Point Doc 2025 : l’appel à candidatures pour les réalisateurs des docs est lancé
La rencontre annuelle internationale dédiée au documentaire, «Point Doc », (projet de Doc House) revient pour sa cinquième édition, qui se déroulera du 19 au 21 juin 2025.
Un appel à candidatures vient d’être lancé au profit de porteurs de projets souhaitant présenter leur documentaire en post-production devant des professionnels du monde entier.
La date limite de soumission des candidatures, ouverte aux candidats des six pays -Tunisie, Egypte, Libye, Algérie, Mauritanie et Maroc- est fixée au 1er mai 2025.
Dans le cadre de cette cinquième édition, des sessions de pitching seront organisées, dédiées aux projets de longs-métrages documentaires en post-production, en présence de professionnels (festivals de cinéma, fonds, distributeurs, chaînes de télévision, etc.). Des prix seront décernés au meilleur pitch par des professionnels de renommée internationale.
Les candidats doivent soumettre un Rough Cut sous-titré en français ou en anglais, d’une durée minimale de 40 minutes. Les candidatures seront examinées par un comité de sélection et les projets retenus seront annoncés le 22 mai 2025.
Les criquets pèlerins aux portes du désert tunisien : Une menace réelle à ne pas sous-estimer
Par Hassan GHEDIRI
L’histoire de la Tunisie est marquée par plusieurs épisodes d’invasions de criquets pèlerins qui ont pris au dépourvu les autorités et fait beaucoup de ravages.
La Tunisie, comme d’autres pays du Sahel et d’Afrique du Nord, est actuellement confrontée à une recrudescence de la menace des criquets pèlerins. Récemment, de petits groupes de ces insectes ravageurs ont été signalés dans la région de Dhehiba, dans le gouvernorat de Tataouine, arrivés grâce à des vents favorables en provenance du sud. Bien que les autorités agricoles aient jugé que ces groupes ne constituaient pas encore un danger immédiat, la situation reste préoccupante. En effet, les conditions climatiques et écologiques actuelles, marquées par une pluviométrie abondante et une végétation verdoyante dans plusieurs régions du sud, créent un environnement propice à la reproduction et à la prolifération des criquets pèlerins.
Les criquets pèlerins sont connus pour leur capacité à se multiplier rapidement et à former des essaims dévastateurs, capables de détruire des récoltes entières en quelques heures. Bien que les autorités tunisiennes aient assuré que la situation est «sous contrôle», il est crucial de ne pas sous-estimer le risque. Les conditions actuelles, très favorables à la reproduction des criquets, pourraient rapidement transformer une situation gérable en une crise majeure. Les précipitations abondantes enregistrées ces derniers mois dans le sud du pays ont permis le développement d’une végétation dense, offrant à la fois de la nourriture et des zones de reproduction idéales pour ces insectes. Si l’Etat tarde à consacrer les fonds nécessaires et à déployer les ressources humaines et matérielles adéquates pour contenir ce fléau, les conséquences pourraient être désastreuses pour l’agriculture tunisienne, déjà fragilisée par les défis économiques et climatiques.
Consciente des enjeux, la Commission nationale de vigilance et de lutte contre les criquets pèlerins s’est réunie au début de la semaine pour établir des scénarios d’évolution de la situation et définir les mesures nécessaires. Le ministère de l’Agriculture, en charge de la prévention et de la lutte contre les ravageurs agricoles, a ainsi annoncé avoir mobilisé des équipes de spécialistes pour surveiller les zones à risque et suivre les mouvements des criquets. Il dit également avoir consacré des pulvérisateurs et des pesticides pour intervenir rapidement en cas de besoin. Ces mesures préventives sont essentielles pour éviter une invasion à grande échelle. Reste que l’utilisation massive des pesticides ne laisse pas les nappes phréatiques indemnes… C’est l’une des raisons pour lesquelles les spécialistes de la FAO insistent beaucoup sur la gestion préventive du phénomène. Au mois de janvier dernier, une responsable de la direction générale de la santé végétale et du contrôle des intrants agricoles, au ministère de l’Agriculture, avait exclu la possibilité de voir la Tunisie envahie par les criquets pèlerins et ce malgré le signalement à partir du mois d’octobre 2024 des essaims dans des régions du sud de la Libye. La même responsable avait jugé que la Tunisie est à l’abri de cette menace et ce au vu, selon elle, des «conditions climatiques et écologiques défavorables».
