Volleyball : L'Espérance bat l'Etoile du Sahel et remporte le 26e titre de champion
Après avoir remporté les deux premiers matches de la série de cinq, l'Espérance a confirmé sa suprématie sur le Volleyball tunisien en battant pour la troisième fois de suite à la salle de Msaken par 3 sets à 2.
Le dernier set n'est pas allé jusqu'au bout et pour cause, sentant la défaite consommée, les supporters Étoilés ont jeté des fumigènes sur le parquet quand l'EST menait au score 13 à 5 Intraitables depuis des années, les Sang et Or poursuivent allègrement leur domination sur ce sport.
J.B.
Ligue 1- 26e journée- 1ère partie - : L'ESSahel réagit, l'ASSoliman renaît à l'espoir
Par Jamel Belhassen
La première tranche de la 26e journée a été marquée par la victoire de l'ASSoliman au Zouiten face à la JSOmrane par (1-0), oeuvre de Mejhed à la 37e. Une victoire qui lui permet de renaître à l'espoir de rester parmi l'élite.
Son compagnon du bas du tableau, l'ASGabes a connu un sort différent en faisant match nul chez lui (1-1) avec l'ESMetlaoui . Naffati ayant repondu à la 68e au but de Soltani à la 24e.
A Sousse, l'EToile du Sahel , en pleine crise après son élimination en coupe à Gabes, a reagi face à l'ASMarsa (1-0) avec un but de Chaabane la (60e).Enfin, A Ben Guerdane, l'Union locale a pris le dessus sur l'USMonastir par (2-0) grâce aux réalisations de Hakimi (58e) et Bakhouche ( 65e). Les Saheliens ont dû évoluer a10 suite à l'expulsion de Herchi ( 45e)
Résultats
JSO -ASS 0-1
ESS -ASM 1 -0
ASG- ESM 1- 1
USBG- USM 2- 0
J.B.
Handball- play off- 10e journée - CA - EST (27-28 ) : L'Espérance sacrée championne de Tunisie 2026
Par Jamel Belhassen
Les Sang et Or fidèles à leur habitude ont remporté leur 38e titre de champion de Tunisie après leur victoire au match retour sur les Rouge et Blanc 28-27 après s'être succès au match aller par 26-23,. L'Espérance a abordé ce match retour acnvec un avantage de trois points que le Club Africain était tenu de remonter.
Jouée dans une ambiance électrique devant le public Rouge et Blanc, la rencontre. a été serrée de bout en bout et dirigée par un trio arbitral espagnol. A la pause, le score etait de 14-14 entre les Remiki, Amri et Chouiref d'un côté et Boughanmi, Abdelli et Jellouz de l'autre.
A la reprise, le CA devait gagner par quatre buts d'ecart pour être sacré champion. L'équilibre s'est poursuivi au fil du temps. Les Rouge et Blanc passent à 26-24. Le suspense est à son comble.
L'EST revient à 26-26 puis passe à 27-28 à quelques secondes de la fin quand le jet de projectiles des gradins a conduit à l'arrêt du match, sacrant l'EST championne de l'exercice 2025-2026
J.B.
« Zahr Nabeul Tour » : Une nouvelle route touristique au parfum du bigaradier
La région de Nabeul franchit une nouvelle étape dans le développement d’un tourisme expérientiel avec le lancement officiel de « La Route du Bigaradier », baptisée « Zahr Nabeul Tour ». Cette route thématique innovante appuyée par le Projet d’Accès aux Marchés des Produits Agroalimentaires et de Terroirs (PAMPAT), met à l’honneur la Fleur de bigaradier et ses composantes, en s’appuyant sur un réseau d’acteurs locaux engagés.
Au-delà de sa réputation de pôle artisanal et potier, Nabeul s’est construite une identité forte autour du bigaradier, dont la fleur constitue une richesse agricole, culturelle et économique majeure. Utilisée en gastronomie, en cosmétique et en parfumerie, elle incarne un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération.
Cette nouvelle route thématique s’inscrit dans une stratégie de diversification de l’offre touristique régionale. « Ce projet vise à enrichir et diversifier le produit touristique de la région, tout en renforçant son attractivité et sa compétitivité », a déclaré Wahid Ben Fraj, le directeur régional au tourisme de Nabeul–Hammamet.
Organisée en marge du Festival annuel de la fleur de bigaradier, tenu comme chaque année au siège de l’ASVN - Association pour la Sauvegarde de la Ville de Nabeul, la cérémonie de lancement de « Zahr Nabeul Tour » marque une nouvelle étape dans la valorisation des produits du terroir de la région.
La cérémonie s’est tenue en présence de Mme la gouverneure de Nabeul, aux côtés des représentants de l'Ambassade de Suisse en Tunisie, du ministère de l'Agriculture, de l’APIA - Agence de Promotion des Investissements Agricoles, de l’ONTT- Office National du Tourisme Tunisien, de l’ ONAT- Office National de l'Artisanat Tunisien ainsi que leurs représentations régionales.
Un projet structuré par le programme PAMPAT et porté par l’ASVN
Développé dans le cadre de la stratégie nationale de valorisation des produits du terroir, portée par le ministère de l’Agriculture (DGPA) en partenariat avec l’Agence de Promotion des Investissements Agricoles (APIA), et avec l’appui du projet PAMPAT (mis en œuvre par l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel – ONUDI, avec le soutien de la coopération suisse – SECO), « Zahr Nabeul Tour » s’inscrit dans une dynamique nationale de mise en valeur des produits du terroir et de leur intégration dans des expériences touristiques innovantes.
