Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Maintenant que l’on sait presque tout sur la composition du nouveau bureau exécutif de l’UGTT, quelles sont les leçons à retenir de ce congrès extraordinaire de Monastir ?
Le congrès extraordinaire de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) s’est achevé hier matin à Monastir avec l’élection d’un nouveau bureau exécutif issu de la liste de Salah Eddine Salmi.
Composé de treize membres, le nouveau bureau exécutif aura pour mission d’entamer une grande opération de sauvetage de l’organisation syndicale secouée depuis les deux congrès de Sousse et Sfax d’une grave crise qui a failli menacer l’UGTT dans sa propre existence, « Je reste optimiste et j’espère que le nouveau bureau tirera les leçons nécessaires afin de remettre l’organisation sur les rails », nous dira l’universitaire Salem Chérif.
A noter que ce nouveau bureau exécutif est composé, en plus du nouveau secrétaire général, Salah Eddine Salmi, de Othman Jalloul, Taher Mezzi (Barbari), Jibran Bouraoui, Salah Ben Hamed, Selouane Smiri, Ahmed Jaziri, Slim Bouzidi, Fakhr Eddine Aouiti, Wajih Zaidi, Samia Amid Hajji, Nahla Sayadi, Boulbaba Salmi, Taieb Bahri et Mabrouk Toumi.
Commentant à son tour ces élections, l’activiste, Rached Mathlouthi, nous a déclaré : « Il faut rompre rapidement avec les divergences et les divisions qui ont failli ébranler l’organisation et entamer immédiatement les réformes nécessaires au sauvetage de l’UGTT ».
Pour les deux autres instances dirigeantes, la liste « Stabilité et Défi » dirigée par Salah Eddine Salmi, a également remporté la majorité des voix avec l’élection de Salah Jallal, Arbi Yaakoubi, Mihoub Bouarouj, Sonia Fathalli et Sabri Mansi comme membres de la Commission nationale du règlement intérieur.
Cette commission a pour mission principale de veiller au respect des lois internes de l’organisation et au bon fonctionnement de l’activité syndicale. Idem pour la Commission de contrôle financier dont les nouveaux membres sont tous issus de la liste du nouveau secrétaire général, Slah Eddine Salmi, avec l’élection d’Anouar Chaibi, Habiba Wada, Mohamed Hedi Tarchouni, Mohamed Halim et Mourad Hammouda.
Des enjeux…
Pour les observateurs, la liste « Stabilité et Défi » menée par Salmi qui a remporté ces élections doit incarner les principes sur lesquels ses membres ont été élus, à savoir : réformer l’organisation, renforcer la démocratie et la transparence et bâtir un syndicat fort et uni.
A cet effet, l’universitaire Salem Chérif nous a confié : « Salmi et les membres de sa liste se sont engagés, dans leur programme électoral, à mettre en place une stratégie de gouvernance financière favorisant la transparence. Alors, pour rétablir la confiance avec la base syndicale, il est primordial de lancer un audit concernant la comptabilité de l’organisation et ses états financiers afin de lever le doute sur ce qui a été dit à propos de l’implication de certains dirigeants sortants dans des affaires de corruption et de malversation ».
De son côté, le chercheur en histoire contemporaine, Ridha Makni, a estimé que « la crise syndicale actuelle au sein de l’Union générale du travail réside dans la personnalisation de ce conflit, ce qui confère un caractère subjectif au conflit syndical ».
Et d’ajouter : « Les divergences sont un phénomène objectif dans l’histoire de l’Union générale tunisienne du travail. Il y a eu toujours des conflits au sein de la direction syndicale ainsi qu’avec les différentes branches du pouvoir », instisant sur le fait que « le conflit devrait porter sur des questions liées à l’action syndicale, aux relations entre l’Union et le pouvoir, ainsi qu’aux relations internes entre les structures syndicales ».
Concernant l’opposition syndicale, Makni a indiqué que « l’opposition syndicale intensifie ses critiques à l’égard de l’ancien bureau exécutif concernant les violations et les dépassements, tout en fermant les yeux, en revanche, sur les abus du régime en place et des autorités, notamment en ce qui concerne le blocage des accords, les retenues automatiques, l’arrestation de syndicalistes et la mise à l’écart d’autres. Elle perçoit ainsi la situation sous un angle unilatéral ».
Au-delà des résultats électoraux, c’est désormais l’épreuve des faits qui attend la nouvelle direction de l’Union générale tunisienne du travail. Entre exigence de transparence, nécessité de réconciliation interne et pression sociale croissante, Salah Eddine Salmi et son équipe jouent leur crédibilité dans leur capacité à transformer les promesses en actes.
Car plus qu’un simple renouvellement des instances, ce congrès marque un tournant décisif : celui de la survie d’une organisation historique appelée à se réinventer pour rester un acteur central du paysage national.
M.B.S.M.