Une leçon d’histoire
La lutte contre les criquets pèlerins ne peut en effet se limiter à des actions réactives. Elle doit s’inscrire dans une stratégie à long terme, incluant une surveillance continue, une coopération régionale renforcée et une sensibilisation des agriculteurs aux signes avant-coureurs d’une infestation. La Tunisie doit tirer les leçons des expériences passées pour mieux se préparer à affronter cette menace récurrente. En effet, la Tunisie a été plusieurs fois confrontée à ce ravageur particulièrement nuisible à travers de nombreux épisodes d’invasions qui ont fait des ravages. L’invasion la plus marquée remonte à 1988, Dans un rapport du FAO diffusé en 1989 par la Commission de lutte contre le criquet pèlerin du Nord-Ouest, l’on écrit que « la situation acridienne en Tunisie a été signalée calme jusqu’à la fin de l’année 1987, mais à partir de 1988, le pays a subi une invasion sans précédent dans les annales des invasions acridiennes tant par son ampleur que par sa soudaineté».
Cette leçon d’histoire rappelle comment les criquets pèlerins ne sont pas une menace à prendre à la légère. Leur capacité à se reproduire rapidement et à parcourir de longues distances en fait un ennemi redoutable pour l’agriculture et la sécurité alimentaire. La Tunisie doit donc rester en alerte et renforcer ses dispositifs de prévention et de lutte pour éviter une nouvelle catastrophe. Les conditions actuelles, favorables à la reproduction des criquets pèlerins, exigent une réponse proactive et coordonnée pour éviter une invasion dévastatrice. En tirant les leçons du passé et en renforçant ses dispositifs de surveillance et d’intervention, la Tunisie peut protéger son agriculture et préserver la sécurité alimentaire de sa population. La menace des criquets pèlerins est donc bel et bien réelle...
H.G.
L’artiste Jawher Basti présente ses « Khyoot », au Rio
Jawhar Basti, sous son nom de scène JAWHAR, donnera un concert de sortie tunisienne de son album « Khyoot (fils), le mardi 18 avril à 20h00, à la salle Le Rio.
Auteur-compositeur tunisien basé en Belgique, l’artiste s’est imposé comme une figure incontournable de la scène alternative avec son univers onirique et son folk teinté d’influences orientales.
Porté par une écriture sensible et des mélodies envoûtantes, il tisse des récits où se mêlent introspection, rêves et engagement.
Avec son nouvel album, qui constitue un retour à l’essence du folk, il revient à une approche plus épurée et acoustique. « Khyoot » qui sera en tournée notamment en Belgique et en France, est une collection de chansons écrites pour deux voix, la sienne et celle d’Aza Mezghani, musicienne, auteure-compositrice et interprète.
« Khyoot » explore « les liens invisibles qui nous connectent, ces fils qui relient le visible à l’invisible, la mémoire à la création, le réel à l’imaginaire. Une ode poétique à la quête de sens et à la transcendance du quotidien ».
Ce concert s’inscrit dans le cadre de la 12ème édition de « Tunes », une série de concerts de tous les genres musicaux lancée en 2015 par Akacia Productions.
A Al-Kitab-Mutuelleville : « Les fleurs du mal » comme source d'inspiration
Inspirée du chef-d’œuvre intemporel de Charles Baudelaire, « Les Fleurs du Mal », l’exposition collective « L’Eternel Jeu des Dualités » réunissant 18 artistes de Tunisie, du Cameroun, d’Italie et d’Algérie sera visible à Al-Kitab-Mutuelleville, à partir de ce soir à 21h00 et jusqu’au 20 avril 2025.