La gestion de cette nouvelle route est assurée par l’ASVN, en cohérence avec son engagement en faveur de la préservation et de la promotion du patrimoine matériel et immatériel de Nabeul. À ce titre, l’ASVN veille à la valorisation des savoir-faire locaux, à la structuration des acteurs du territoire et à l’animation de cette offre touristique, contribuant ainsi à un développement territorial durable et intégré.
« À travers ce projet, nous avons voulu structurer une offre intégrée autour du bigaradier, en fédérant l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur, du producteur au restaurateur », explique Mme Lemia Chekir Thabet, coordinatrice nationale du projet PAMPAT. Et d’ajouter : « L’objectif est double : renforcer la visibilité des produits du terroir tunisiens à l’international, tout en proposant aux visiteurs une expérience immersive et authentique».
Le circuit repose ainsi sur un écosystème de 13 acteurs locaux, soigneusement sélectionnés et accompagnés dans le cadre du programme : producteurs de fleur de bigaradier et autres produits dérivés, distillateurs, artisans, maisons d’hôtes, restaurateurs…
« Ce qui fait la force de cette route, c’est avant tout ses membres. Chacun apporte son savoir-faire et contribue à créer une expérience cohérente et complémentaire », souligne la coordinatrice du programme.
Une immersion au cœur d’un savoir-faire vivant
La journée de lancement, organisée en présence des médias, des agences de voyages et des professionnels du tourisme, a permis de découvrir concrètement cette approche collaborative, notamment à Seniat Korta, au cœur des vergers de bigaradiers.
Pensé comme un parcours immersif, le circuit permet aux visiteurs de suivre toutes les étapes : de la culture et de la cueillette à la transformation, jusqu’à la valorisation des produits. Des ateliers vivants de distillation, combinant méthodes traditionnelles et modernes, dévoilent les secrets de l’extraction de l’huile de néroli, très prisée par les grandes maisons de parfumerie. En parallèle, les visiteurs découvrent une large gamme de produits artisanaux et culinaires inspirés de la fleur de bigaradier.
« La Route du Bigaradier permet de valoriser un patrimoine vivant tout en créant une véritable dynamique économique locale. À Dar Jbal, nous faisons découvrir aux visiteurs l’authenticité des savoir-faire et l’hospitalité nabeulienne à travers une expérience complète et sensorielle », témoigne Mme Amel Djait, propriétaire et gérante de Dar Jbal, membre de la route.
Un modèle de tourisme durable et collaboratif
Le projet repose sur une gouvernance partenariale publique/privée impliquant les Ministères du Tourisme et de l’Agriculture ainsi que l’ASVN- Association Pour la Sauvegarde de la Ville de Nabeul, qui a assuré la gestion de la route. « Il s’agit d’un parcours touristique culturel et environnemental non conventionnel, qui offre au visiteur une liberté totale dans le choix de son itinéraire », indique Zouhair Bellamine, président de l’Association.
Le circuit comprend 13 membres, encourageant les visiteurs à prolonger leur séjour et à revenir pour découvrir progressivement l’ensemble des expériences proposées.
Interview - Rayhan Bouzguenda au Quotidien : «L’écriture m’a sauvée et m’a reconnectée à la vie»
Interview réalisée par Imen ABDERRAHMANI
Comme de nombreux auteurs, Rayhan Bouzguenda a choisi la Foire internationale du livre de Tunis comme repère et port d’attache pour rencontrer ses lecteurs. De ses nouveautés, de la mémoire et de l’écriture, elle nous parle.
Quelle surprise réservez-vous pour vos lecteurs cette fois-ci ? Quelle surprise réservez-vous pour vos lecteurs cette fois-ci ?
Je suis à la Foire avec « Mon affection, chroniques de la nostalgie », un nouveau-né que les lecteurs peuvent le découvrir chez Ibn Arabi Editions, au stand 1311. Avec cette nouvelle publication, ma tétralogie dédiée à la mémoire se clôt. Je serai ravie de rencontrer mes lecteurs et mes amis à 17h00 et demain à 12h00. Le livre est bel et bien présent à la foire et il sera par la suite dans quelques librairies.
Révélée aux lecteurs en 2024, vous en êtes déjà à votre quatrième publication. Pourquoi écrivez-vous ? Pour qui écrivez-vous : pour vous ou pour le lecteur ?
J’écris parce que les souvenirs m’ont longtemps habitée, parfois jusqu’à l’épuisement. Ils m’ont accompagnée pendant des années et m’ont profondément bouleversée, surtout après le décès de mon père.
Au cœur de la tourmente et de la douleur, j’ai commencé à lui écrire pour lui raconter un quotidien devenu amer en son absence, à consigner mes souvenirs en m’attachant aux moindres détails, par peur de les oublier.
À cette époque, l’écriture a été une véritable thérapie, une manière de me reconnecter à la vie. L’écriture m’a sauvée. Au fil de ce processus, je me suis retrouvée, j’ai renoué avec ma passion pour les mots et pour l’écriture, que je croyais n’être qu’un amour passager né de l’enthousiasme de la jeunesse.
Dans votre roman « Fi Hadhrat al Nisyane » (En présence de l’oubli), avez-vous cherché à dépoussiérer certaines pages de l’histoire féminine et féministe de la Tunisie en évoquant notamment Aziza Othmana et Saïda Manoubia ?
Oui, j’ai toujours pensé qu’il était nécessaire de mettre en lumière les histoires oubliées de femmes tunisiennes célèbres, de celles qui ont marqué leur époque et continuent encore aujourd’hui à nous inspirer.
