Editorial : Prendre, enfin, son destin en main - Par Hassan GHEDIRI
La Tunisie, qui a appelé « à la désescalade et au respect de la souveraineté des Etats » après l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, a dit suivre avec « une profonde préoccupation » le conflit qui fait planer le spectre d’un chaos régional.
Il faut dire que les inquiétudes de la Tunisie exprimées à travers un communiqué officiel, diffusé dimanche par le ministère des Affaires étrangère, ne dénotent pas seulement le souci de la préservation de la paix et la sécurité internationale, mais concernent également les retombées du conflit sur les circuits d’approvisionnement et les prix du pétrole sur les marchés internationaux.
Des craintes qui n’ont pas été exprimées clairement mais qui devraient être d’ores et déjà très palpables chez les décideurs et parmi les acteurs économiques qui observent depuis hier les prémices d’une quasi-inévitable envolée des cours des énergies.
Même si l’on s’est bien gardé de ne pas céder à la panique dans les grandes places financières en ce lundi 2 mars, les effets de l’embrasement, depuis le week-end, du Moyen-Orient, sont déjà visibles sur le commerce mondial, notamment sur les cours du pétrole. Peu après minuit, heure de Tunis, le baril de Brent, référence mondiale de l’or noir, a brusquement bondi d’environ 10% pour franchir la barre de 80 dollars après s’être affiché aux alentours de 60 dollars depuis le début de l’année.
Une flambée qui n’a pas surpris les observateurs d’autant plus que, depuis le début de l’escalade, tous les regards sont tournés vers le détroit d’Ormuz, principale voie de navigation connectant les régions de production de pétrole au reste du monde par lequel transite 20 % du pétrole consommé sur la planète ainsi que 20 % du gaz naturel brûlé dans le monde.
Des attaques ciblant, dimanche, des navires transportant du pétrole dans la région ont vite attisé les craintes poussant l’organisation maritime internationale à déconseiller cette voie.
Le transport via le détroit d’Ormuz est de facto suspendu. Une interruption prolongée est susceptible de faire grimper le prix du baril à 100 dollars, estiment les spécialistes qui craignent des conséquences bien plus grave en cas d’attaque des installations pétrolières en Iran et dans l’ensemble du Moyen-Orient qui abrite environ le tiers de la production mondiale.
La Tunisie, qui a appelé à la désescalade, redoute, comme beaucoup de pays, l’embrasement du Moyen-Orient. Le talon d’Achille de notre pays restera toujours les prix d’énergies élevés. Déjà à 80 dollars le baril, le prix du pétrole se situe largement au-dessus des prévisions établies par le gouvernement dans le budget de 2026, fixé à une moyenne de 63 dollars. N’oublions pas d’expliquer que, dans pareilles circonstances, chaque dollar supplémentaire coûte à la Tunisie 164 millions de dinars dans son budget de la compensation.
Un conflit prolongé et incontrôlé ne manquera pas, en effet, de provoquer une flambée des prix qui pourraient bondir même au-delà des 120 dollars. Fortement dépendante des importations à cause d’une production locale ne couvrant qu’environ le tiers de ses besoins de consommation, la Tunisie est l’un des pays qui risquent de se voir en train d’assécher leurs réserves en devises pour financer des commandes de pétrole et du gaz de plus en plus exorbitantes.
Les flux de toutes les marchandises vont être directement impactés par la hausse des prix de l’énergie, les prix vont augmenter et l’inflation devrait repartir à la hausse. Le pire est que, malgré la multitude des chocs énergétiques qui n’avaient pas manqué de désorienter les priorités de dépenses publiques, le pays semble refuser de prendre son destin en main en investissant massivement dans de gigantesques gisements inépuisables d’énergies renouvelables.
Prendre, sans hésiter, son destin en main est la leçon que la Tunisie se devait d’apprendre de cette énième guerre aux conséquences complètement imprévisibles qui secoue aujourd’hui le Moyen-Orient.
H.G.
Attaque contre l’Iran : 555 morts parmi les civils, la guerre s'étend au Liban...
L’attaque menée par les États-Unis et l’entité sioniste prend encore de l’ampleur. Les frappes ont déjà emporté plusieurs dignitaires du régime, dont trois membres des Gardiens de la Révolution ce 2 mars dans la matinée, et surtout l’ayatollah Ali Khamenei dans les premières heures du conflit. Et la communauté internationale commence à livrer de premiers bilans. Ainsi, le Croissant-Rouge iranien affirme ce lundi 2 mars que 555 personnes ont été tuées en Iran par l’opération militaire américano-israélienne, alors que la guerre s’étend au Liban, où Israël a lancé des raids qui pourraient durer. Voici les principaux développements du conflit.
L’armée sioniste a indiqué le 2 mars continuer à mener des « frappes à grande échelle » à Téhéran. Le Croissant-Rouge a annoncé un bilan de 555 morts depuis le début de la guerre samedi. Au moins 35 dans la province de Fars dans le sud du pays, 27 dans le nord-ouest en deux jours (selon un responsable iranien), au moins trois dans l’ouest à Sanandaj, selon le gouverneur local.
La province centrale de Yazd a été touchée. L’agence de presse iranienne Tasnim a évoqué des explosions dans la capitale. Les Affaires étrangères chinoises ont fait état d’un ressortissant tué à Téhéran.
Le conflit s’étend au Liban
Le Hezbollah avait promis de « faire face à l’agression » américano-israélienne contre l’Iran après la mort de l’ayatollah Ali Khamenei. Le mouvement armé pro-iranien basé au Liban a affirmé le 2 mars avoir tiré des missiles et des drones vers Israël, pour la première fois dans ce conflit. L’armée israélienne a répliqué, annonçant frapper des cibles du Hezbollah « à travers le Liban » et ordonnant aux habitants d’une cinquantaine de villages d’évacuer.
Des journalistes de l’AFP ont entendu de puissantes explosions à Beyrouth, et vu de nombreux habitants fuir vers le sud du pays. Selon un premier bilan officiel, ces frappes israéliennes ont fait 31 morts et 149 blessés.
Explosions à Jérusalem, l’Iran refuse toute négociation
Les frappes ont entraîné des répliques en direction d’Israël. Plusieurs explosions ont été entendues lundi 2 mars à l’aube à Jérusalem, où les sirènes d’alerte ont retenti après l’annonce par l’armée de tirs de missiles iraniens. La veille, un missile iranien a frappé un abri à Bet Shemesh, dans le centre du pays, faisant neuf morts, 11 disparus et 46 blessés. Les secours ont aussi fait état de la mort d’une femme à Tel-Aviv.
Téhéran « ne négociera pas avec les États-Unis », a affirmé le chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani. Il a accusé Donald Trump d’avoir précipité le Moyen-Orient dans le « chaos » avec ses « rêves illusoires ». Les Gardiens de la Révolution ont déclaré le 2 mars avoir lancé un barrage de missiles sur les villes de Tel-Aviv, Haïfa et Jérusalem-Est. L’armée iranienne affirme avoir visé la base aérienne américaine Ali Al-Salem au Koweït. Plusieurs sites « dans les villes d’Ardakan et de Yazd, ainsi qu’un site sur la route Yazd-Mehriz, ont été attaqués », selon le vice-gouverneur de la province, Esmail Dehestani, cité par l’agence de presse officielle Irna.