Publié en 1857, « Les Fleurs du Mal » a bouleversé la poésie moderne en explorant les tourments et les splendeurs de l’âme humaine. Entre lumière et ombre, extase et tourment, pureté et décadence, le poète français Charles Baudelaire montre, à travers ses vers, que ces dualités ne s’opposent pas, mais s’entrelacent pour créer une harmonie troublante et inévitable.
Sous le commissariat de Michela Margherita Sarti, cette exposition invite à une immersion artistique et poétique au cœur des contrastes. Elle célèbre la beauté qui naît de leur cohabitation et révèle comment l’art transcende les tensions pour en extraire une vérité profonde.
Baudelaire, rappelle Michela Margherita Sarti, « nous enseigne que la beauté surgit souvent là où on l’attend le moins, comme un rayon de soleil illuminant l’ombre ». Une idée qui imprègne ses poèmes emblématiques tels que « L’Invitation au Voyage », « Harmonie du Soir » ou « Le Balcon », où lumières et souvenirs transcendent le temps.
Editorial : Drones d’humains …
Par Chokri BACCOUCHE
Décidément, les humains sont d’incorrigibles récidivistes. Ils passent leur temps à guerroyer et, à la longue, on finit par croire que la violence est inscrite dans leurs gènes. Ils lancent des guerres à tout va, s’entretuent, commettent les pires horreurs et à chaque fin de conflit, ils jurent tous leurs dieux de ne plus refaire les mêmes erreurs. Mais une fois passée l’euphorie de la paix dont la durée de vie est aussi éphémère que celle d’un papillon, ils reviennent à la charge encore plus déterminés à croiser le fer avec leurs prochains. Durant la Première Guerre mondiale, des millions de vies ont été fauchées sans compter les destructions inimaginables des infrastructures. Des générations entières ont été décimées lors de cet épisode tragique qui a laissé dans l’imaginaire collectif de terribles séquelles. La Seconde du même genre n’a pas démérité non plus et a provoqué d’effroyables dégâts matériels et humains. Des pays entiers ont été dévastés par des armes de plus en plus sophistiquées et meurtrières. A cette époque de l’histoire tourmentée de l’humanité, l’atome est entré pour la première fois en scène inaugurant l’ère des destructions massives à Hiroshima et Nagasaki, les deux villes japonaises qui ont subi les premières les horreurs indicibles des bombes nucléaires. C’est à la fin de ce conflit extrêmement sanglant et destructeur que les bipèdes ont décidé, par acquis de conscience, de créer l’ONU. On avait pensé que cette institution allait servir de moyen devant permettre de résoudre les conflits et les différends entre les nations par la voie politique et asseoir une nouvelle règle de conduite dans les relations internationales. Il n’en fut rien malheureusement, car le «grand machin», comme la qualifiait si bien le général de Gaule, s’est avéré être une coquille vide, ballottée au gré des vents par les grandes puissances en fonction de leurs stricts intérêts et incapable d’agir sur le cours des événements.
Résultat des courses, on a fait comme si elle n’existait pas. Le Conseil de sécurité du «grand machin» aura beau refuser de donner son aval pour une intervention armée à la majorité écrasante de ses membres, les grandes puissances passent outre cet impeachment et décident de lancer, malgré tout, leur guerre comme ce fut le cas en Irak, en Libye, en Syrie et dans bien d’autres contrées du monde. Les guerres et les foyers de tension n’attendent pas de nos jours le printemps pour éclore comme des champignons. Ils se multiplient à vue d’œil au gré des saisons et des humeurs belliqueuses des tenants de l’ordre mondial. Le retour de Donald Trump au pouvoir du côté de la première puissance mondiale a provoqué un véritable séisme dans les relations internationales dont l’onde de choc s’est répercutée aux quatre coins de la planète. Le come-back du revenant président américain a entraîné dans son sillage de profonds bouleversements géopolitiques et des remous majeurs qui vont inévitablement chambarder de fond en comble l’équilibre des forces à l’échelle planétaire. Les alliances d’hier sont sérieusement remises en cause et cette nouvelle donne inédite a d’ores et déjà conduit à une accélération sans précédent de la course aux armements. Des budgets colossaux seront consacrés au renforcement des arsenaux militaires en Europe et ailleurs. On va construire, dans un avenir proche, plus de chars, plus de bombes, de véhicules de transport de troupes, de blindés, de missiles à guidage laser hypersoniques. Plus de corvettes, de destroyers ou de sous-marins porteurs d’ogives nucléaires. Plus de drones surtout, ces nouveaux gadgets de la mort high-tech, car moins coûteux et terriblement efficaces. Bref, les humains ne manqueront de rien en prévision des conflits à venir dont les signes annonciateurs commencent à se faire sentir.