Au fil de mes études et de mes recherches, je découvre très souvent de magnifiques récits tombés dans l’oubli. Le vécu de ces femmes, leurs parcours, ainsi que les histoires tissées autour d’elles nourrissent profondément mon inspiration. Il en va de même pour l’histoire de la Tunisie, qui reste une source inépuisable de récits à redécouvrir et à transmettre.
Bien que vous soyez docteure en langue arabe, vos quatre romans sont écrits dans une langue simple, accessible à tous. Sans effets de style complexes ni expressions recherchées, est-ce un choix assumé pour toucher le plus large public ?
Pour moi, le langage académique a toute sa place dans la recherche universitaire : c’est dans cet espace, entre spécialistes, qu’il s’exprime pleinement. À mon sens, la beauté de l’écriture littéraire réside plutôt dans sa simplicité et sa fluidité, dans sa capacité à être accessible à tous les niveaux de lecture. Et la simplicité ne signifie jamais la facilité.
J’ai toujours eu le désir d’écrire pour tout le monde, sans exception, afin que mes textes puissent être lus aussi bien par les jeunes que par les adultes. Je ne souhaite pas être lue uniquement par des spécialistes. C’est pourquoi, dans le travail d’écriture, j’interroge chaque mot afin de choisir ceux qui sonnent juste et vrai.
Dans vos écrits, vous explorez largement la mémoire collective et la mémoire individuelle, en partageant aussi votre quotidien de mère et d’enseignante avec les lecteurs. Pourquoi ce choix ?
Il y a quelques années, lorsque j’étais plus jeune, je pensais qu’il me manquait cette imagination sans limites, nécessaire pour créer des personnages et inventer des histoires. Je me demandais souvent comment les grands écrivains parvenaient à tisser leurs récits et à imaginer leurs personnages dans leurs moindres détails. J’étais convaincue de ne pas posséder ce don de réinventer un monde sur le papier, et c’est pour cette raison que je m’étais éloignée de l’écriture.
Ce n’est que ces dernières années que j’ai compris que mon point de départ devait être le quotidien. C’est lui, désormais, qui constitue ma principale source d’inspiration : mon quotidien d’enseignante, de femme et de mère, les personnes qui m’entourent, les petites histoires qui naissent autour de moi, les observations que je fais au fil des jours et des saisons… Il suffit simplement de savoir regarder et écouter.
Qu’attendez-vous en tant qu'écrivaine tunisienne de la Foire?
J’espère que ce sera une belle occasion de se retrouver autour de l’amour des livres. Certains amis que je n’ai pas revus depuis la dernière Foire du livre, j’espère pouvoir les rencontrer à nouveau lors de cette édition. C’est un rendez-vous annuel consacré à la célébration du livre.
Je vois aussi cet événement comme une très belle opportunité pour beaucoup de renouer avec la lecture. Le plus beau, c’est de voir les familles qui tiennent à accompagner leurs enfants à la foire et à les encourager à lire, de voir différentes générations réunies autour du livre et de l’amour de la lecture. Cela me procure une réelle joie et beaucoup d’espoir.
I.A.
Projet Sawn2025-2027 : appel à projets pour soutenir des initiatives innovantes autour de la valorisation du patrimoine tunisien
Dans le cadre du renforcement de la coopération culturelle entre la Tunisie et la France, l’Institut français de Tunisie (IFT) et le Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France en Tunisie ont annoncé le lancement, le 23 avril 2026, d’un appel à projets visant à soutenir des initiatives innovantes autour de la valorisation du patrimoine tunisien.
Cet appel s’inscrit dans le cadre du projet de coopération SAWN, dédié aux enjeux de préservation du patrimoine en Tunisie, mis en œuvre sur la période 2025-2027 avec le soutien du Fonds Equipe France (FEF).
La date limite de candidature est fixée au 18 mai 2026. La sélection des projets aura lieu au mois de juin 2026, tandis que le démarrage de l’accompagnement et des actions est prévu d’août 2026 à septembre 2027.
Destiné aux start-up, associations et entreprises tunisiennes opérant dans le secteur du patrimoine, cet appel à projets vise à encourager des initiatives innovantes contribuant à la valorisation du patrimoine matériel. Il ambitionne également de renforcer l’attractivité du territoire tunisien et de promouvoir un tourisme durable et de qualité.
Le projet SAWN entend, par ailleurs, créer une dynamique collective en faveur d’un engagement durable pour le patrimoine tunisien, en fédérant les acteurs du secteur autour d’une approche stratégique, répondant aux besoins de préservation, de formation et de valorisation, à travers un réseau élargi de partenaires.
L’appel encourage également le recours aux technologies et aux approches créatives dans le champ patrimonial, favorise l’émergence de solutions innovantes et soutient la mise en réseau des acteurs du secteur. Une attention particulière sera accordée aux projets portés par des jeunes de moins de 35 ans.
Au total, entre cinq et dix projets seront sélectionnés à l’échelle nationale. Ils bénéficieront d’un appui financier compris entre 5 000 et 10 000 euros, selon la nature des initiatives, ainsi que d’un accompagnement, d’opportunités de mise en réseau et d’une visibilité accrue, notamment à travers la présentation de leurs projets lors d’un ou deux événements prévus au premier semestre 2027.
Les Samedis de l’IMA : la poésie tunisienne à l’honneur
La poésie tunisienne de langue arabe est mise à l’honneur aujourd’hui dans le cadre des « Samedis de l’IMA », lors d’une séance exceptionnelle organisée de 16h30 à 17h30 à l’Institut du Monde Arabe.