Les répercussions se sont aussi fait sentir dans le Golfe, de l’autre côté du détroit d’Ormuz. Une personne a été tuée à Bahreïn dans une attaque iranienne, a annoncé le 2 mars le ministère de l’Intérieur. Des journalistes de l’AFP à Doha, Abou Dhabi et Dubaï ont entendu de fortes explosions.
Un correspondant de l’AFP a vu une épaisse fumée noire s’élever le lundi 2 mars de l’ambassade des États-Unis au Koweït, qui conseille de « ne pas venir à l’ambassade ». L’armée koweïtienne dit avoir intercepté plusieurs drones au-dessus de son territoire. Des explosions ont été entendues le 2 mars près de l’aéroport irakien d’Erbil qui héberge des troupes américaines. Des systèmes de défense anti-aérienne proches de l’aéroport ont abattu des drones.
Les forces américaines ne sont pas sorties indemnes de ces premiers mouvements. Si leurs équipages ont survécu, plusieurs avions de combat américains se sont écrasés au Koweït dans la matinée du 2 mars. Surtout, les États-Unis avaient annoncé la veille avoir perdu trois militaires, leurs premières pertes dans le conflit. Un bilan qui est en train de s’agrandir.
Après l’attaque contre l’Iran : Quelles sont les conséquences pour les prix du pétrole ?
L’attaque menée par les États-Unis et l’entité sioniste risque de faire flamber le prix du pétrole. L'Iran a riposté comme il l'avait menacé, avec des explosions signalées aux Émirats arabes unis, au Qatar, à Bahreïn et au Koweït, ce qui risque d'étendre le conflit à toute la région. Ainsi, les marchés pétroliers se préparent à un choc : ces frappes risquent de perturber l'approvisionnement mondial en pétrole brut, ce qui pourrait entraîner une forte hausse des prix.
En plus d'être un important producteur de pétrole, Téhéran a menacé à plusieurs reprises de bloquer le détroit d'Ormuz, une voie d'accès essentielle pour l'exportation du pétrole.
En 1974, l'Iran était le troisième producteur mondial après les États-Unis et l'Arabie saoudite, mais devant la Russie. Cependant, sa production de pétrole a été affectée par les sanctions imposées par les États-Unis en 1979.
L'Iran est passé d'une production d'environ six millions de barils par jour à environ 3,1 millions de barils aujourd'hui, selon le cartel des producteurs de pétrole, l'OPEP, dont l'Iran est membre.
Malgré cela, l'Iran se classe toujours parmi les dix premiers producteurs de pétrole au monde. Son pétrole brut est relativement facile et bon marché à extraire, avec des coûts de production ne dépassant pas 10 dollars (8,46 euros) par baril, ce qui le rend particulièrement rentable.
En comparaison, le Canada et les États-Unis affichent généralement des coûts de 40 dollars (33,85 euros) à 60 dollars (50,77 euros) par baril. Seuls l'Arabie saoudite, l'Irak, le Koweït et les Émirats arabes unis affichent des coûts de production aussi bas.
La Chine reste l'un des principaux consommateurs de pétrole iranien, plus de 80 % des exportations iraniennes étant destinées aux raffineries chinoises.
Les avertissements incessants de l'Iran concernant la fermeture du détroit d'Ormuz, un corridor maritime essentiel reliant les pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient au reste du monde, représentent un risque plus important pour les marchés pétroliers.
Tout passe par le détroit d'Ormuz
En 2024, environ 20 millions de barils de pétrole brut l'empruntaient quotidiennement, ce qui équivaut à près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole liquide, selon un rapport de l'Administration américaine d'information sur l'énergie (EIA). (source en anglais)
"Le détroit est suffisamment profond et large pour accueillir les plus grands pétroliers du monde, et c'est l'un des plus importants points d'étranglement du monde. D'importants volumes de pétrole transitent par le détroit, et il existe très peu d'options alternatives pour sortir le pétrole du détroit s'il est fermé", indique le rapport.
The paradox of booming global trade post-Liberation Day
The year 2025 delivered an apparent contradiction at the heart of the global economy. On the one hand, global trade volumes surprised to the upside, expanding at around 16%, well above the 4% long-term average and materially outpacing global GDP growth of 3%. On the other hand, the world’s largest economy implemented the most aggressive tariff increases seen in decades, culminating in the sweeping “Liberation Day” measures announced by the US in April. At face value, these two developments appear irreconcilable.
Conventional trade theory would suggest that sharply higher tariffs, particularly when imposed by a systemically important importer like the US, should weigh heavily on global trade flows. Yet reality proved more complex.
Total global trade
(USD Tn, sum of last twelve months)
Sources : Haver, IMF, QNB analysis
In our previous commentaries published after Liberation Day, we argued that global economic integration was unlikely to be reversed, despite the magnitude of the US tariff shock. Subsequent data have reinforced this view. Rather than collapsing, global trade accelerated through 2025, forcing a reassessment of how tariffs can interact with modern supply chains, corporate behaviour, and other macro-financial drivers. Four factors help explain why trade proved far more resilient than headline policy signals would suggest.
First, the threat of tariffs triggered a powerful front-loading cycle, particularly in the US. Well before the full implementation of the new tariff regime, US importers moved aggressively to pull forward shipments in order to lock in lower duty rates. This behaviour is visible across customs data, inventory accumulation, and port activity.
US goods imports surged in late 2024 and early 2025, especially in tariff-exposed categories such as machinery, electronics, and intermediate manufacturing inputs. Import growth temporarily decoupled from domestic demand, reflecting precautionary stockpiling rather than end-use consumption.
This pattern is not unprecedented. Similar front loading dynamics were observed during the 2018-19 US-China trade war, when tariff announcements consistently led to short-term spikes in bilateral trade flows ahead of implementation deadlines. In 2025, however, the scale was larger and more geographically diversified, as firms sought to hedge against not only higher tariffs but also uncertainty around exemptions, retaliatory measures, and future policy escalations. Ironically, this defensive behaviour boosted measured global trade volumes, masking the longer-term drag that higher tariffs may yet impose.
Second, effective tariff burdens were materially lower than headline rates imply, reflecting exemptions, delays, and corporate adaptation. Statutory US tariff rates rose sharply following Liberation Day with an announced tariff rate at around 14.8%. However, the effectively charged tariff revenues point to a significantly lower burden closer to 11%.
A wide array of product-level exemptions, phased implementation schedules, bilateral carve-outs, and discretionary waivers diluted the immediate impact on trade costs. In practice, the gap between announced tariffs and collected duties widened, underscoring the political and administrative constraints of enforcing sweeping protectionist measures in a highly interconnected economy.