Où va l’humanité? Apparemment droit dans le mur, car les bipèdes semblent avoir déjà tracé la trajectoire de leur avenir vers l’inconnu et l’incertitude la plus absolue. Il ne manque plus d’ailleurs qu’une toute petite étincelle pour mettre désormais le feu aux poudres. Si la Première et la Seconde guerres mondiales ont fait des millions de morts, la Troisième, qui se profile à l’horizon avec ses «atomes crochus», pourrait donner le coup de grâce à la misérable existence des terriens. Misérable parce que les incorrigibles humains portent en fait les germes de leur propre destruction…
C.B.
Mosquée Hassan-II (Maroc) : Plus moderne qu’historique
Par Myriam Ben Salem-Missaoui
La mosquée Hassan-II est une grande mosquée située à Casablanca (Maroc). Érigée en partie sur la mer, elle est un complexe religieux et culturel, aménagée sur neuf hectares et comporte une salle de prières, une salle d'ablutions, des bains, une école coranique (madrasa), une bibliothèque, un musée, et une Académie des arts traditionnels.
Cette mosquée a été construite sous le règne et les directives du roi Hassan II. Planifiée sur le site de l'ancienne piscine municipale, sa construction a débuté le 12 juillet 1986 et son inauguration a eu lieu le 30 août 1993, après sept ans de travaux.
Étant donné que la mosquée se trouve au bord de l'océan Atlantique, les fondations ont nécessité 26 000 m3 de béton et 60 000 m3 d'enrochement afin de lutter contre les effets de la houle. Cependant, la stabilité des ouvrages de protection à la mer s'est révélée insuffisante et d'importants travaux de renforcement de l'endiguement ont eu lieu en 2006. Soumise à de très fortes contraintes climatiques (houle, humidité, embruns), la mosquée Hassan-II a, en dépit d'un entretien constant, accusé des signes de vieillissement précoce dès 1998 (fissures, chute de panneaux de coffrage). La mosquée a été financée par l'État, une souscription nationale et divers financements d'accompagnement étrangers dont 80 millions de francs français. Le coût de la construction à la fin des travaux était de 3,8 milliards de dirhams.
Cet ouvrage exceptionnel, souvent critiqué lors de sa réalisation, a permis de relancer l'artisanat marocain sous toutes ses formes mais a également été à l'origine du "béton à hautes performances" pour assurer la surélévation du minaret de 175 à 210 mètres. Gérée jusqu'en 2009 par l'Agence urbaine de Casablanca, elle dépend actuellement de la Fondation de la mosquée Hassan-II de Casablanca.