Portée par les traductions du poète et universitaire Tahar Bekri, cette rencontre propose au public francophone de découvrir la richesse d’une tradition poétique encore trop peu connue, malgré sa vitalité et son renouvellement constant.
L’initiative entend mettre en lumière l’ampleur et la diversité de cette création, en particulier depuis les années 1980, à travers des textes traduits en français par Tahar Bekri, figure majeure de la poésie contemporaine et passeur essentiel entre les langues et les cultures.
Outre Abou al-Kacem Chebbi, la rencontre met à l’honneur sept figures essentielles de la poésie tunisienne contemporaine : Habib Zannad, Moncef Ouhaibi, Mohammad Ghozzi, Jamila Méjri, Moncef Mezghanni, Sghaïar Ould Ahmad et Amel Moussa.
Leurs textes traduits offrent au public francophone un panorama riche et représentatif de la modernité et de la diversité de la création poétique tunisienne.
Conçue comme une traversée à la fois poétique et sensorielle, la séance prend la forme d’un récital bilingue, en arabe et en français, accompagné par les sonorités du qanun. La présentation est assurée par Farouk Mardam-Bey, les lectures en arabe par Samara Jaad et en français par Marie-Stéphane Cattaneo, avec l’accompagnement musical de la musicienne tunisienne Hend Zouari.
Cette rencontre s’inscrit dans un cycle plus large, puisqu’une prochaine séance sera consacrée à la poésie tunisienne arabophone produite depuis les années 2000.
À travers cette initiative, l’Institut du Monde Arabe réaffirme son rôle de passerelle culturelle et met en avant la traduction comme espace de dialogue, d’ouverture et de transmission. Une invitation à découvrir la Tunisie à travers la force de ses mots et la pluralité de ses voix.
Editorial : L’IA doit nous faire peur - Par Jalel Hamrouni
Lors d’une récente allocution, le ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi, Riadh Chaoued, a lancé un message qui pourrait sembler rassurant au premier abord : « l’intelligence artificielle ne fait pas peur, elle se domestique. » Une phrase qui, dans le contexte tunisien, relève davantage de l’optimisme naïf que d’une analyse sérieuse.
La réalité du terrain montre que l’IA, loin d’être un simple outil que l’on peut apprivoiser à volonté, représente un défi monumental pour notre économie, notre société et nos structures administratives. Et croire qu’elle se “domestique” sans effort ni préparation est un leurre dangereux.
Commençons par le constat le plus frappant : la Tunisie n’est pas prête. L’administration publique, pourtant pivot du développement national, reste largement non digitalisée. Les dossiers papier s’entassent encore dans les bureaux, les systèmes informatiques sont souvent archaïques, fragmentés, et incapables de dialoguer entre eux. Dans ce contexte, parler de “domestiquer” l’IA relève de la fiction.
Comment prétendre intégrer des technologies de pointe dans un système où la simple dématérialisation des services prend des années à se mettre en place ? Loin d’être un levier immédiat pour la création d’emplois ou l’optimisation de nos services, l’IA pourrait devenir un luxe inutile si les fondations numériques ne sont pas posées.
La montée en puissance de l’intelligence artificielle doit faire peur, et c’est précisément ce qu’elle fait dans les pays où la réflexion stratégique est sérieuse. L’IA bouleverse les secteurs économiques, modifie radicalement les métiers et redéfinit les compétences requises.
Dans le monde, nous voyons des entreprises automatiser des tâches qui prenaient jadis des heures de travail humain, et des gouvernements réfléchir à la régulation de ces technologies avant que le marché ne crée des déséquilibres irréversibles.
Ignorer cette dimension, comme le semble faire le ministre, c’est exposer la Tunisie à des pertes d’emplois massives et à une fracture technologique encore plus profonde.
Car l’IA ne se limite pas à un robot qui répond à des questions ou à un algorithme qui suggère des publicités. Elle impacte tous les secteurs : l’agriculture, la santé, l’industrie, les finances, et même le secteur public. Chaque entreprise ou administration qui n’investit pas dans l’infrastructure numérique, dans la formation spécialisée et dans la réglementation adaptée risque d’être laissée pour compte.
Il ne suffit pas d’acheter quelques logiciels ou de suivre quelques formations ponctuelles pour “domestiquer” l’IA. Il faut une vision stratégique, des budgets conséquents et une politique cohérente de développement des compétences.
Or, sur le terrain, la réalité est tout autre. Les écoles techniques et les centres de formation professionnelle peinent encore à fournir des compétences numériques de base.
Les plateformes de formation en ligne sont rares, souvent peu accessibles et peu adaptées aux besoins du marché tunisien. L’écosystème entrepreneurial, pourtant porteur, est freiné par un cadre légal obsolète et une bureaucratie lourde. Dans ces conditions, prétendre que l’IA est simplement “domestiquable” relève de la fiction politique plus que de la stratégie économique.
Il est urgent de changer de paradigme. Plutôt que de rassurer le public avec des slogans simplistes, le gouvernement devrait reconnaître la complexité du défi et agir en conséquence. Première étape : investir massivement dans l’infrastructure numérique et la digitalisation de l’administration.
Cela implique des plateformes interconnectées, une gestion des données efficace et sécurisée, et une modernisation des processus pour que l’IA puisse réellement s’insérer et créer de la valeur.
