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70% des Tunisiens insatisfaits du contenu proposé par les médias... : Comment rendre aux journaux leur crédibilité...?

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

Alors que 70% des Tunisiens se disent insatisfaits du contenu de l’information proposé par la presse, que faut-il faire pour rendre sa crédibilité aux médias ?

Selon une étude réalisée dans le cadre du programme Pamt 2, les informations économiques et sociales constituent le troisième thème le plus apprécié des Tunisiens, juste après le sport et la santé. Cette étude a été présentée hier par Karim Ben Amor, lors d’un colloque organisé par l’Université tunisienne des directeurs de journaux, intitulé « De la recherche à l’impact : comment transformer vos travaux en présence médiatique », en partenariat avec le programme « Savoir Éco en Tunisie ». 

L’étude a révélé que 65 % des personnes interrogées ont déclaré suivre l’actualité économique. Cependant, ce taux ne dépasse pas 5 % chez les 18-24 ans. En ce qui concerne le canal le plus utilisé par les Tunisiens et les Tunisiennes, 61 % des participants ont indiqué utiliser les réseaux sociaux.

Pour la tranche d’âge des 18-24 ans, 34 % ont déclaré ne pas utiliser les médias traditionnels pour s’informer sur l’économie. Par ailleurs, la même étude indique que 70 % des Tunisiens et des Tunisiennes ne sont pas satisfaits du contenu médiatique. 87 % estiment que les sujets abordés ne sont pas liés à leur vie quotidienne. De plus, 64 % considèrent que la manière de traiter le contenu est peu claire et difficile à comprendre.

D’un autre côté, l’étude révèle également que 15 % des Tunisiens et des Tunisiennes suivent un influenceur économique ou social sur les réseaux sociaux. Que faut-il.faire pour rendre sa crédibilité aux médias?

De la rigueur dans la modernité...

Interrogé à ce sujet, le président de la Commission juridique au sein de l’association internationale de défense des droits de l'homme et des médias, Me Abdelbasset Khaldi, nous a confié :« En réalité, il existe un consensus entre les chercheurs, les journalistes, les responsables des médias et le reste des acteurs concernés par la presse dans presque le monde entier sur les conséquences et les effets négatifs de la crise de la presse écrite, notamment en ce qui concerne l’exercice de la liberté d’expression dans la société et son rôle de contrôle, ou ce qui est désormais connu sous le nom de « rôle de chien de garde », qui alerte la société sur les dangers qui la menacent, les problèmes à résoudre et les dysfonctionnements nécessitant une intervention urgente.

Bien que l’Internet et les nouveaux médias aient commencé à remplir certaines des fonctions autrefois assurées par la presse, ces médias ont, en revanche, contribué à affaiblir la capacité des journaux imprimés à exercer leurs fonctions historiques connues, en particulier les fonctions éducatives, d’investigation et d’analyse.

Par exemple, la fermeture des journaux, la réduction de leur nombre de pages et les changements qui ont affecté leur contenu ont eu de nombreuses répercussions négatives sur la participation politique, le vote aux élections et la compétition électorale dans de nombreux pays du monde.

Le rôle politique des journaux a décliné après l’apparition de la radio puis de la télévision, et ce déclin s’est accentué avec l’arrivée d’Internet, qui a déplacé les campagnes électorales des pages des journaux vers les réseaux sociaux.

Il est certain que la réduction de la production journalistique, la fermeture des journaux et l’abandon par ceux qui subsistent de leur rôle de diffusion, du savoir, d’orientation ont privé la société humaine d’une source essentielle de connaissance des questions et des enjeux, une connaissance qui permet aux citoyens de prendre des décisions politiques éclairées.

En contrepartie, les nouveaux médias n’ont pas réussi à combler le vide laissé par le retrait de la presse écrite, notamment pour des raisons de réduction des coûts, de sa fonction politique d’investigation, ce qui a conduit à la propagation de la corruption, en raison de la diminution de la crainte des responsables d’être exposés par la presse.

L’analyse des sources de la crise de la presse écrite et de ses conséquences nous conduit nécessairement aux solutions proposées, non seulement pour surmonter cette crise, mais aussi pour la transformer en une grande opportunité de croissance et de prospérité des journaux.

Dans ce cadre, il convient de distinguer entre les solutions visant à sauver les journaux et l’industrie de la presse, et celles visant à restaurer la fonction politique et démocratique des journaux, que ce soit à travers la presse elle-même ou d’autres médias ».
Et d’ajouter : « Au vu des défis financiers et technologiques évoqués, la première solution, et sans doute la plus simple, consiste pour les entreprises de presse à réduire leurs dépenses afin d’atténuer la crise.

Toutefois, cette solution ne permet pas, à long terme, de surmonter la crise puisqu’elle en est en partie la cause. Ainsi, la solution que les journaux doivent envisager consiste à rechercher un modèle économique alternatif au modèle traditionnel actuel, qui repose principalement sur les revenus publicitaires. Le nouveau modèle doit prendre en compte les transformations introduites par Internet dans la production et la consommation de l’information.

Dans ce contexte, des chercheurs et journalistes proposent plusieurs modèles alternatifs de financement des journaux, parmi lesquels : le modèle de parrainage des journaux par des individus ou des institutions, le financement participatif reposant sur de petites contributions d’un grand nombre de personnes via les sites des journaux ou les réseaux sociaux, et le micro-paiement basé sur la vente de contenus papier ou numériques à faible coût.

Des expériences sont actuellement menées par de grands journaux américains comme le New York Times et le Washington Post, qui proposent des abonnements à un dollar pour quatre semaines. On peut également citer les modèles de coopératives entre journaux et citoyens-journalistes, les modèles d’entreprises citoyennes, ainsi que la production de contenus destinés à être vendus à d’autres médias.

Parmi les solutions proposées figure aussi l’utilisation des ressources publiques pour reconstruire la presse nationale. Face aux débats suscités par le financement public et son impact sur la liberté et l’indépendance de la presse, la transformation vers une presse de service public, sur le modèle des radios publiques européennes, peut constituer une solution pertinente.

Dans ce cas, c’est l’État — et non le gouvernement — qui alloue des ressources aux journaux via le budget général ou une taxe dédiée, sans intervenir dans la gestion, assurée par des conseils d’administration représentant les différentes composantes de la société. Ce modèle permettrait de reconstruire le système de propriété des journaux tout en préservant leurs fonctions et en créant de nouveaux emplois pour les jeunes journalistes.

Face à une défiance grandissante, la presse tunisienne se trouve à un tournant décisif : se réinventer ou disparaître progressivement du paysage informationnel. Restaurer la crédibilité ne passera ni par des solutions rapides ni par des ajustements superficiels, mais par une transformation profonde mêlant rigueur journalistique, innovation technologique et proximité avec les citoyens.

Plus que jamais, les médias doivent redevenir utiles, compréhensibles et ancrés dans la réalité quotidienne des Tunisiens. C’est à ce prix qu’ils pourront reconquérir la confiance perdue et réaffirmer leur rôle essentiel dans la vie démocratique.

M.B.S.M.

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