Architecture et ornements
La mosquée Hassan-II est l'une des plus grandes mosquées au monde, la conception de ce projet a été confiée au cabinet d'architecture français dirigé par Michel Pinseau, lequel a mené à bien cette entreprise en étroite collaboration avec des artisans et ouvriers marocains, ainsi qu'avec la société française Bouygues. Ces efforts ont été entrepris sous les directives et orientations de Sa Majesté le Roi Hassan II. La maîtrise d'ouvrage a été assurée par l'ex-ministère de l'Intérieur Driss Basri. Pour l'édification du bâtiment contenant la salle de prière, le minaret et la madrasa, douze grues à tour de 220 t/m et huit grues mobiles ont été installées. Les structures de l'ensemble de la mosquée sont en béton armé habillé de décors issus de l'artisanat marocain. Les ressources humaines et techniques mobilisées pour ériger cet édifice colossal sont proportionnelles à son envergure. La concrétisation de la mosquée a exigé l'investissement de 50 millions d'heures de travail, impliquant le savoir-faire de plus de 11 000 cadres permanents. Parallèlement, cette entreprise a engendré la création de près de 80 000 emplois indirects. Des artisans recrutés dans toutes les villes du royaume avaient sculpté 53 000 m2 de bois et assemblé plus de 10 000 m2 de zellige pour le lieu de culte. Pour la finition et les objets religieux, des artisans de tout le royaume ont contribué à couvrir plus de 53 000 m2 de bois sculpté et assemblé plus de 10 000 m2 de zellige représentant 80 motifs originaux. Le plâtre sculpté et peint, a été entièrement travaillé sur place par 1 500 maâlems sur plus de 67 000 m2. Les coupoles en bois de cèdre ont été fixées sur des charpentes réalisées avec 971 t d'acier inoxydable et suspendues à la structure en béton armé. Les revêtements de marbre et granit d'origine marocaine représentent 50 hectares de superficie avec une épaisseur moyenne de 14 cm. La mosquée est ornée de 124 fontaines et vasques en marbre. Les enceintes et les éclairages ont été conçus avec l'assistance de la société Philips. La mosquée est dotée "d'un rayon laser" indiquant la direction de La Mecque d'une portée de 30 kilomètres.
M.B.S.M.
Du Stambali au cœur des « illuminations d’ El Halfaouine »
La musique Stambali n’est pas seulement un folklore festif, mais également une musique spirituelle, à l’image du chant soufi. Héritage culturel profondément enraciné, elle est intimement liée aux célébrations des saints et à leur louange.
C’est dans cette perspective que le Théâtre National Tunisien a choisi d’intégrer un spectacle de Stambali dans le cadre de la troisième édition des « illuminations de el halfaouine », qui se tient du 14 au 18 mars 2025, en partenariat avec la fondation Abdelwahab Ben Ayed et Microcred, sous l’égide du ministère des Affaires culturelles.
Ainsi, la deuxième soirée de l’événement a été animée par un spectacle envoûtant de Stambali, dirigé par Belhassen Mihoub, en présence d’un public passionné venu savourer l’ambiance nocturne unique de la mythique place El-Halfaouine, au cœur de la médina de Tunis.
Sur scène, l’orchestre a mêlé les percussions traditionnelles – tambours, « chekachak » et guembri – aux sonorités contemporaines de la batterie, une innovation apportée par Belhassen Mihoub, convaincu que la musique doit évoluer avec son temps sans pour autant perdre son essence. Cette fusion subtile a permis d’attirer un public plus large, tout en préservant l’âme authentique du Stambali.
Pendant plus d’une heure, les spectateurs ont été transportés par une succession de tableaux folkloriques, rythmés par des danses emblématiques comme le « Zembala », le « Bou Saadia » et la « Takhemira ». Le groupe a également interprété des chants religieux et des « noubat » dédiées aux prophètes et aux saints, notamment « Sidi Abdelkader », « Sidi Saad » et « Lella Malika ».
Mais au-delà de son aspect spirituel, le Stambali est aussi une musique de transe et de libération. Belhassen Mihoub et son groupe ont interprété des chants aux paroles incompréhensibles, appelées « Ajmi », où des morceaux comme « Galdima » et « Jawawi » se distinguent par leurs rythmes rapides, incitant les spectateurs à danser jusqu’à la transe. Selon les croyances des initiés, ces rythmes auraient même une fonction thérapeutique, aidant à apaiser les âmes tourmentées.
Si le Stambali se présente aujourd’hui comme une musique de fête et de spiritualité, il témoigne également d’une mémoire douloureuse. Ses rythmes évoquent les chaînes de l’esclavage et le fer des entraves, rappelant l’histoire tragique d’une communauté autrefois libre, réduite en servitude.
