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Hausse des prix pendant ramadan : Quand manquent les ingrédients du boycott …

Par Hassan GHEDIRI 

Les poissonniers du Marché central de Tunis peuvent toujours augmenter leur marge sans risquer de voir leurs marchandises pourrir à cause d’un mouvement de boycott complètement inespéré…

A Sfax une action de boycott de grande envergure menée par les habitants contre les marchands de poissons sur fond d’une hausse anormale des prix s’est soldé par un succès fracassant. Il faut dire que derrière l’adhésion systématique et spontanée des citoyens à cette opération qui a débuté par des protestations sur les réseaux sociaux avant de se transformer en une mobilisation massive, il y a quelque chose de typiquement Sfaxien.

En l’occurrence cette tendance à la mobilisation collective pour la défense des causes communes. Une réaction qui semblait prendre de court les certains marchands ayant cru pouvoir à faire de bonnes affaires en augmentant illicitement leur marge de bénéfices. Boudés par les clients, les vendeurs installés dans le marché aux poissons de Bab El Jebli ont, en effet, passé un très mauvais début de ramadan avec de gros stocks de poissons sur les bras.

Le boycott leur a été une monumentale gifle qu’ils n’oublieraient certainement pas d’autant plus que le président de la chambre syndicale des marchands de poisson en détail est sorti dans une vidéo suppliant les habitants à tourner la page en promettant des remises de prix. 

Ce qui s’est passé dans les marchés aux poissons à Sfax ne ressemble guère à l’ambiance qui règne par exemple au marché central de Tunis et dans les autres souks éparpillés aux quatre coins de la capitale qui ne désemplissent pas depuis l’avènement du mois du jeûne. Hier, les étals surchargés de poissons au pavillon dédié aux produits de la mer et d’aquaculture dans cet espace ont été pris d’assaut par les premières foules d’acheteurs aussitôt les portes ouvertes.

Multipliant les ruses pour tromper des clients imprudents, nombreux sont les marchands qui profitent de l’absence quasi-permanente des services de la répression des fraudes pour faire écouler leurs stocks à des prix exorbitants. Fatma, ménagère, mère de cinq enfants confie qu’avec cinq enfants et un budget serré, elle a dû renoncer au rouget à 42 dinars le kilo et aux crevettes à 45 dinars. « Je suis repartie avec deux kilos de sardines à 5,600 dinars, c'est tout ce que je pouvais me permettre » explique-t-elle 

Contrairement à leurs confrères installés à Bab El Jebli à Sfax, les tenanciers des étals de poissons du Marché central de Tunis peuvent toujours augmenter leur marge sans risquer de voir leurs marchandises pourrir à cause d’un mouvement de boycott complètement inespéré. C‘est du moins ce que l’on pouvait constater en faisant le tour de ce pavillon très fréquenté par les visiteurs en ce mois de ramadan. Haj Moncef, retraité, père de famille fait partie de ceux qui, il y a deux décennies pouvaient s’offrir deux kilos de poisson pour dix dinars.

Aujourd'hui, il dit que sa pension ne lui permettait pas le luxe de payer 30 dinars pour quelques daurades d’élevage. Le pire, selon lui c'est qu'il n'y a pas un seul agent de contrôle en vue, et que les gens continuent d'acheter sans broncher.

Parce qu’à voir la frénésie d’achat qui s’empare de beaucoup de Tunisiens en cette période malgré l’érosion du pouvoir d’achat démontré par les enquêtes de l’INS, l’on peut affirmer que le boycott n’a aucune chance de réussir dans une agglomération caractérisée par une forte disparité de niveau de vie comme la capitale et ses périphéries. Ces sont les ingrédients d’un boycott réussi qui manquent, empêchant de ce fait la formation d’une prise de conscience collective quant au pouvoir des consommateurs à rationaliser les prix moyennant leur panier.  

H.G.

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