Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
La Tunisie a officiellement adopté la production d’un nouveau type de pain subventionné, riche en fibres, comme alternative au pain blanc traditionnel, dans le but d’améliorer la santé publique et de lutter contre les maladies chroniques. Que pensent les experts de ce choix ?
Selon l'institut national de nutrition : "Ce pain est fabriqué à partir de farine riche en fibres et en son, avec un taux d’extraction atteignant 85 %, ce qui permet de préserver la valeur nutritionnelle complète du grain de blé". De son côté, le ministère du Commerce a indiqué que " l'État maintiendra les mêmes prix subventionnés : la baguette sera vendue à 0,190 dinar (0,066 dollar) et le grand pain à 0,230 dinar (0,080 dollar).
Le président par intérim de la Chambre nationale des propriétaires de boulangeries, Yahia Moussa, a, par ailleurs, déclaré que " l’orientation vers le remplacement du pain blanc classique par du pain au son riche en fibres permettra de distinguer la farine destinée au pain subventionné de celle utilisée pour la pâtisserie (non subventionnée), et de lutter contre la manipulation des produits subventionnés".
Moussa à également précisé que " le nouveau pain sera plus sain et moins coûteux" , affirmant que " le son utilisé pour sa fabrication est totalement différent de celui destiné à l’alimentation animale. Il aura de nombreux bienfaits pour la santé, notamment pour les personnes souffrant d’obésité, de diabète et de cholestérol ".
Il a aussi indiqué qu’aucune modification de prix ne sera appliquée, le pain restant subventionné, et que la production de ce nouveau type de pain a déjà commencé dans deux boulangeries du gouvernorat de Gafsa (sud-ouest de la Tunisie). Que pensent les experts de ce choix?
Oui, mais...
Interrogé à ce sujet, Dr Ahmed Fouad Rekik, nous a confié : " Cette décision constitue une étape positive vers l’amélioration de la qualité de l’alimentation quotidienne des Tunisiens. L'augmentation du taux d’extraction de la farine à 85 % permet de conserver une plus grande partie des composants du grain entier, augmentant ainsi la teneur en fibres et en minéraux.
Le pain riche en fibres améliore la digestion, procure une sensation de satiété plus durable et contribue à la prévention de maladies chroniques comme le diabète. La teneur en sel du nouveau pain sera également réduite d’environ 33 %, ce qui est très bénéfique pour la prévention des maladies". Reste à savoir si le consommateur va être convaincu ?
A cet effet, l'expert bancaire, Houssine Chalghaf:" Il faut mener des campagnes de sensibilisation afin d'expliquer ce choix aux consommateurs qui doit comprendre que cette option vers le pain à base de son n'affectera pas le pouvoir d'achat et n'aura aucun effet sur son budget". A noter que l’État tunisien détient le monopole de l’importation et de la distribution des produits céréaliers destinés à la fabrication du pain subventionné, via l’Office des céréales.
Cet organisme public gère exclusivement les achats de céréales, que ce soit auprès des agriculteurs tunisiens ou par importation sur le marché international. La production de pain en Tunisie est répartie entre deux types de boulangeries : celles qui reçoivent de la farine subventionnée et respectent les prix fixés par l’État, et celles qui produisent du pain à prix libre.
Les boulangeries tunisiennes produisent quotidiennement 6,7 millions de pains, dont 3,9 millions de grands pains et 2,7 millions de petits pains (appelés localement « baguette »). Environ 6,5 millions de quintaux (65 000 tonnes) de farine sont consommés, selon des données officielles. Au-delà de l'assiette, c'est une petite révolution économique qui s'opère.
En optimisant l'extraction de la farine, la Tunisie réduit non seulement sa facture d'importation céréalière, mais s'attaque aussi, à long terme, au coût colossal de la prise en charge des maladies chroniques. Un pari sur l'avenir où la santé publique devient le premier levier de la souveraineté alimentaire du pays.
M.B.S.M.