Le spectacle de Stambali de Belhassen Mihoub a été précédé par des performances de cirque acrobatique, suivies de la pièce de théâtre « El Aârs, Al-Jamra Al-Oula » de Karim Kherchoufi, une production de l’espace "Le Petit Théâtre de Médenine". Ce spectacle a habilement mêlé théâtre, danse, musique et chant populaire du sud tunisien, retraçant les étapes essentielles du mariage traditionnel dans cette région. À travers cette représentation, les artistes ont souligné l’importance de préserver ce patrimoine culturel immatériel, aujourd’hui menacé par l’évolution de la société et la cherté de la vie.
Les « illuminations d’El Halfaouine » se poursuivront jusqu’au 18 mars, avec une programmation riche et variée mêlant théâtre, cirque, cinéma et musiques de divers horizons, célébrant ainsi la diversité et la richesse du paysage culturel tunisien.
Musée national du Bardo: sur les traces d'Aphrodite, Isis, Cybèle et les autres...
Sous les voûtes chargées d’histoire, où résonnent les échos des civilisations passées, le Musée National du Bardo a ouvert ses portes, le temps d’une soirée, à un événement d’exception consacré aux figures féminines mythologiques. Préparée à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, l’exposition artistique "Isis, Aphrodite, Cybèle et les autres...", a été inaugurée samedi soir par la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, en présence de nombreuses personnalités du monde artistique, culturel et des médias.
Le musée s’est ainsi transformé en un véritable théâtre de mémoire et de création, offrant aux visiteurs une plongée fascinante dans l’héritage des grandes figures féminines de l’Antiquité.
Sur les traces des Aphrodite, Isis, Cybèle et autres déesses de la fécondité, de la puissance et de la sagesse, le Bardo a célébré la femme à travers les âges dans un voyage immersif et sensoriel où les sculptures en marbre et les récits mythologiques ont pris une résonance contemporaine.
A l’image des grands musées dans le monde, qui accueillent régulièrement des performances artistiques et des défilés de mode, le Musée du Bardo a rejoint cette tradition en offrant à l'assistance un moment où les arts, l’histoire et la mode ont dialogué dans un écrin unique.
Les déesses intemporelles : entre mythe et héritage
Dans l’espace d’exposition du musée, les sculptures en marbre qui se dressaient comme autant de témoins du passé, lançaient l’invitation à redécouvrir des figures féminines mythiques ayant marqué les civilisations antiques. Phéniciennes, Grecques, Romaines, Phrygiennes, Carthaginoises, Libyques… Isis, Aphrodite, Cybèle, Fortuna, Déméter… autant de noms qui évoquent la force, la beauté et le pouvoir des femmes à travers les âges. Parmi elles, Aphrodite-Vénus, muse de l’amour et de la beauté, Tyché chez les Grecs, Fortuna chez les Romains, Cybèle à Carthage, déesse de la prospérité et du destin, souvent représentée avec les ailes de la Victoire, la couronne crénelée d’une cité, la corne d’abondance et le bouclier de Méduse.
Dans l’armée romaine, elle prenait une forme plus martiale, incarnée dans une statue d’or offerte au premier soldat ayant franchi une muraille ennemie. Cette figure de la force féminine ayant trouvé un écho dans les récits des prêtresses carthaginoises, drapées dans une palla couvrant le corps, évoquant le traditionnel "sefseri" tunisien, meuble un riche parcours muséal qui met en lumière l’importance de la femme dans la transmission des savoirs et des traditions, témoignant d’un héritage qui dépasse les frontières et les époques dans un hommage vibrant à toutes les femmes, hier, aujourd’hui et demain.
L’élégance antique et raffinement moderne au cœur d’un défilé
Outre l'exposition commissariée par l'archéologue Hajer Krimi, dont la scénographie a été confiée à Leila Daami, l’un des moments forts de la soirée a été un défilé de mode d’exception, où l’héritage vestimentaire des impératrices romaines et des figures féminines carthaginoises a pris vie.