Deuxième étape : former des centaines de milliers de Tunisiens aux métiers de demain. L’IA n’est pas un substitut automatique au travail humain ; elle peut être un levier de productivité si la main-d’œuvre est qualifiée. Les politiques publiques doivent donc viser la montée en compétences à grande échelle, en incluant des formations en programmation, en analyse de données, en cybersécurité et en gestion des systèmes intelligents.
Enfin, il faut créer un cadre légal et réglementaire clair. Les questions de protection des données, d’éthique, d’impact social et de responsabilité économique ne peuvent être traitées à la légère. Sans règles claires, l’IA peut accentuer les inégalités, concentrer la richesse et fragiliser les plus vulnérables.
l’IA n’est pas une baguette magique que l’on agite pour résoudre les problèmes de l’emploi ou moderniser l’État.
Elle est un outil puissant qui nécessite préparation, vigilance et courage politique. Minimiser le danger aujourd’hui, c’est courir le risque de se retrouver dépassé demain.
J.H.
Transport aérien : Nouvelair reçoit un nouvel Airbus A320neo
Nouvelair vient d’annoncer, ces derniers jours, la réception de son troisième avion de type Airbus A320neo. L’intégration de ce nouvel appareil s’inscrit dans la stratégie de modernisation progressive de la flotte de la compagnie, qui compte désormais 17 appareils, et reflète son engagement continu en faveur de la performance opérationnelle, du confort des passagers et du respect des standards environnementaux.
Reconnu pour ses performances énergétiques optimisées, sa réduction significative des émissions de CO₂ et de l’empreinte sonore, l’Airbus A320neo permet à Nouvelair de renforcer sa compétitivité tout en offrant une expérience de voyage plus confortable et plus responsable.
Cette modernisation continue de la flotte illustre l’engagement de Nouvelair à offrir à ses passagers des conditions de voyage optimales, alliant sécurité, fiabilité et qualité de service.
Michael Eneramo n'est plus
Par Jamel Belhassen
Triste nouvelle. L'ancien attaquant nigerian de l'Espérance de Tunis qui a fait partie des meilleurs joueurs étrangers ayant évolué dans le championnat tunisien vient de rendre l'âme, tôt ce matin suite à une crise cardiaque. Eneramo a rejoint l'Espérance de Tunis en 2005.
Il a remporté trois titres de champion de Tunisie et il a été meilleur buteur du championnat en 2008- 2009 avec 18 buts puis en 2009-2010 avec 13 buts. En cette douloureuse circonstance, nous présentons nos sincères condoléances à la famille du défunt et à l'Espérance de Tunis. Que son âme repose en paix.
J.B.
Dix ans depuis l’adhésion de la Tunisie au COMESA : Le bilan est extrêmement médiocre…
Par Hassan GHEDIRI
La faible intégration de la Tunisie dans l’espace africain se traduit chaque année par un manque à gagner économique colossal de plus de 7 milliards de dinars…
« Lorsque j’ai engagé la Tunisie sur la voie de l’adhésion à la COMESA (NDR : Marché commun de l’Afrique orientale et centrale), le choix impliquait de rompre avec les anciens reflexes et d’assumer la conviction qui veut que l’avenir de la Tunisie se joue aussi en Afrique », a écrit en substance, mardi, l’ancien ministre du Commerce, Mohsen Hassan sur sa page Facebook.
Et d’enchainer avec regret qu’une décennie depuis le lancement du processus d’adhésion et huit ans depuis que la Tunisie est devenue membre à part entière de cette grande alliance commerciale, les acquis demeurent en dessous des attentes.
En 2025, la valeur des exportations tunisiennes a dépassé les 63 milliards de dinars, toutes marchandises et marchés confondus. Les pays 20 pays membres du COMESA, couvrant une grande partie de l’est et du sud du continent africain et comptant plus de 600 millions de consommateurs, n’ont toutefois attiré qu’une minuscule quantité du made in Tunisia.
Moins de 5% des exportations tunisiennes avaient été en effet destinées aux marchés subsahariens au cours de l’année écoulée, comme peuvent bien le confirmer les chiffres du commerce extérieur publiés par l’INS. En même temps, plus de 70% des exportations continuent à être orientées vers l’Europe ce qui veut dire que malgré la volonté affichée, la Tunisie peine encore à s’ouvrir à un plus large éventail de partenaires commerciaux.
Il n’est d’ailleurs pas étonnant de constater comment la faible intégration économique de la Tunisie dans son environnement africain se traduit par un manque à gagner considérable. Le manque de visibilité et de vision stratégique pour développer les exportations vers l’Afrique, en particulièrement les marchés du COMESA, prive notre pays des revenus annuels estimés à plus de 7 milliards de dinars.
C’est en effet ce qui ressort d’une étude présentée lors d’une table ronde organisée avant-hier à Tunis et placée sous le thème « la diversification des exportations tunisiennes vers le continent africain, opportunités, freins et leviers d’actions ».
Secteurs porteurs
Les auteurs et les études croient en effet que Tunisie est en train de rater de très grandes opportunités économiques dans des marchés où les entreprises tunisiennes ne trouvent confronté à l’absence quasi-totale des mécanismes d’accompagnement.
Des outils d’identification des opportunités d’investissement et d’exportation employés dans le cadre de l’étude ont permis de dégager un constat sans appel selon lequel plus de 95% des opportunités présentant une grande valeur ajoutée économique aux entreprises tunisiennes sont identifiées dans des pays ne figurant tout simplement pas dans les marchés prioritaires ciblés par les politiques du commerce extérieur.
Les mêmes outils ont également permis d’identifier des niches d’exportation de près de 600 produits dans 36 pays. Les secteurs les plus porteurs sont les machines électriques, le textile, l’agroalimentaire, les pièces et accessoires automobiles.
