La Tunisie, qui a appelé « à la désescalade et au respect de la souveraineté des Etats » après l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, a dit suivre avec « une profonde préoccupation » le conflit qui fait planer le spectre d’un chaos régional.
Il faut dire que les inquiétudes de la Tunisie exprimées à travers un communiqué officiel, diffusé dimanche par le ministère des Affaires étrangère, ne dénotent pas seulement le souci de la préservation de la paix et la sécurité internationale, mais concernent également les retombées du conflit sur les circuits d’approvisionnement et les prix du pétrole sur les marchés internationaux.
Des craintes qui n’ont pas été exprimées clairement mais qui devraient être d’ores et déjà très palpables chez les décideurs et parmi les acteurs économiques qui observent depuis hier les prémices d’une quasi-inévitable envolée des cours des énergies.
Même si l’on s’est bien gardé de ne pas céder à la panique dans les grandes places financières en ce lundi 2 mars, les effets de l’embrasement, depuis le week-end, du Moyen-Orient, sont déjà visibles sur le commerce mondial, notamment sur les cours du pétrole. Peu après minuit, heure de Tunis, le baril de Brent, référence mondiale de l’or noir, a brusquement bondi d’environ 10% pour franchir la barre de 80 dollars après s’être affiché aux alentours de 60 dollars depuis le début de l’année.
Une flambée qui n’a pas surpris les observateurs d’autant plus que, depuis le début de l’escalade, tous les regards sont tournés vers le détroit d’Ormuz, principale voie de navigation connectant les régions de production de pétrole au reste du monde par lequel transite 20 % du pétrole consommé sur la planète ainsi que 20 % du gaz naturel brûlé dans le monde.
Des attaques ciblant, dimanche, des navires transportant du pétrole dans la région ont vite attisé les craintes poussant l’organisation maritime internationale à déconseiller cette voie.
Le transport via le détroit d’Ormuz est de facto suspendu. Une interruption prolongée est susceptible de faire grimper le prix du baril à 100 dollars, estiment les spécialistes qui craignent des conséquences bien plus grave en cas d’attaque des installations pétrolières en Iran et dans l’ensemble du Moyen-Orient qui abrite environ le tiers de la production mondiale.
La Tunisie, qui a appelé à la désescalade, redoute, comme beaucoup de pays, l’embrasement du Moyen-Orient. Le talon d’Achille de notre pays restera toujours les prix d’énergies élevés. Déjà à 80 dollars le baril, le prix du pétrole se situe largement au-dessus des prévisions établies par le gouvernement dans le budget de 2026, fixé à une moyenne de 63 dollars. N’oublions pas d’expliquer que, dans pareilles circonstances, chaque dollar supplémentaire coûte à la Tunisie 164 millions de dinars dans son budget de la compensation.
Un conflit prolongé et incontrôlé ne manquera pas, en effet, de provoquer une flambée des prix qui pourraient bondir même au-delà des 120 dollars. Fortement dépendante des importations à cause d’une production locale ne couvrant qu’environ le tiers de ses besoins de consommation, la Tunisie est l’un des pays qui risquent de se voir en train d’assécher leurs réserves en devises pour financer des commandes de pétrole et du gaz de plus en plus exorbitantes.
Les flux de toutes les marchandises vont être directement impactés par la hausse des prix de l’énergie, les prix vont augmenter et l’inflation devrait repartir à la hausse. Le pire est que, malgré la multitude des chocs énergétiques qui n’avaient pas manqué de désorienter les priorités de dépenses publiques, le pays semble refuser de prendre son destin en main en investissant massivement dans de gigantesques gisements inépuisables d’énergies renouvelables.
Prendre, sans hésiter, son destin en main est la leçon que la Tunisie se devait d’apprendre de cette énième guerre aux conséquences complètement imprévisibles qui secoue aujourd’hui le Moyen-Orient.
H.G.