Equally important, multinational firms proved adept at mitigating tariff exposure. Modern global supply chains are flexible by design. Firms reconfigured sourcing, rerouted shipments through third countries, adjusted product classifications, or absorbed costs through internal pricing strategies. Jurisdictional arbitrage, transfer pricing, and intra-firm trade further reduced the pass-through of tariffs into final prices and volumes. The result was a far smaller disruption to global trade flows than policymakers had anticipated, highlighting the limited effectiveness of tariffs as a tool in a world of fragmented production networks.
Booming exports from Taiwan
(USD Bn, sum of last twelve months)
Sources : Haver, IMF, QNB analysis
Third, the acceleration of the global AI investment cycle generated an unusually strong impulse to trade. The rapid scaling of data centres, semiconductor fabrication, advanced electronics, and supporting infrastructure triggered a surge in cross-border flows of capital goods, intermediate inputs, and high-value components. Unlike traditional consumer-led trade cycles, AI-related investment is highly import-intensive and globally fragmented, relying on specialised suppliers across continents.
Taiwanese exports, for example, which are at the crux of AI capex due to its position as an advanced chip manufacturer, surged more than 34% since the new capex cycle started in 2024. As a result, the AI capex boom acted as a powerful, tariff-insensitive driver of trade volumes, reinforcing exports from technologically sophisticated manufacturing hubs even as headline protectionism intensified.
Fourth, supportive macro-financial conditions, such as a notable USD depreciation, provided a powerful offset to trade policy headwinds. A broad-based depreciation of nearly 10% for the USD in 2025 improved external competitiveness across a wide range of exporting economies, particularly those who’s monetary and FX policies are anchored by the USD, such as many Eastern Asian emerging economies. As their local currencies either appreciated modestly or remained tightly managed against the USD, exporters benefited from improved pricing power in global markets.
All in all, the experience of 2025 underscores a critical lesson: the paradox of strong global trade growth alongside sharply higher US tariffs reflects front-loading behaviour, lower effective tariff burdens, high AI-related capex and supportive USD depreciation, rather than a genuine revival of protectionist effectiveness. Moving forward, trade growth should slow down as the effects of frontloading fade and the USD stabilizes. However, a new global investment cycle centered around AI should favour continues trade growth above the 4% long-term average.
QNB Economics Team:
Luiz Pinto*
Assistant Vice President - Economics
+974-4453-4642
Bernabe Lopez Martin
Senior Manager -
Economics
+974-4453-4643
Aisha Khalid Al Thani
Senior Associate -
Economics
+974-4453-4647
* Corresponding author
DISCLAIMER : The information in this publication (“Information”) has been prepared by Qatar National Bank (Q.P.S.C.) (“QNB”) which term includes its branches and affiliated companies. The Information is believed to be, and has been obtained from, sources deemed to be reliable; however, QNB makes no guarantee, representation or warranty of any kind, express or implied, as to the Information’s accuracy, completeness or reliability and shall not be held responsible in any way (including in respect of negligence) for any errors in, or omissions from, the Information.
QNB expressly disclaims all warranties or merchantability or fitness for a particular purpose with respect to the Information. Any hyperlinks to third party websites are provided for reader convenience only and QNB does not endorse the content of, is not responsible for, nor does it offer the reader any reliance with respect to the accuracy or security controls of these websites. QNB is not acting as a financial adviser, consultant or fiduciary with respect to the Information and is not providing investment, legal, tax or accounting advice.
The Information presented is general in nature: it is not advice, an offer, promotion, solicitation or recommendation in respect of any information or products presented in this publication. This publication is provided solely on the basis that the recipient will make an independent evaluation of the Information at the recipient’s sole risk and responsibility. It may not be relied upon to make any investment decision.
QNB recommends that the recipient obtains investment, legal, tax or accounting advise from independent professional advisors before making any investment decision. Any opinions expressed in this publication are the opinions of the author as at the date of publication. They do not necessarily reflect the opinions of QNB who reserves the right to amend any Information at any time without notice.
QNB, its directors, officers, employees, representatives or agents do not assume any liability for any loss, injury, damages or expenses that may result from or be related in any way to the reliance by any person upon the Information. The publication is distributed on a complementary basis and may not be distributed, modified, published, re-posted, reused, sold, transmitted or reproduced in whole or in part without the permission of QNB.
The Information has not, to the best of QNB’s knowledge, been reviewed by Qatar Central Bank, the Qatar Financial Markets Authority, nor any governmental, quasi-governmental, regulatory or advisory authority either in or outside Qatar and no approval has been either solicited or received by QNB in respect of the Information.
La vie de Mohamed - L’Âme des sables : Splendeurs et ombres de l’Arabie préislamique
L'Arabie d'avant l'Islam, souvent qualifiée de Jahiliyya (ère de l'ignorance), ne se résume pas à un simple vide civilisationnel. Elle était le théâtre d'une société profondément contradictoire, où la cruauté la plus brute côtoyait une noblesse d'âme presque légendaire. Ce peuple du désert, façonné par un environnement hostile, avait érigé un code moral unique où le vice et la vertu s'entremêlaient dans un équilibre fascinant.
Pour l'Arabe de cette époque, la démesure n'était pas un défaut, mais une preuve de générosité et de puissance. L'alcool occupait une place centrale dans la vie sociale. S'enivrer n'était pas perçu comme une déchéance, mais comme l'attribut d'un homme libre et fort. L'idéal masculin exigeait du notable qu'il soit un hôte prodigue : un homme riche se devait d'organiser des banquets et des beuveries jusqu'à cinq fois par jour pour ses voisins et amis. La sobriété aurait été interprétée comme de l'avarice.
Le rapport aux jeux de hasard était tout aussi singulier. Contrairement aux sociétés modernes où l'on joue pour s'enrichir, l'Arabe jouait pour dépenser. Les gains n'étaient jamais thésaurisés ; le vainqueur avait l'obligation morale de régaler l'assistance. Plus frappant encore, le jeu servait de mécanisme de financement de la guerre.
Lors des rassemblements tribaux, les fonds nécessaires aux conflits étaient levés par le jeu : celui qui gagnait acceptait de porter le fardeau financier de la défense nationale. Cette pratique préfigure, de manière rudimentaire mais efficace, les systèmes de bons de défense ou de collectes patriotiques que l'Occident adoptera des siècles plus tard.
Une Économie de Subsistance et de Prestige
Sur le plan matériel, l'Arabie était un monde de contrastes géographiques. Si les centres urbains vivaient du commerce caravanier, reliant l'Abyssinie, la Syrie et l'Inde, la majorité du pays restait le domaine des Bédouins. Ces nomades vivaient dans une économie circulaire parfaite : leurs troupeaux fournissaient le lait, la viande, la laine pour les vêtements et la peau pour les tentes.
L'argent et l'or étaient des raretés, symboles d'une richesse extrême. Le peuple, ingénieux, transformait la nature en parure : des coquillages, des substances parfumées ou même des graines de melon séchées devenaient des bijoux. Malgré ce dénuement relatif, le goût du luxe existait : les élites ne juraient que par les fines lames d'acier indien et les soieries du Yémen ou de Syrie.
