Par Imen Abderrahmani
À la croisée du patrimoine et des nouvelles technologies, « Biben L’mdina 4 » transforme les monuments historiques en espaces d’expérimentation numérique. Une expérience immersive où l’innovation éclaire l’histoire.
Entre mémoire des pierres et intelligence artificielle, les médinas se réinventent à travers ce nouveau rendez-vous que propose le Centre international de Tunis pour l'économie numérique (TICDCE), dans les médinas de Kairouan et Tunis. « Biben L’mdina » est plus qu’une manifestation où les monuments historiques, remparts et zaouïas deviennent les écrans vivants d’une expérience immersive. C’est une traversée où la technologie ne remplace pas l’histoire, mais l’éclaire autrement, révélant la vitalité contemporaine des villes anciennes. Pour cette 4ème édition, le voyage se fera entre Kairouan et Tunis, dans les histoires de ces deux médinas témoins des mutations que connaît la Tunisie.
À la croisée du patrimoine et de l’innovation, le programme propose une relecture poétique des lieux, sublimée par les technologies contemporaines. Entre ombre et lumière, silence et effervescence, la ville ancienne devient scène vivante, fidèle à l’âme spirituelle du Ramadan en Tunisie.
Entre le sacré et l’innovation
Le voyage s’ouvre à Kairouan, les 4 et 5 mars. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis le 9 décembre 1988, la médina de Kairouan est considérée comme la première ville arabe d’Afrique du Nord. Fondée par Oqba Ibn Nafi al-Fihri, elle a été l’un des plus grands centres spirituels et culturels de l’Ifriqiya musulmane. Souvent qualifiée de quatrième ville sainte de l’islam, elle demeure la première ville sainte du Maghreb.
Témoin de toutes les civilisations qui se sont succédé, Kairouan, fière de son héritage, vibrera lors de ces deux jours aux rythmes de cette initiative qui insuffle à sa médina d’autres couleurs. L’approche contemplative et spirituelle, le parcours proposé lors de cette déambulation nocturne invite le visiteur à redécouvrir sa médina, à écouter le récit de chaque muraille, de chaque rempart, et à se laisser porter par ce souffle spirituel qui émane de chaque monument, avec comme emblème la grande mosquée dite également la mosquée de Oqba. Ce parcours numérique mènera également le visiteur à voir autrement Bab El Jelladine, ce gardien de la médina et d’autres lieux tels que la zaouïa Sidi Abid, ce monument édifié au 14ème siècle et qui se distingue par sa décoration raffinée mêlant céramiques, plâtre finement ciselé et plafonds en bois peint et sculpté.
Incitant le visiteur à une déambulation intérieure autant qu’extérieure, le parcours est parsemé des performances interactives inspirées de l’histoire de la ville, des narrations visuelles et sonores portées par l’intelligence artificielle, instants d’écoute et de contemplation en harmonie avec le souffle du mois saint.
Tunis, pour toujours
La 2ème phase de ce festival conjuguant mémoire et nouvelles technologies sera à du 12 au 15 mars, dans la médina de Tunis, vibrante et mouvante. La médina de Tunis où ce projet est né, il y a quatre ans, attirant à chaque édition un public nombreux, des noctambules curieux et nostalgiques espérant respirer grâce à la technologie les senteurs d’antan et écouter les récits des aïeux.
Comme le veut la tradition, le parcours proposé relie monuments et lieux culturels à travers la réalité virtuelle, la réalité augmentée et l’intelligence artificielle, offrant aux visiteurs une immersion où l’histoire se déploie en images, en sons, en sensations. Les start-up y apportent leurs créations, révélant un patrimoine revisité par l’audace technologique et l’imaginaire contemporain.
Le chemin commence à la place de la Kasbah, point de ralliement et de mémoire, puis s’étire vers le mausolée d’Abdallah torjmane, la tombe du Soldat inconnu, Bab Mnara… jusqu’à l’Institut national du patrimoine (INP), traversant tant de demeures comme Dar Hussein, Dar Mohsen et Dar el sfaxia pour arriver à la Dar Rachidia (L’institution musicale La Rachidia) dont le siège est Dar Daouletli. Une traversée au cœur de la médina de Tunis, où chaque porte ouverte est une promesse de découverte.
À travers cette quatrième édition, « Biben L’mdina » continue à mettre l’intelligence artificielle au service de la mémoire, offrant au public une expérience immersive où les jeunes générations retrouvent leur héritage dans le langage de leur temps, tandis que les aînés redécouvrent leurs villes anciennes sous un regard renouvelé. En attendant que cette initiative rayonne bientôt sur d’autres médinas et monuments qui façonnent l’âme de la Tunisie, laissez-vous porter, si vous êtes à Tunis ou Kairouan, par cette traversée où l’histoire s’écrit au présent, entre mémoire et modernité.
Imen. A.