Orchestré par la créatrice tunisienne Fatma Ben Abdallah, ce spectacle a puisé dans les trésors du passé pour offrir une collection où les coupes fluides et majestueuses se mêlaient à des broderies dorées, évoquant l’opulence des civilisations phénicienne, romaine et carthaginoise.
Les modèles, parées de diadèmes scintillants, drapées dans des étoffes aux reflets chatoyants, ont traversé la salle de Carthage avec une grâce souveraine, celle des reines, déesses, prêtresses ou tout simplement femmes du monde. Entre colonnes antiques et fresques mosaïques millénaires, elles ont offert aux spectateurs une immersion fascinante, à mi-chemin entre la réalité et la légende.
"Depuis des années, je rêvais de voir un défilé de mode au sein d’un musée tunisien, à l’image de ce qui se fait dans les plus grandes capitales du monde. Ce soir, nous avons prouvé que notre patrimoine est un écrin idéal pour raconter des histoires à travers l’art et la mode" confie, avec grande émotion, la créatrice Fatma Ben Abdallah.
A travers cette soirée enchantée par les notes envoûtantes du violon de Yasmine Azaiez, le Bardo s'est métamorphosé en un lieu où les statues des déesses antiques semblaient s’éveiller, frémissant sous les lumières douces et mystérieuses du musée. Dans cette ambiance magique, le Bardo a rappelé que les musées ne sont pas de simples gardiens du passé, mais des espaces vivants où l’histoire se réécrit sans cesse, s’épanouissant au rythme du temps et des âmes qui les traversent.
TAP
Que dit l'islam sur le Jour du Jugement?
Par Myriam Ben Salem-Missaoui
Les musulmans croient que la vie d'ici-bas n'est qu'une épreuve préparatoire en vue de l'existence de l'au-delà. Pour chaque individu, cette vie est un test pour la vie qui l'attend après sa mort. Un jour viendra où tout l'univers sera détruit et les morts seront ressuscités afin d'être jugés par Dieu. Ce jour-là sera le début d'une vie qui ne finira jamais.
Ce jour-là est le Jour du Jugement, au cours duquel tous les gens seront récompensés par Dieu en fonction de leurs croyances et leurs actions. Ceux qui meurent tout en croyant que "Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu et Mohammed est Son messager" et en étant musulmans seront récompensés ce jour-là et seront admis au Paradis où ils demeureront éternellement, tel que Dieu l'a dit: Et ceux qui croient et pratiquent de bonnes œuvres, ceux-là sont les gens du Paradis où ils demeureront éternellement. (Coran, 2:82)
Mais ceux qui meurent tout en ne croyant pas que "Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu et Mohammed est Son messager", ou en n'étant pas musulmans, perdront pour toujours la chance d'être admis au Paradis et seront envoyés en Enfer, tel que Dieu l'a dit:
Et quiconque désire une religion autre que l'islam ne sera point agréé, et il sera, dans l'au-delà, parmi les perdants. (Coran, 3:85)
Et Il a aussi dit:
Ceux qui ne croient pas et qui meurent mécréants, il ne sera jamais accepté d'aucun d'eux de se racheter, même si pour cela il donnait le contenu, en or, de la terre. Ils auront un châtiment douloureux, et ils n'auront point de secoureurs. (Coran, 3:91)
Certaines personnes disent: "Je crois que l'islam est une bonne religion, mais si je me convertissais à l'islam, ma famille, mes amis, et les autres gens me persécuteraient et se moqueraient de moi. Donc si je ne me convertis pas à l'islam, est-ce que j'entrerai quand même au Paradis et est-ce que je serai sauvé du feu de l'Enfer?"
La réponse à cela est ce que Dieu a dit dans le verset mentionné plus haut: "Et quiconque désire une religion autre que l'islam ne sera point agréé, et il sera, dans l'au-delà, parmi les perdants."