La moralité bédouine fonctionnait selon une logique de clan. Le vol individuel était méprisé, mais le brigandage — l'attaque organisée d'une autre tribu — était perçu comme un droit naturel, presque un sport guerrier. Pourtant, au sein de cette violence, la parole donnée était inviolable. Accorder sa protection (Jiwar) à un étranger engageait l'honneur de toute la tribu. Faillir à ce devoir de protection condamnait le chef et les siens à l'ostracisme et à la honte éternelle.
L'hospitalité était l'autre pilier de cette identité. Le voyageur égaré, quel que soit son rang, était reçu comme un prince. On sacrifiait pour lui les meilleures bêtes. Recevoir un invité n'était pas une charge, mais un privilège qui augmentait le prestige de l'hôte aux yeux de tous.
La Culture de l'Éloquence
Dans cette société sans livres, la poésie était l'arme suprême. Le poète était le porte-parole de la nation, le gardien de la mémoire et l'artisan de la renommée. Un chef de tribu ne pouvait se contenter d'être un guerrier ; il devait être éloquent. La maîtrise du verbe et la capacité à composer des vers étaient les marques ultimes de l'autorité et du leadership.
Le tableau de cette société s'assombrit radicalement dès que l'on aborde la condition féminine. La femme y était dépourvue de statut juridique et de droits successoraux. La polygamie était illimitée et les structures familiales étaient parfois marquées par des pratiques que nous jugerions aujourd'hui incestueuses, comme le mariage avec une belle-mère après le décès du père.
La pratique la plus tragique reste l'infanticide féminin. Bien que ce crime n'ait pas été généralisé à l'ensemble de la population — ce qui aurait conduit à l'extinction du peuple — il était pratiqué par certaines familles pour des raisons de prestige social ou par crainte de la pauvreté. Préférant donner la mort à leurs filles plutôt que de risquer un mariage mésallié ou une charge financière, certains pères les enterraient vivantes. Cette sauvagerie, nichée au cœur d'une culture par ailleurs si raffinée dans ses poèmes, illustre le paradoxe extrême de l'Arabie préislamique.
Lors des conflits, la haine entre tribus atteignait des sommets de barbarie : les vainqueurs s'adonnaient au dépeçage, au cannibalisme de vengeance et à des mutilations systématiques, telles que l'énucléation ou l'ablation du nez et des oreilles.
Sur le plan social, l'esclavage régnait sans partage. L'esclave, dépourvu de tout statut juridique, était une simple propriété dont le maître pouvait disposer à sa guise, allant jusqu'au meurtre sans craindre de sanction pénale. Même le préjudice causé à l'esclave d'autrui ne se réglait que par une simple compensation financière. Les femmes esclaves subissaient une exploitation sexuelle institutionnalisée, et leurs enfants héritaient de leur condition servile, perpétuant un cycle de soumission.
En résumé, cette société est décrite comme particulièrement arriérée, dépourvue de bienveillance collective et oppressante pour les femmes. Pourtant, ce dénuement civilisationnel n'empêchait pas l'existence de certaines vertus morales : les Arabes de cette époque cultivaient une bravoure et un courage au combat qui atteignaient des niveaux exceptionnels, formant un contraste saisissant avec la cruauté de leurs mœurs sociales.
L'Arabe de cette époque était un homme de passions. Capable de la plus grande cruauté envers les siens, il pouvait aussi se sacrifier pour un étranger au nom d'un serment. Ce peuple, qui ne connaissait pas les commodités de la civilisation mais maîtrisait l'art du langage et de l'honneur, attendait une force capable de canaliser son énergie débordante, de policer ses mœurs et d'unifier ses tribus disparates sous un idéal commun.
L’Orphelin du désert : Le destin prodigieux d’une âme de lumière
Dans le tumulte d’une Arabie préislamique en proie aux querelles tribales et aux injustices sociales, naquit un enfant dont le destin allait bouleverser le cours de l’histoire humaine. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) vint au monde dans un dénuement affectif qui aurait pu briser n’importe quelle âme, mais qui, en réalité, forgea en lui une résilience et une compassion sans égales.
Avant même qu’il ne pût pousser son premier cri, le voile du deuil s’était déjà abattu sur son berceau avec la mort de son père, ‘Abdullāh. Ce fut sous l’aile protectrice de son grand-père, ‘Abd al-Muttalib, qu’il fit ses premiers pas, avant d’être confié, selon la noble coutume de l’époque, à une nourrice paysanne des environs de Taïf.
Ce séjour au grand air, loin de l’effervescence de La Mecque, ne lui offrit pas seulement une constitution robuste et une maîtrise parfaite de la langue arabe, mais il imprégna également son esprit de la sérénité des vastes étendues désertiques, propices à la réflexion intérieure. Cependant, la tragédie le rattrapa cruellement à l’aube de ses six ans lorsque sa mère, Āmina, rendit l’âme lors d’un voyage entre Médine et La Mecque. Enterrée en chemin, elle laissait derrière elle un petit garçon dont le regard portait déjà la profondeur des épreuves surmontées.
À peine deux ans plus tard, c’est le patriarche ‘Abd al-Muttalib qui s’éteignit à son tour, confiant la garde de l’enfant à son oncle Abū Tālib. Malgré cette cascade de pertes, le jeune garçon ne sombra jamais dans l’amertume. Au contraire, il développa une inclination naturelle pour la méditation et un dégoût viscéral pour la discorde. Surnommé plus tard Al-Amîn, l’homme de confiance, il se distinguait par une intégrité qui tranchait avec les mœurs rudes de son temps.
Cette soif de justice se manifesta de manière éclatante par son adhésion précoce à une ligue de vertu, une association de chefs de clans lassés des vendettas héréditaires. Ces hommes firent le serment solennel de protéger les opprimés et de restaurer leurs droits, dussent-ils y consacrer leurs propres biens. Pour Muhammad (s.a.w.), ce n’était pas une simple formalité, mais un engagement sacré qu’il mit à l’épreuve même après avoir reçu sa mission prophétique.
On se souvient de cet épisode frappant où un marchand, floué par le redoutable Abū Jahl, l’un des chefs les plus hostiles de la cité, vint chercher son aide. Les moqueurs espéraient que le Prophète reculerait devant la puissance de son ennemi ou que ce dernier l’humilierait publiquement. Pourtant, sans l’ombre d’une hésitation, il se rendit à la demeure de l’oppresseur. Contre toute attente, le féroce Abū Jahl, saisi d’une terreur inexplicable qu’il décrivit plus tard comme la vision de bêtes sauvages prêtes à le dévorer, remboursa sa dette sur-le-champ.
Cet acte de courage pur, accompli seul face à la tyrannie, illustrait déjà que sa force ne résidait pas dans la violence, mais dans une autorité morale capable de désarmer les cœurs les plus endurcis.
