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Éditorial : Sans témoin, sans arbitre, sans recours… - Par Jalel HAMROUNI

Il y a quelque chose d'obscène dans le calendrier. Alors que le Conseil de sécurité de l'ONU vient de décider, en août 2025, de ne pas renouveler le mandat de la FINUL au-delà du 31 décembre 2026, entre novembre 2024 et février 2026, la FINUL et le gouvernement libanais ont comptabilisé plus de 15 400 violations du cessez-le-feu par l'armée sioniste, ayant entraîné la mort de plus de 370 personnes. 15 400 violations. Et c'est la force de paix que l'on dissout, pas l'armée qui viole ?

Depuis 1978, la Force intérimaire des Nations Unies au Liban aura tenu bon face à l'histoire tumultueuse du Sud-Liban : invasions, occupations, guerres successives. Déployée au lendemain de la première incursion sioniste, elle incarne ; imparfaitement, certes ; le principe que la souveraineté libanaise mérite une présence internationale garante. Aujourd'hui, on l'enterre. Non parce qu'elle a échoué à trouver la paix, mais parce que certaines puissances n'ont jamais voulu qu'elle la trouve vraiment.

Le coup de grâce est venu de Washington. Malgré les violations fréquentes de l'accord de cessez-le-feu de 2024 entre l’entité sioniste et le Liban, les États-Unis ont exigé la dissolution de la FINUL lors des négociations sur le renouvellement de son mandat en août 2025. En d'autres termes : alors même que les Casques bleus documentaient les exactions israéliennes en temps réel, leur protecteur officieux réclamait leur départ. La logique est implacable et révélatrice.

Car les violations n'ont pas attendu. Avant même le vote final sur le retrait, l'armée sioniste avait attaqué des Casques bleus qui procédaient au déblaiement de barrages routiers dans le sud du pays, bien que la FINUL l'ait informée à l'avance des opérations. La FINUL avait alors rappelé que de tels actes « constituent une grave violation de la résolution 1701 et du droit international ».

Ces rappels à l'ordre sont restés sans conséquence. Ces incidents faisaient suite à ceux observés en octobre 2025, lorsque l'armée israélienne avait déjà visé des positions de la FINUL. Même la France, pourtant alliée d'Israël, avait dû élever la voix pour condamner ces tirs.

Un document confidentiel révélé par le Financial Times indique que 15 Casques bleus auraient été blessés par du phosphore blanc utilisé par l'armée sioniste, une substance dont l'usage viole le droit international humanitaire dans des zones peuplées. Tirer au phosphore blanc sur des soldats onusiens : voilà ce que la « communauté internationale » a toléré en silence.

Derrière les statistiques diplomatiques, il y a des vies. Les frappes aériennes sionistes ont massivement détruit et endommagé des structures civiles et des terres agricoles dans le sud du Liban, en violation du droit international humanitaire. Des villages entiers réduits en gravats, dans l'indifférence calculée d'une communauté internationale qui continue de « condamner » sans jamais sanctionner.

Selon la Banque mondiale, les hostilités ont causé près de 14 milliards de dollars de pertes économiques, dont 6,8 milliards de dommages matériels. Aujourd’hui, plus de 100 000 personnes se sont déplacées à l'intérieur du pays. Et malgré cela, les frappes israéliennes quasi quotidiennes se poursuivent au Liban, avec un bilan de plus de trois milles morts selon le ministère libanais de la Santé.

Les Nations Unies travaillent aujourd'hui sur différentes pistes pour maintenir une présence éventuelle au Liban après le départ de la FINUL, dont le mandat prend fin en décembre 2026. Des « éventuelles présences ». Le langage de l'impuissance institutionnelle face à une réalité brutale. La plus grande crainte des Libanais est que, sans cette présence internationale, l'obscurité s'abatte sur le Sud-Liban.

Cette obscurité, Israël la prépare méthodiquement. En exigeant de Washington une dissolution accélérée, en harcelant les Casques bleus sur le terrain, en maintenant ses forces sur plusieurs sites du territoire libanais malgré le cessez-le-feu, l’entité sioniste dessine l'architecture d'un Sud-Liban sans témoin, sans arbitre, sans recours. Un territoire qu'il pourra frapper à volonté, au nom d'une « sécurité » qui n'a jamais inclus celle des Libanais.

Il faut nommer ce qui se passe : le retrait de la FINUL n'est pas une évolution naturelle vers la souveraineté libanaise. C'est la suppression organisée du dernier pare-feu entre une armée d'occupation et une population civile. Le Conseil de sécurité lui-même a reconnu que « la situation au Liban continue de menacer la paix et la sécurité internationales et a néanmoins voté pour retirer la seule force qui en attestait concrètement.

L'avenir de la FINUL, c'est donc aussi celui du droit international au Moyen-Orient: est-il encore possible d'exiger l'application des résolutions onusiennes quand la puissance qui les viole le plus ostensiblement bénéficie de l'impunité garantie par son protecteur américain ? La réponse appartient aux États qui prétendent encore défendre un ordre mondial fondé sur les règles. Ils ont jusqu'en décembre 2026 pour prouver qu'il ne s'agit pas d'une formule creuse.

J.H.

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