mise en déroute et les musulmans remportèrent la victoire.
Des tensions internes à la menace d’une coalition arabe
Bien que la bataille se soit terminée rapidement, les difficultés ne s’arrêtèrent pas là. Certains individus au sein même de la communauté musulmane nourrissaient des intentions malveillantes. Ces hommes, souvent qualifiés d’hypocrites, avaient rejoint l’armée musulmane pendant la campagne. Ils espéraient profiter de la confusion du combat pour semer le trouble, mais la rapidité de la victoire les empêcha de réaliser leurs projets.
Le Prophète décida néanmoins de rester quelques jours dans la région. C’est durant ce séjour qu’un incident apparemment banal faillit provoquer une grave crise. Une dispute éclata entre deux musulmans près d’un puits : l’un originaire de La Mecque et l’autre de Médine. Le premier était un ancien esclave et, dans la querelle, il frappa son adversaire. Celui-ci appela immédiatement à l’aide ses compatriotes médinois, les Ansār, tandis que le Mecquois invoqua le soutien des Muhājirīn.
La situation s’envenima rapidement. De jeunes hommes des deux camps sortirent leurs épées, prêts à en découdre. C’est alors qu’intervint Abdullah ibn Ubayy, qui tenta de profiter de l’incident pour attiser les divisions. Il reprocha aux habitants de Médine leur générosité envers les émigrés mecquois, affirmant que cette bienveillance leur avait donné trop d’assurance.
Selon lui, les Muhājirīn cherchaient désormais à dominer les Ansār. Encouragé par l’agitation qu’il avait provoquée, il alla même jusqu’à déclarer : « Lorsque nous retournerons à Médine, le plus honoré de ses habitants en chassera le plus méprisé. » Par ces paroles, il insinuait qu’il était lui-même le plus honorable et que le Prophète était le plus méprisable.
Mais son calcul échoua. Les croyants comprirent immédiatement la nature malveillante de ces propos et refusèrent de se laisser entraîner dans une confrontation. Un jeune homme rapporta ces paroles au Prophète. Lorsque celui-ci convoqua Abdullah ibn Ubayy et ses partisans pour s’expliquer, ils nièrent toute implication dans l’affaire. La vérité finit néanmoins par émerger.
Le fils d’Abdullah ibn Ubayy, un fidèle musulman également nommé Abdullah, apprit à son tour les propos de son père et en fut profondément choqué. Il se rendit auprès du Prophète et déclara qu’il était prêt à exécuter lui-même la sentence si son père devait être puni. Le Prophète refusa catégoriquement une telle idée. Il répondit qu’il préférait traiter l’homme avec indulgence et patience plutôt que de provoquer une nouvelle division.
Cette réponse impressionna profondément le jeune Abdullah. Plus tard, alors que la caravane revenait vers Médine, le fils intercepta son père sur la route et l’empêcha d’entrer dans la ville tant qu’il n’aurait pas retiré ses paroles insultantes. Il lui demanda de reconnaître publiquement que le Prophète était honorable et que lui-même s’était trompé. Surpris et inquiet, le père finit par accepter et prononça les paroles exigées, ce qui permit d’éviter une nouvelle crise.
Pendant ce temps, d’autres dangers se préparaient. Une tribu juive expulsée auparavant de Médine, les Banū Nadīr, s’était installée dans différentes régions, notamment à Khaybar. Là, elle entreprit d’encourager diverses tribus arabes à s’opposer aux musulmans. Les Mecquois, déjà ennemis déclarés de l’Islam, furent facilement convaincus. D’autres tribus, comme les Ghatfān, rejoignirent également cette alliance.
Peu à peu, une vaste coalition se forma. Elle réunissait les Quraychites de La Mecque, plusieurs tribus du désert et des groupes installés au nord de Médine. L’objectif était clair : écraser définitivement la jeune communauté musulmane. Cette coalition leva une armée impressionnante, estimée entre dix mille et vingt-quatre mille combattants. Face à cette force redoutable, la situation de Médine semblait désespérée.
La population masculine de la ville ne dépassait guère trois mille hommes, et beaucoup étaient jeunes ou âgés. Lorsque le Prophète apprit l’approche de cette armée, il consulta ses compagnons pour trouver une solution. Parmi eux se trouvait Salman al-Farsi, originaire de Perse. Il proposa une stratégie inconnue en Arabie : creuser un fossé autour de la partie la plus vulnérable de la ville afin d’empêcher l’armée ennemie d’entrer.
L’idée fut immédiatement adoptée. Médine bénéficiait déjà de protections naturelles sur plusieurs côtés, mais une large plaine restait exposée. C’est là que les musulmans décidèrent de creuser le fossé. Les travaux furent répartis entre les hommes, chaque groupe se voyant attribuer une portion à creuser. Le chantier était immense et les moyens limités, mais l’effort collectif permit d’achever un fossé long d’environ un kilomètre.
Durant les travaux, les musulmans rencontrèrent une roche particulièrement dure. Le Prophète frappa la pierre avec un pic et, à chaque coup, des étincelles jaillirent. Il déclara alors qu’il voyait dans ces éclairs des signes annonçant l’expansion future de l’Islam vers la Syrie, la Perse et le Yémen. Lorsque l’armée ennemie arriva finalement devant Médine, elle fut surprise de découvrir cet obstacle inattendu.
Le fossé empêchait toute attaque rapide et obligeait les assaillants à rester à distance. Les musulmans déployèrent leurs défenseurs le long de cette ligne et se préparèrent à soutenir un siège difficile.
Ainsi commença l’épisode connu dans l’histoire islamique sous le nom de bataille du Fossé, un moment décisif où stratégie, solidarité et persévérance permirent à une petite communauté de résister à une coalition bien plus puissante. Plus qu’un simple affrontement militaire, cet événement marqua un tournant dans la consolidation de la jeune société musulmane.
(A suivre...)