Face à ce constat, Mohsen Hassan appelle à un recentrage stratégique clair et opérationnel : faire du Kenya, de l’Éthiopie et de l’Ouganda des priorités immédiates, avec pour objectif de porter la part du COMESA à 10% des exportations tunisiennes d’ici 2030 et d’atteindre une croissance annuelle de 15% vers ces marchés.
Il insiste également sur la nécessité de lever les obstacles internes en améliorant les conditions de transaction, notamment à travers une réduction des coûts de 30% et des délais de paiement inférieurs à 72 heures grâce à des mécanismes comme le REPSS. Enfin, il plaide pour un changement de paradigme : au-delà de l’exportation classique, la Tunisie doit désormais s’intégrer pleinement dans les chaînes de valeur africaines afin de capter une part plus importante de la croissance du continent.
H.G.
Foire internationale du livre de Tunis (FILT) : Entre rencontres d’auteurs et plaisir de lire
Par Imen Abderrahmani
Rendez-vous très attendu par les éditeurs, les auteurs et les lecteurs, la Foire internationale du livre de Tunis (FILT) ouvre aujourd’hui ses portes au grand public. Coup d’œil sur quelques rencontres qui donneront le ton de cette édition.
Pour cette première journée suivant l’ouverture officielle, les organisateurs ont choisi de débattre de deux questions artistiques et esthétiques à travers deux rencontres.
La première, intitulée « Les écoles calligraphiques entre règle et expérimentation, de la calligraphie classique au lettrisme », se tiendra de 10h à 12h. Modérée par Yassine Mokran, cette rencontre s’inscrit dans le prolongement de l’exposition dédiée à l’art calligraphique et réunira plusieurs spécialistes d’ici et d’ailleurs. Les interventions de Béchir Darraji, Béchir El Askari, Taoufik Aissaoui, Tarek Abid et Abdelkader Ghoul (Tunisie), Abdallah Ghabichi (Iran) et Olivier Dubuquoy rythmeront ce rendez-vous, qui s’achèvera par des ateliers d’initiation aux arts calligraphiques destinés au public.
La seconde rencontre, intitulée « Le roman et le cinéma tunisien entre réalité et aspirations », est programmée de 15h à 17h. Modérée par Ahmed Guesmi et Yassine Mokran, elle réunira plusieurs romanciers et scénaristes tunisiens : Kamel Ben Ouanes, Hammadi Arafa, Lassaâd Ben Hsin, Samir Zoghbi, Emna Rmili, Fathi Kharat et Salwa Ben Hafaidh. À ce panel d’experts s’ajoutera le réalisateur et dramaturge égyptien Bassel Ramsis.
Avec plus de 148 000 livres provenant de 37 pays, la Foire internationale du livre de Tunis promet d’enchanter les lecteurs, comme s’ils entraient au pays des merveilles. De nombreux titres et de belles plumes sont à découvrir sur les stands des éditeurs étrangers comme tunisiens.
Côté chiffres, la FILT accueille 394 maisons d’édition (contre 313 l’année précédente), dont 184 participants tunisiens et 210 participants étrangers.
Nos éditeurs semblent prêts à séduire les visiteurs avec de nombreuses nouveautés, dans tous les genres, signées aussi bien par de jeunes auteurs et autrices qui se présentent pour la première fois que par des plumes confirmées, déjà reconnues, qui continuent de partager avec passion leur amour des mots et des histoires.
Sur l’agenda de nos éditeurs
Au stand 1212, Hall 1, l’équipe d’Arcadia Éditions se prépare à ouvrir grand ses portes aux lecteurs, conviés dès la première journée à une traversée de mots, d’histoires et de voix nouvelles. À l’affiche, un bouquet d’ouvrages fraîchement sortis de l’imprimerie, promesses de découvertes et d’échanges.
Le coup d’envoi de cette célébration du livre et de la lecture sera donné à 13h avec le roman « Le Serment de Dija » d’Abdellatif Aissi, qui inaugurera cette journée placée sous le signe du partage. À 14h, Najoua Kadri prendra le relais pour présenter « Al Majida », avant que la poétesse Myriam Kerkeni n’invite le public, à 15h, à entrer dans l’intimité de « Révélations d’une femme ». À 16h, le romancier et journaliste Sofiane Ben Farhat rejoindra cette fête des mots avec « Abba Abba, la pierre de convoitise ».
La journée s’achèvera à 17h avec un ouvrage en résonance avec les questionnements contemporains : « Entre les lignes, nos modèles sociaux ont-ils encore du sens ? » d’Adnan Ben Salah, invitant lecteurs et lectrices à prolonger la réflexion bien au-delà des pages.
Restons toujours au Hall 1 : non loin de là, au stand 1311 des éditions Ibn Arabi, l’écrivaine Rim Alouane rencontrera les lecteurs à 15h pour les inviter à la rejoindre dans sa quête de réponses autour de l’énigme « Qui a tué Toffaha ? » (Titre de son nouveau roman).
L’autrice s’était déjà présentée au public lors de la précédente édition avec le roman « Le Guichet », écrit en dialecte tunisien et rythmé par des proverbes savoureux et des chansons populaires soigneusement choisies. Elle revient cette année avec une nouvelle intrigue qui promet suspense, humour et immersion dans un univers où la langue du quotidien devient matière littéraire.
Cette rencontre sera l’occasion d’échanger avec l’écrivaine autour de son processus d’écriture, de ses choix stylistiques et de cette manière singulière de faire résonner la mémoire collective à travers la fiction.
