Par Chokri Baccouche
Ainsi donc, et après l’échec des négociations tout à fait prévisibles du reste avec les Iraniens, les Etats-Unis ont imposé un blocus sur le détroit d’Ormuz. D'après le Wall Street Journal, plus de 15 navires de l’US.Navy seraient actuellement positionnés pour arrêter les cargos avant qu'ils n'atteignent les ports iraniens.
Entrée en vigueur depuis lundi dernier, cette mesure vise selon les responsables washingtoniens à couper les revenus pétroliers du régime des mollahs afin de le forcer à accepter les conditions de la Maison Blanche pour un accord de paix. Jusque-là, on le sait, l’Iran tolérait l’accès au détroit d’Ormuz aux seuls pétroliers battant pavillon de pays jugés non hostiles.
Moyennant un droit de passage, ces bateaux principalement chinois, indiens ou pakistanais, pouvaient charger leur précieuse cargaison et circuler librement dans cette artère maritime stratégique par où transitent quelque 20% des importations mondiales d’hydrocarbures.
Officiellement donc, l’objectif pour les Etats-Unis est d’assécher la manne financière du pétrole pour les Iraniens afin de leur forcer la main et les pousser à accepter les termes prohibitifs de l’accord qu’ils veulent leur imposer coûte que coûte.
Mais en réalité il ne s’agit que de la face visible de l’iceberg car cette manœuvre hasardeuse cache en effet une partie d’échec diplomatique à très haut risque mise en place par le président américain dans l’espoir hypothétique de sortir de la mauvaise passe et du piège, politiquement et économiquement mortel, qu’il a lui-même construit.
En imposant ce blocus de part et d’autre du détroit d’Ormuz, les États-Unis jouent, en effet, gros car leur décision met en jeu des intérêts économiques absolument énormes avec des puissances comme la Chine, l'Inde et le Pakistan.
Pékin qui importe d’Iran 40% de ses besoins en hydrocarbures ne manquera certainement pas de considérer le blocus américain d’Ormuz comme un acte hostile délibéré surtout si l’on tient compte bien évidemment des rivalités féroces opposant les deux pays pour le leadership mondial.
Après avoir été privée de la manne pétrolifère gigantesque du Venezuela, suite au récent coup d’Etat américain contre le régime de Maduro, la Chine, poussée cette fois-ci dans ses derniers retranchements, ne manquera pas de réagir en conséquence.
Il se pourrait d’ailleurs que les dirigeants chinois adoptent la même démarche en imposant à leur tour un blocus naval sur le détroit de Taïwan par où transitent les précieux microprocesseurs taïwanais sur lesquels repose toute l’industrie américaine.
En fermant le détroit dans l’espoir douteux de mettre au pas le régime iranien, le président américain risque non seulement de se mettre à dos des puissances géopolitiques à ne pas sous estimer mais également d’aggraver la crise économique qui sévit actuellement dans le monde. La décision léonine de Donald Trump a d’ailleurs fait flamber les cours du pétrole sur le marché international, boostant l’inflation dans de nombreux pays et mettant à mal bien des économies.
Et dire qu’on était à deux doigts de parvenir à un accord devant mettre un terme à cette sordide guerre, mais c’était sans compter les manigances vicieuses du Premier ministre israélien qui a tout fait pour torpiller les négociations entre Américains et Iraniens tenues il y a quelques jours à Islamabad au Pakistan.
Benjamin Netanyahu qui utilise les guerres comme combustible pour se maintenir indéfiniment au pouvoir et concrétiser ses objectifs expansionnistes ainsi que ses délires faussement messianiques, veut en fait maintenir la région sous tensions permanentes. Le plus grand danger pour les Américains c’est que le vicieux Premier ministre israélien cherche à les embarquer dans la galère des guerres non stop qui ne servent en réalité nullement les intérêts de leur pays.
La fermeture par Trump du Détroit d’Ormuz peut être considérée en définitive comme un jeu dangereux avec des allumettes dans un baril de poudre géopolitique. Non seulement elle met au défi plusieurs Etats et perturbe massivement les marchés énergétiques, mais elle risque de générer également une escalade dont personne ne peut maitriser l’issue.
À force de transformer la politique internationale en spectacle, le président américain feint d’oublier que l’improvisation qui tient lieu de stratégie peut conduire à des impasses encore plus dangereuses et préjudiciables pour l’ensemble de la communauté internationale. Dans l’intérêt de tous, Etats-Unis en premier, il serait d’ailleurs bien inspiré de donner une chance réelle à la paix, sans ambages ni faux-fuyants.
Le monde ne lui sera que reconnaissant d’avoir enterré la hache d’une énième guerre qui menace de faire sombrer toute la planète dans les affres du chaos et de l’incertitude…
C.B.