De l’ombre de l’orphelinat à l’aurore de la justice
À mesure qu’il avançait dans l’âge adulte, sa réputation de droiture franchit les frontières de La Mecque. C’est ainsi que Khadīdja (r.a), une veuve d’une grande noblesse et d’une immense fortune, fit appel à lui pour diriger une caravane commerciale vers la Syrie. Le succès de cette expédition fut sans précédent, non seulement par les gains financiers, mais surtout par la manière dont Muhammad (s.a.w.) géra les affaires.
Son honnêteté scrupuleuse, rapportée par l’esclave Maisara, toucha si profondément Khadīdja qu’elle vit en lui l’époux idéal. Bien qu’il fût alors un homme modeste et elle une femme de haut rang, leur union fut scellée, marquant le début d’une relation empreinte d’un soutien indéfectible. Mais la véritable grandeur du Prophète se révéla une fois devenu riche par ce mariage. Là où d’autres auraient accumulé des trésors, il choisit de briser les chaînes de la servitude.
Dès qu’il entra en possession des esclaves de sa maison, il les affranchit tous, distribuant le reste de ses biens aux nécessiteux. Son geste ne visait pas la gloire, mais la restauration de la dignité humaine.
L’exemple le plus poignant de ce rayonnement spirituel est sans doute celui de Zayd (r.a). Ce jeune homme, enlevé à sa famille respectable et vendu comme esclave avant d’être affranchi par le Prophète, fit un choix qui stupéfia ses contemporains. Lorsque son père et son oncle retrouvèrent enfin sa trace et vinrent offrir une rançon pour son retour, Muhammad (s.a.w.) leur répondit avec une liberté totale : Zayd pouvait partir sans frais, de son plein gré.
À la surprise de ses parents, le jeune homme refusa de les suivre. Pour lui, la liberté auprès de sa famille de sang ne valait rien comparée à la douceur et à l’amour qu’il avait trouvés au service de cet homme exceptionnel. Cet attachement volontaire, cette préférence pour l’ombre d’un prophète plutôt que pour les honneurs de son rang, témoigne mieux que n’importe quel discours de la lumière qui émanait du Saint Prophète (s.a.w.).
Il n’était pas seulement un guide pour une nation, mais un refuge pour les cœurs isolés, transformant chaque tragédie de sa propre vie en une source de miséricorde pour les autres. Son parcours, de l’orphelinat à la prospérité, et de la prospérité au dépouillement volontaire, reste une leçon universelle : la véritable richesse n’est pas ce que l’on possède, mais ce que l’on donne, et la véritable puissance réside dans la défense de ceux qui n'ont personne pour les défendre.
Dans chaque voyage vers la Syrie, dans chaque médiation entre tribus, et dans chaque acte de générosité, il dessinait déjà les contours d’une nouvelle humanité, fondée sur la justice et la compassion.
(A suivre...)
La politique Qualité de Tunisie Telecom, un pilier stratégique au service de la performance et de la confiance
Dans un contexte marqué par les profondes mutations du secteur des télécommunications, l’accélération de la transformation digitale et l’évolution rapide des attentes des clients, Tunisie Telecom a procédé à la mise à jour de sa politique Qualité, afin de l’aligner sur les nouveaux enjeux technologiques, organisationnels et réglementaires, et de renforcer sa performance globale.
Tunisie Telecom, place ainsi la qualité au cœur de sa stratégie de développement, en tant que levier essentiel de performance durable, de compétitivité et de création de valeur pour l’ensemble de ses parties prenantes.
Bien plus qu’un cadre organisationnel, la nouvelle politique Qualité de Tunisie Telecom reflète une vision globale de l’entreprise, fondée sur l’excellence opérationnelle, la satisfaction client, l’innovation continue et la responsabilité sociétale. Elle traduit la volonté de l’opérateur d’instaurer une relation de confiance durable avec ses clients, partenaires et collaborateurs, en garantissant des produits et services fiables, performants et conformes aux normes les plus exigeantes, dans le respect des exigences légales, réglementaires et normatives en vigueur.
Cette politique Qualité incarne également l’engagement de Tunisie Telecom en faveur d’une gouvernance responsable, orientée vers l’amélioration continue des processus, l’optimisation de la performance globale et la valorisation du capital humain, considéré comme un moteur central de l’excellence et de l’innovation.
À travers cette démarche structurante, Tunisie Telecom ambitionne de répondre efficacement aux attentes évolutives du marché, d’anticiper les besoins de ses clients et d’accompagner activement la transformation digitale de la Tunisie, tout en renforçant sa position de leader national des télécommunications.
La politique Qualité repose ainsi sur une dynamique collective impliquant l’ensemble des collaborateurs, appelés à s’approprier les valeurs de rigueur, de transparence, d’engagement et d’amélioration continue, afin de garantir un haut niveau de service et une expérience client optimale.
En investissant dans la modernisation, la digitalisation de ses processus et l’adoption de technologies innovantes, notamment celles basées sur l’Intelligence Artificielle, Tunisie Telecom affirme sa volonté de bâtir un modèle d’entreprise agile, performante et tournée vers l’avenir, faisant de la qualité un véritable avantage compétitif et un facteur clé de confiance et de pérennité.
Hausse des prix pendant ramadan : Quand manquent les ingrédients du boycott …
Par Hassan GHEDIRI
Les poissonniers du Marché central de Tunis peuvent toujours augmenter leur marge sans risquer de voir leurs marchandises pourrir à cause d’un mouvement de boycott complètement inespéré…
A Sfax une action de boycott de grande envergure menée par les habitants contre les marchands de poissons sur fond d’une hausse anormale des prix s’est soldé par un succès fracassant. Il faut dire que derrière l’adhésion systématique et spontanée des citoyens à cette opération qui a débuté par des protestations sur les réseaux sociaux avant de se transformer en une mobilisation massive, il y a quelque chose de typiquement Sfaxien.
En l’occurrence cette tendance à la mobilisation collective pour la défense des causes communes. Une réaction qui semblait prendre de court les certains marchands ayant cru pouvoir à faire de bonnes affaires en augmentant illicitement leur marge de bénéfices. Boudés par les clients, les vendeurs installés dans le marché aux poissons de Bab El Jebli ont, en effet, passé un très mauvais début de ramadan avec de gros stocks de poissons sur les bras.
Le boycott leur a été une monumentale gifle qu’ils n’oublieraient certainement pas d’autant plus que le président de la chambre syndicale des marchands de poisson en détail est sorti dans une vidéo suppliant les habitants à tourner la page en promettant des remises de prix.
Ce qui s’est passé dans les marchés aux poissons à Sfax ne ressemble guère à l’ambiance qui règne par exemple au marché central de Tunis et dans les autres souks éparpillés aux quatre coins de la capitale qui ne désemplissent pas depuis l’avènement du mois du jeûne. Hier, les étals surchargés de poissons au pavillon dédié aux produits de la mer et d’aquaculture dans cet espace ont été pris d’assaut par les premières foules d’acheteurs aussitôt les portes ouvertes.