Les surprises du Hall 1 semblent inépuisables en cette première journée. Au stand 1710, « Hkeyet Éditions » accueillera de 15h à 17h Wafa Ghorbel, venue présenter ses deux romans « Le Jasmin noir » et « Le Tango de la déesse des dunes ». Romancière, universitaire et autrice-compositrice-interprète, Wafa Ghorbel publie en 2016 son premier roman, « Le Jasmin noir », écrit entre 2003 et 2008. L’ouvrage reçoit le Prix Comar d’Or-Découverte la même année. En 2017, paraît « Le Tango de la déesse des dunes », suite indépendante du premier roman, qui remporte à son tour le prix de la Foire internationale du livre de Tunis ainsi que celui du Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme (CREDIF). En 2019, l’autrice publie sa propre traduction du « Jasmin noir » en arabe littéraire. Le roman a depuis été traduit et publié en plusieurs langues, dont l’anglais (américain), le roumain et l’espagnol, confirmant l’écho international de son univers littéraire.
D’autres rendez-vous viendront encore enrichir le programme des prochains jours, confirmant la vitalité de cette nouvelle édition. Au-delà de ces rencontres qui favorisent l’échange direct entre auteurs, éditeurs et lecteurs, la foire demeure surtout un vaste territoire de découvertes : celui de publications récentes, d’ouvrages audacieux et de voix singulières qui méritent que l’on s’y attarde. N’hésitez pas : jusqu’au 03 mai, du 10h00 à 20h00.
Imen.A.
Accrédité par l’ALECSO, le TICDCE rejoint le réseau d’excellence
Le Tunis International Center for Digital Cultural Economy (TICDCE) sera officiellement accrédité par l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO) lors d’une cérémonie prévue le mardi 28 avril 2026, dans ses locaux à Tunis.
Cette distinction consacre l’engagement du TICDCE en faveur d’une économie culturelle numérique innovante et durable. Elle s’inscrit dans le cadre d’un programme pionnier de l’ALECSO dédié à l’accréditation d’institutions culturelles arabes répondant à des critères stricts de créativité, de durabilité, de qualité et de bonne gouvernance.
En intégrant ce réseau d’excellence, le TICDCE rejoindra des établissements partageant une vision commune : renforcer l’action culturelle inter- arabe et favoriser l’échange des meilleures pratiques entre institutions accréditées à l’échelle régionale.
L’accréditation repose sur cinq principes fondamentaux, notamment l’institutionnalisation, la participation, la transparence, l’ouverture aux expériences internationales et la valorisation de modèles de gouvernance culturelle innovants, qui constituent le socle d’une coopération culturelle arabe renouvelée.
A la galerie 32 Bis : Liên Hoàng‑Xuân expose son « Modernity Garden »
Le lieu d’art 32Bis accueille à partir d’aujourd’hui l’exposition de Liên Hoàng‑Xuân. Une invitation à pénétrer un univers sensible et hybride où l’image, le langage et le temps s’entrelacent pour interroger notre rapport à la modernité.
Intitulée « Modernity Garden », l’exposition se déploie comme un territoire sous-jacent, ponctué de moments d’arrêt, presque comme des « bugs » dans le flux continu du présent. Ces suspensions invitent à contempler des formes de présence fragiles et mouvantes, tout en ouvrant un espace de réflexion sur les transformations actives qui traversent notre époque.
À travers une multiplication de perspectives, l’artiste explore un présent qui bascule instantanément dans le passé. Le visiteur assiste ainsi à la naissance d’une métaphore : celle d’une réalité commune, visible et sensible, qui se transmute en une expérience filtrée, plurielle et éblouissante. Chaque œuvre devient une tentative de capturer cet instant fugace où la perception se transforme.
Le monde de Liên Hoàng-Xuân se présente comme un espace liminal, habité par des êtres intermédiaires, des fragments de récits et des temporalités multiples. Dans ce montage hybride, les images se mêlent aux mots, les lignes aux affects, composant une narration visuelle empreinte de lyrisme et d’intensité.
Ses espaces dessinent ainsi une tentative de figuration d’une modernité déjà obsolète. L’artiste suggère que nous sommes, en partie, les images que nous produisons et échangeons. Nous devenons les spectateurs les uns des autres, fascinés par un plumage séduisant qui, peu à peu, finit par masquer les visages. Cette mise en scène du regard questionne notre manière de nous représenter et de nous reconnaître dans un monde saturé de signes.
Penser la modernité
En ouvrant des zones de suspension, l’exposition propose une distance critique face à notre condition contemporaine. Elle interroge la modernité comme un processus désormais traversé par des dynamiques destructrices et incertaines.
Sommes-nous encore dans le spectre de la postmodernité, de l’hypermodernité ou de la « société liquide » ? Ou avons-nous basculé vers une forme plus indéfinissable que certains nomment le « présent extrême » ? Ces notions, largement issues de contextes occidentaux, semblent s’activer et se désactiver selon les territoires qui les rendent opérantes. « Modernity Garden » invite ainsi à repenser ces concepts à travers une sensibilité artistique singulière.
Avec cette exposition, « 32Bis » propose un temps de pause, une traversée poétique et critique de notre époque. Le vernissage est pour cet après-midi à partir de 17h00. Il s’annonce comme une rencontre privilégiée avec l’univers de Liên Hoàng-Xuân, où chaque œuvre devient un fragment de récit à explorer. Une occasion de ralentir, de regarder autrement et d’entrer dans ce jardin de la modernité aux contours incertains.