Multipliant les ruses pour tromper des clients imprudents, nombreux sont les marchands qui profitent de l’absence quasi-permanente des services de la répression des fraudes pour faire écouler leurs stocks à des prix exorbitants. Fatma, ménagère, mère de cinq enfants confie qu’avec cinq enfants et un budget serré, elle a dû renoncer au rouget à 42 dinars le kilo et aux crevettes à 45 dinars. « Je suis repartie avec deux kilos de sardines à 5,600 dinars, c'est tout ce que je pouvais me permettre » explique-t-elle
Contrairement à leurs confrères installés à Bab El Jebli à Sfax, les tenanciers des étals de poissons du Marché central de Tunis peuvent toujours augmenter leur marge sans risquer de voir leurs marchandises pourrir à cause d’un mouvement de boycott complètement inespéré. C‘est du moins ce que l’on pouvait constater en faisant le tour de ce pavillon très fréquenté par les visiteurs en ce mois de ramadan. Haj Moncef, retraité, père de famille fait partie de ceux qui, il y a deux décennies pouvaient s’offrir deux kilos de poisson pour dix dinars.
Aujourd'hui, il dit que sa pension ne lui permettait pas le luxe de payer 30 dinars pour quelques daurades d’élevage. Le pire, selon lui c'est qu'il n'y a pas un seul agent de contrôle en vue, et que les gens continuent d'acheter sans broncher.
Parce qu’à voir la frénésie d’achat qui s’empare de beaucoup de Tunisiens en cette période malgré l’érosion du pouvoir d’achat démontré par les enquêtes de l’INS, l’on peut affirmer que le boycott n’a aucune chance de réussir dans une agglomération caractérisée par une forte disparité de niveau de vie comme la capitale et ses périphéries. Ces sont les ingrédients d’un boycott réussi qui manquent, empêchant de ce fait la formation d’une prise de conscience collective quant au pouvoir des consommateurs à rationaliser les prix moyennant leur panier.
H.G.
La manifestation « Biben L’mdina 4 » : Réinventer les médinas de Tunis et Kairouan grâce au numérique
Par Imen Abderrahmani
À la croisée du patrimoine et des nouvelles technologies, « Biben L’mdina 4 » transforme les monuments historiques en espaces d’expérimentation numérique. Une expérience immersive où l’innovation éclaire l’histoire.
Entre mémoire des pierres et intelligence artificielle, les médinas se réinventent à travers ce nouveau rendez-vous que propose le Centre international de Tunis pour l'économie numérique (TICDCE), dans les médinas de Kairouan et Tunis. « Biben L’mdina » est plus qu’une manifestation où les monuments historiques, remparts et zaouïas deviennent les écrans vivants d’une expérience immersive. C’est une traversée où la technologie ne remplace pas l’histoire, mais l’éclaire autrement, révélant la vitalité contemporaine des villes anciennes. Pour cette 4ème édition, le voyage se fera entre Kairouan et Tunis, dans les histoires de ces deux médinas témoins des mutations que connaît la Tunisie.
À la croisée du patrimoine et de l’innovation, le programme propose une relecture poétique des lieux, sublimée par les technologies contemporaines. Entre ombre et lumière, silence et effervescence, la ville ancienne devient scène vivante, fidèle à l’âme spirituelle du Ramadan en Tunisie.
Entre le sacré et l’innovation
Le voyage s’ouvre à Kairouan, les 4 et 5 mars. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis le 9 décembre 1988, la médina de Kairouan est considérée comme la première ville arabe d’Afrique du Nord. Fondée par Oqba Ibn Nafi al-Fihri, elle a été l’un des plus grands centres spirituels et culturels de l’Ifriqiya musulmane. Souvent qualifiée de quatrième ville sainte de l’islam, elle demeure la première ville sainte du Maghreb.
Témoin de toutes les civilisations qui se sont succédé, Kairouan, fière de son héritage, vibrera lors de ces deux jours aux rythmes de cette initiative qui insuffle à sa médina d’autres couleurs. L’approche contemplative et spirituelle, le parcours proposé lors de cette déambulation nocturne invite le visiteur à redécouvrir sa médina, à écouter le récit de chaque muraille, de chaque rempart, et à se laisser porter par ce souffle spirituel qui émane de chaque monument, avec comme emblème la grande mosquée dite également la mosquée de Oqba. Ce parcours numérique mènera également le visiteur à voir autrement Bab El Jelladine, ce gardien de la médina et d’autres lieux tels que la zaouïa Sidi Abid, ce monument édifié au 14ème siècle et qui se distingue par sa décoration raffinée mêlant céramiques, plâtre finement ciselé et plafonds en bois peint et sculpté.
Incitant le visiteur à une déambulation intérieure autant qu’extérieure, le parcours est parsemé des performances interactives inspirées de l’histoire de la ville, des narrations visuelles et sonores portées par l’intelligence artificielle, instants d’écoute et de contemplation en harmonie avec le souffle du mois saint.
Tunis, pour toujours
La 2ème phase de ce festival conjuguant mémoire et nouvelles technologies sera à du 12 au 15 mars, dans la médina de Tunis, vibrante et mouvante. La médina de Tunis où ce projet est né, il y a quatre ans, attirant à chaque édition un public nombreux, des noctambules curieux et nostalgiques espérant respirer grâce à la technologie les senteurs d’antan et écouter les récits des aïeux.
Comme le veut la tradition, le parcours proposé relie monuments et lieux culturels à travers la réalité virtuelle, la réalité augmentée et l’intelligence artificielle, offrant aux visiteurs une immersion où l’histoire se déploie en images, en sons, en sensations. Les start-up y apportent leurs créations, révélant un patrimoine revisité par l’audace technologique et l’imaginaire contemporain.
Le chemin commence à la place de la Kasbah, point de ralliement et de mémoire, puis s’étire vers le mausolée d’Abdallah torjmane, la tombe du Soldat inconnu, Bab Mnara… jusqu’à l’Institut national du patrimoine (INP), traversant tant de demeures comme Dar Hussein, Dar Mohsen et Dar el sfaxia pour arriver à la Dar Rachidia (L’institution musicale La Rachidia) dont le siège est Dar Daouletli. Une traversée au cœur de la médina de Tunis, où chaque porte ouverte est une promesse de découverte.
À travers cette quatrième édition, « Biben L’mdina » continue à mettre l’intelligence artificielle au service de la mémoire, offrant au public une expérience immersive où les jeunes générations retrouvent leur héritage dans le langage de leur temps, tandis que les aînés redécouvrent leurs villes anciennes sous un regard renouvelé. En attendant que cette initiative rayonne bientôt sur d’autres médinas et monuments qui façonnent l’âme de la Tunisie, laissez-vous porter, si vous êtes à Tunis ou Kairouan, par cette traversée où l’histoire s’écrit au présent, entre mémoire et modernité.
Imen. A.
Aux Editions AC : Hammam-Lif, chroniques d’une ville thermale
L’ouvrage collectif « Hammam-Lif : formation et mutations d’une ville balnéaire et thermale au sud de Tunis (1890-2020) » propose une lecture pluridisciplinaire de l’évolution urbaine, sociale et patrimoniale de Hammam-Lif.
Dirigé par la professeure Leila Ammar, membre du Laboratoire d’Archéologie et d’Architecture Maghrébines, et préfacé par l’historienne Kmar Bendana, le volume réunit les contributions de Jellal Abdelkafi, Beya Abidi, Nabila Bakli, Hanène Ben Slama, Cyrine Bouajila, Saloua Ferjani et Nawel Laroui. Il croise les approches de l’histoire, de l’architecture, de l’urbanisme et des sciences sociales pour éclairer la trajectoire d’une ville façonnée par son héritage thermal et ses mutations contemporaines.
Paru aux Éditions AC avec le soutien de l’Institut français de Tunisie (IFT), l’ouvrage retrace la construction territoriale et institutionnelle de la commune, puis analyse ses structures fondatrices, à savoir Dar el-Bey, les jardins historiques et les établissements thermaux, qui attestent de l’ancienneté de sa vocation balnéaire et curative. Il examine également la production de l’espace urbain entre 1890 et 2020, en mettant en évidence les logiques d’aménagement, les formes bâties et les étapes de développement qui ont structuré la ville.
Au-delà de l’analyse morphologique, l’étude interroge les transformations sociales et spatiales d’une cité située entre mer et montagne. Elle explore les usages des espaces publics, les pratiques quotidiennes, les dynamiques commerciales et les formes de sociabilité qui façonnent la vie locale, tout en soulignant les enjeux liés à la valorisation du patrimoine et à l’évolution des fonctions urbaines.
Appuyé sur des témoignages et des entretiens, l’ouvrage associe rigueur scientifique et mémoire vécue. Publié à l’occasion du lancement de « SAWN », projet de coopération tuniso-français mobilisant les acteurs du patrimoine autour de la préservation, de la formation et de la valorisation, il constitue une contribution importante à la connaissance des villes historiques tunisiennes et des dynamiques qui transforment leurs territoires.
Iran : Qui sera le successeur de l'ayatollah Ali Khamenei ?
L'ayatollah Ali Khamenei est mort le premier jour des frappes aériennes massives menées par les États-Unis et l’entité sioniste contre l'Iran. Sa mort, dans des circonstances aussi violentes, annonce un avenir nouveau et incertain, tant en Iran que dans la région en général, et soulève de grandes interrogations quant à sa succession.
En tant que chef de l'État et commandant en chef de l'armée, qui comprend le Corps d'élite de la Garde révolutionnaire iranienne (CGRI), sa position faisait de lui une figure dotée de tous les pouvoirs.
Depuis 1979, l'Iran, pays qui compte plus de 90 millions d'habitants, est une théocratie, un système dans lequel la religion et la politique sont fusionnées. L'autorité suprême n'est pas le président, mais le guide suprême, l'ayatollah.
Selon la Constitution, le président, le chef du pouvoir judiciaire et un haut dignitaire religieux du puissant Conseil des gardiens assumeront la fonction à titre intérimaire pendant que l'Assemblée des experts élit son successeur.
L'Assemblée des experts, un organe composé de 88 membres, tous religieux, est chargée d'évaluer les candidats et de sélectionner le prochain Guide suprême de la révolution islamique. C'est ce qui s'est passé lorsque l'ayatollah Ruhollah Khomeini est décédé en 1989. À l'époque, le choix s'était porté sur Ali Khamenei, aujourd'hui décédé.
Les préparatifs pour ce moment décisif s'étaient intensifiés depuis plusieurs mois, notamment à mesure que les tensions avec les États-Unis et Israël s'accentuaient, laissant clairement entendre que le religieux radical était dans leur ligne de mire. En effet, les religieux et les commandants les plus puissants d'Iran s'y préparaient, en particulier pendant la guerre contre Israël qui a duré 12 jours en juin 2025.
Les premières mesures indiquent que le président iranien, Masoud Pezeshkian, ainsi que le chef du pouvoir judiciaire et l'un des juristes du Conseil des gardiens — un autre organe puissant chargé de réviser les lois — superviseront la période de transition après la mort de Khamenei.
D’après des experts dans les affaires iraniennes, Khamenei a eu le temps de se rendre compte qu'il devait organiser sa succession et il semble qu'il l'ait fait, car on sait qu'il a désigné jusqu'à quatre lignes de succession aux postes les plus importants. Cependant, réunir rapidement tous les membres de l'Assemblée des experts alors que l'Iran est attaqué par les États-Unis et Israël peut s'avérer difficile pour des raisons de sécurité.
Ces mêmes experts estiment qu’il faudra voir qui l'Assemblée des experts désignera finalement. Pour l'instant, rien n’est clair et personne ne sait dans quelle situation se trouvent les membres de l'Assemblée ou les candidats après ces bombardements et dans quelle situation ils se trouveront dans les prochains jours.
Entretemps, le Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne a déclaré qu'il répondrait à la mort du guide suprême par l'opération la plus destructrice de son histoire.
Selon le Pentagone: Destruction du QG des Gardiens de la Révolution iraniens
Le quartier-général des Gardiens de la Révolution iraniens a été détruit dans les frappes américano-israéliennes, a affirmé, ce dimanche, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, Centcom.
"Le corps iranien des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) a tué plus de 1.000 Américains au cours des 47 dernières années. Hier, une attaque à grande échelle des Etats-Unis a décapité le serpent. L'Amérique possède les forces armées les plus puissantes sur Terre, et l'IRGC n'a plus de quartier-général", a déclaré le Centcom sur X, accompagnant son message d'une vidéo de missiles lancés depuis des destroyers.
Israël : Les missiles iraniens font cinq morts
La Police sioniste a annoncé, ce dimanche, que les missiles tirés par l’Iran sur l’Etat hébreu ont fait cinq morts selon un dernier bilan.
Rappelons que l’Iran a lancé de nombreux missiles et drones sur l’entité sioniste, en guise de riposte aux frappes américano-israéliennes qui ont ciblé de nombreux dirigeants iraniens, hier samedi.
Mort de Ali Khamenei : La CNN confirme et évoque des preuves
Quelques heures après l’attaque menée contre l’Iran par les États-Unis et l’entité sioniste, la chaîne américaine CNN a confirmé la mort du guide suprême de la révolution iranienne, Ali Khamenei et affirme que les Américains disposent de photos prouvant cette nouvelle.
Rappelons que le Premier ministre de l’occupation, Benjamin Netanyahu, a annoncé, plus tôt dans la soirée, qu’il y a "de nombreux signes" que Khamenï a été tué lors d’une attaque israélienne sur un complexe gouvernemental. Cependant, des sources iraniennes ont démenti cette nouvelle directement après son annonce, affirmant que Khameneï et le président de la République islamique, Masoud Pezeshkian, sont sains et saufs.