Editorial : A malin trumpien, Sun Tzu et demi…
Par Chokri Baccouche
Décidément, Donald Trump aime jouer avec des allumettes dans un baril de poudre. Lors d’un entretien téléphonique fleuve diffusée en direct il y a quelques jours sur la chaîne CNBC, le président américain a accusé la Chine d’armer l’Iran. Et pour argumenter ses dires qui pourraient, selon les observateurs avertis, transformer le conflit moyen-oriental en une confrontation globale entre superpuissances, le locataire de la Maison Blanche a déclaré que les forces américaines avaient intercepté un mystérieux bateau en haute mer.
Il a laissé entendre que le navire en question « était peut-être un cadeau de Pékin », sans fournir pour autant de détails techniques sur la nature de la cargaison ou la localisation de la saisie. Trump s’en est allé jusqu’à déduire que l’Iran avait « probablement reconstitué ses stocks » d’armement depuis le début de la trêve en associant explicitement les capacités militaires iraniennes à une aide chinoise.
Des sources de CNN abondent dans le même sens et enfoncent encore plus le clou. Sur la base de rapports des services de renseignement, ces sources indiquent en effet que la Chine s’apprête à fournir des armes sophistiquées à l’Iran. Plus précisément, le pays des Mandarins se préparerait à envoyer dans les prochaines semaines des systèmes de radar très avancés ainsi que des missiles sol-air lancés à l’épaule, connus sous le nom de MANPADS.
Ces systèmes de missiles portables sont très mobiles et faciles à dissimuler, ce qui en ferait une source de grande préoccupation pour les États-Unis. La Chine fournit-elle réellement des armes à l’Iran ou s’apprête-t-elle à le faire ? Les accusations de Trump sont-elles fondées sur des preuves formelles ou s’agit-il d’un coup de bluff dont seul le président américain a le secret afin de maintenir la pression et inciter Pékin à ne pas porter assistance à l’Iran ?
Bien qu’il soit difficile de répondre à ces questions de manière catégorique, certains faits peuvent aider à tirer des conclusions objectives et d’être, par conséquent, le plus proche de la réalité.
Face aux accusations colportées à son encontre par le président américain, la Chine a opposé un démenti officiel qualifiant les insinuations trumpiennes de « fabriquées ». Pékin qui a observé depuis le déclenchement de la guerre américano-sioniste contre l’Iran une position de neutralité apparente cherche à préserver à la fois ses intérêts énergétiques et stratégiques à Téhéran, tout en évitant une rupture frontale avec Washington dans un contexte déjà extrêmement tendu. La Chine est, en fait, face à un dilemme.
On sait en effet que la République islamique d’Iran représente pour l’Empire du milieu une manne énergétique importante. Les Chinois achètent en effet 80% de la production iranienne de pétrole, ce qui correspond environ à 20% de leur consommation globale.
D’un point de vue stratégique, ce volume est non seulement non négligeable mais revêt une importance cruciale pour l’économie chinoise qui a déjà perdu, après le coup d’Etat perpétré par les Américains contre le régime de son allié Manuel Maduro, un important fournisseur d’or noir.
Au plan stratégique, l’Iran est, par ailleurs pour Pékin, un pion crucial sur l’échiquier géopolitique euro-asiatique, sachant que la Chine forme avec la Russie et Téhéran une sorte d’« axe » anti-unilatéralisme américain qui milite en faveur de l’instauration d’un ordre mondial multipolaire.
Depuis le début de la crise, les dirigeants chinois ont adopté une attitude de grande prudence, pour des raisons liées au dilemme susmentionné, mais cela ne veut pas dire dans les faits qu’ils ont observé une position totalement neutre c’est-à-dire soumise au diktat washingtonien. Partenaire économique et stratégique de l’Iran, la Chine considère d’ailleurs les frappes américaines contre Téhéran comme une tentative de Donald Trump d’entraver son expansion économique et technologique.
Les rivalités féroces pour le leadership mondial entre les deux géants américains et chinois ne font pas mystère. Et la guerre américaine contre l’Iran vise justement à casser non seulement l’axe stratégique entre Pékin, Moscou et Téhéran mais également et surtout à saborder la montée en puissance de la Chine, perçue par les stratèges américains comme la principale menace à l’hégémonie étasunienne et ce, en la privant d’une importante source d’approvisionnement énergétique.
De ce qui précède on peut déduire sans risque de se hasarder que la Chine a tout intérêt, logiquement, que le régime iranien en place se maintienne. Certes, les dirigeants chinois sont peu enclins à s’engager dans la défense d’une autre nation et à risquer d’être entraînés dans une guerre coûteuse qui, à terme, affaiblirait leur propre pays, mais l’hypothèse qu’ils pourraient venir en aide à l’Iran indirectement, c’est-à-dire par des moyens détournés ou par l’intermédiaire de pays tiers, n’est pas totalement exclue.
Pragmatiques, les dirigeants chinois qui ont toujours préféré rester en retrait, ont tendance à considérer les interventions américaines comme un facteur clé qui participe à l’affaiblissement des Etats-Unis.
En cela, ils semblent respecter à la lettre les recommandations, redoutables d’efficacité, de Sun Tzu, le grand stratège chinois du VIe siècle avant Jésus-Christ : « Sois subtil jusqu’à l’invisible ; sois mystérieux jusqu’à l’inaudible ; alors tu pourras maîtriser le destin de tes adversaires. » Comme quoi à malin trumpien, Sun Tzu et demi…
C.B.
