Ligue 1- 22 e J. : L'EST et le CA larges vainqueurs, le CSS à l'arraché
Par Jamel Belhassen
Le duel à distance entre l'EST et le CA se poursuit. Les Sang et Or se sont imposés sans peine à Beja et les Rouge et Blanc ont étrillé les Miniers de Metlaoui par cinq à zéro.
A l'épreuve du déplacement pour la seconde fois de suite, le leader esperantiste a fait face à un bloc bas de la part des Bejaois qui guettaient les contres pour inquiéter Ben Said. Après deux essais de Danoh et une réclamation de penalty pour le même Danoh, l'EST a pu concrétiser sa domination par un but de Diarra suite à un service de Danoh ( 45+3e). (0-1).
A la reprise, Boualia et Jabri , entrés en cours de jeu , ajoutent deux autres buts sur coup franc direct du premier et sur un tir à ras de sol du second ( 57e et 71e) (0-3). Deux buts qui reflètent la différence de classe entre les deux clubs.
A Rades, le dauphin cluniste n'a pas attendu longtemps pour prendre l'avantage face aux Miniers de Metlaoui. A peine une minute de jeu et Khadhraoui arrive à ouvrir le score, lui qui n'a plus marqué depuis plus d'une année (1-0). La suite a vu les visiteurs avancer d'un cran sans inquiéter sérieusement le gardien Chamekh.
Avant la pause, Chawat a doublé la marque (2-0) à la ( 45+2). Après la pause, Harzi triple la marque ( 3-0) à la ( 77e) avant que Zaaalouni ne porte le score à (4-0) à la (88e) et Shili à (5-0) à la ( 90+2e). Euphorique CA.
A Sfax, favori avant le coup d'envoi, le CSSfaxien a éprouvé des difficultés en première mi-temps pour tromper la vigilance de l'arrière-garde de l'ASGabes..Belwafi et Ben Ali n'étaient pas suffisamment présents au moment opportuns. Mais les efforts répétés des Noir et Blanc ont fini par aboutir. A la (80e), Ben Ali trouva enfin le chemin des filets d'un gardien gabesien Chawaya (1-0). Victoire difficile mais méritée des Sfaxiens.
Résultats
OB- EST (0-3)
CA ESM (5-0)
CSS ASG(1-0)
Classement :
1-EST 50 pts
2-CA 48 pts
3-ST 44 pts
4-CSS 42 pts
5- USM 37 pts
6- ESS 33 pts
7-JSO 28 pts
8-ESM 27 pts
ESZ 27 pts
10-ASM 25 pts
CAB 25 pts
12-USBG 24 pts
13- JSK 21 pts
14-OB 18 pts
15-ASG 17 pts
16- ASS 13 pts
J.B.
Attaque israélo-américaine contre l’Iran : Les experts tunisiens prévoient des effets géopolitiques et économiques néfastes …
Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Les USA et leur allié Israël ont mené hier une attaque d’une grande envergure contre l’Iran qui a riposté visant des bases américaines et l’entité sionistes. Quels sont les effets de cette escalade militaire sur la région et sur la paix dans le Monde ?
Même si les négociations étaient en cours jusqu’à vendredi dernier, les armées israélienne et américaine ont finalement lancé, samedi dernier au matin, une série de frappes contre l’Iran, bombardant de nombreux sites à Téhéran, Ispahan et Tabriz.
Dans une première déclaration citée par le journal Le Monde, le président américain, Donald Trump, a indiqué : « « Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes que représente le régime iranien, un groupe vicieux de personnes très dures et terribles ». Et d’ajouter : «« Nous allons détruire leurs missiles et anéantir leur industrie balistique. Elle sera, une fois de plus, totalement détruite. Nous allons anéantir leur marine ».
Depuis, les réactions se multiplient. Le président français, Emmanuel Macron, a, en effet, indiqué dans un message sur X : « L’escalade en cours est dangereuse pour tous. Elle doit cesser ». Le chef des droits de l'homme des Nations unies, Volker Türk, a déploré, quant à lui, les frappes menées au Moyen-Orient et a exhorté toutes les parties à revenir aux négociations, en affirmant que ces attaques ne feraient que provoquer « la destruction et la souffrance humaine ».
De son côté, la Russie a dénoncé les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran mettant en garde « Washington et Tel-Aviv qui ont à nouveau lancé une aventure dangereuse qui rapproche rapidement la région d’une catastrophe humanitaire, économique, et, ce n’est pas à exclure, radiologique ». Quels sont, alors, les effets de cette escalade militaire sur la région et sur la paix dans le Monde ?
Flou…
Interrogé à ce sujet, l’avocat et activiste, Me Houssem Eddine Ben Atiya, nous a confié : « Personne ne peut à mon avis prévoir les effets de cette guerre et si elle sera courte ou, il s’agit d’un conflit qui va s’installer dans le temps. Pour le moment, l’Iran est en train de riposter et elle peut compter, elle aussi sur ses alliés aussi bien en Irak, au Yémen et au Liban.
D’ailleurs, le puissant groupe pro iranien Kataëb Hezbollah en Irak a fait part de son intention de lancer des attaques imminentes contre des bases des Etats-Unis, après des frappes aériennes ayant visé une base militaire irakienne abritant le groupe. Au niveau régional, L’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Kuweit, Israël et probablement la marine américaine positionnée dans la région ont été visés par des missiles iraniens. Cela étant, il rester prudent et observer de près l’évolution de la situation pour se faire un e idée sur l’issue de cette guerre ».
De son côté, l’expert en économie et en finances, Mohamed Salah Jennadi, nous a confié : « le premier et le principal impact est certainement économique et porte sur le prix du pétrole. L’Iran figure parmi les dix plus grands producteurs mondiaux avec environ 3,1 millions de barils par jour qui sont relativement faciles à extraire, avec « un coût pouvant être aussi bas que 10 dollars » le baril, alors que le coût canadien ou américain se situe plutôt entre 40 et 60 dollars le baril.
Le pays disposerait également des troisièmes réserves mondiales de brut, ce qui en fait un acteur stratégique à long terme et des frappes américaines sur ses infrastructures, en bon état, ne seraient pas sans conséquence. Le risque principal pour le marché pétrolier reste cependant celui d’un blocage du détroit d’Ormuz, qui relie le Golfe au golfe d’Oman et que l’Iran a souvent menacé de paralyser en cas d’attaque.
Au niveau mondial, on retient cette déclaration du directeur des études de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES), Pierre Razoux, qui a évoqué des ripostes iraniennes contre des pays du Golfe, la Turquie, en passant par le Pakistan, les voisins de l’Iran redoutent une riposte iranienne car ils abritent des sites militaires américains qui les placent en première ligne, ils « se savent vulnérables parce que les Iraniens ont assez de missiles basiques à portée intermédiaire qui leur permettent de toucher les points vitaux, les usines de désalinisation d’eau de mer, les hubs d’hydrocarbures, les centrales électriques », a-t-il rappelé.
M.B.S.M.