Après avoir envoyé le prophète Mohammed pour appeler les gens à l'islam, Dieu n'accepte pas que les gens adhèrent à une religion autre que l'islam. Dieu est notre Créateur et Celui qui pourvoit à nos besoins. Il a créé, pour nous, tout ce qu'il y a sur la terre. Toutes les grâces et les bonnes choses dont nous profitons viennent de Lui. Donc après tout cela, lorsque quelqu'un refuse de croire en Dieu, au prophète Mohammed ou à l'islam, il est juste qu'il ou qu'elle soit puni(e) dans l'au-delà. En fait, le but principal de notre création est d'adorer Dieu seul et de Lui obéir, tel que Dieu l'a dit dans le Coran (51:56).
Cette vie que nous vivons en ce moment est très courte. Les mécréants, au Jour du Jugement, croiront que la vie qu'ils ont vécue sur terre n'aura duré que l'espace d'un jour, ou d'une partie d'un jour, comme Dieu l'a dit:
Il (Dieu) dira: "Combien d'années êtes-vous restés sur terre?" Ils diront: "Nous y sommes demeurés un jour, ou une partie d'un jour..." (Coran, 23:112-113)
Et Il a dit:
Pensiez-vous que Nous vous avions créés sans but, et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous (dans l'au-delà)? Que Dieu soit exalté, le vrai Souverain! Pas de divinité en dehors de Lui... (Coran, 23:115-116)
La vie dans l'au-delà est tout à fait réelle. Ce n'est pas qu'une vie spirituelle, c'est aussi une vie physique. Nous vivrons dans l'au-delà avec nos âmes et nos corps.
En comparant le monde d'ici-bas avec l'au-delà, le prophète Mohammed a dit: {La valeur de ce bas-monde en comparaison de l'autre est comme lorsque vous plongez votre doigt dans la mer et que vous le retirez: voyez donc ce que vous en retirez (de la mer) avec votre doigt!}1 La signification de ce hadith est que la valeur de ce monde comparée à celle de l'au-delà est comme quelques gouttes d'eau comparées à la mer tout entière.
M.B.S.M.
Fin de la sous-traitance de main-d’œuvre en Tunisie : Garantir la réussite de la rupture…
Par Hassan GHEDIRI
L’abolition et la criminalisation de la sous-traitance de main-d’œuvre témoigne d’une volonté forte de rompre avec les injustices. Une rupture radicale exige toutefois beaucoup de prudence…
C’est l’une des réformes auxquelles le président de la république s’attache obstinément depuis son investiture, tellement il est persuadé que les inégalités sont profondément ancrées dans notre pays qu’elles minent dangereusement la cohésion sociale. Il s’agit de l’amendement du Code du travail qui mettra fin au régime de la sous-traitance dont la version finale a été examinée et adoptée avant-hier lors du Conseil des ministres tenu au palais de Carthage, en attendant son examen et son adoption inéluctable au parlement. L’amendement, d’après un communiqué très bref diffusé par la présidence de la république, porte sur un certain nombre de dispositions du Code du travail abolissant une fois pour toute la sous-traitance de main-d’œuvre et criminalisant sa pratique.
La révision garantit, toujours d’après le même communiqué, «le droit à la titularisation à tous les salariés dont les contrats de travail à durée déterminée ont été résiliés ainsi que ceux travaillant dans le même régime et que les employeurs ont licenciés avant le 6 mars 2024» pour tenter de contourner les nouvelles obligations et les empêcher de bénéficier des nouvelles dispositions. Il y a lieu de noter que les nouvelles obligations et les contraintes prescrites par cette réforme du Code du travail ont été dévoilées pour la première fois par le président de la république le 8 mars lors de sa rencontre avec le ministère des Affaires sociales. Une fois elle prend effet, d’aucuns s’attendent à voir les retombées d’une telle réforme et son impact sur le tissu économique tunisien.
Précarité
La sous-traitance de la main-d’œuvre est une pratique largement répandue en Tunisie, tant dans le secteur public que privé. L’on estime en effet à un peu plus de 250 mille les travailleurs actuellement employés par l’intermédiaire de sociétés de sous-traitance. Ces travailleurs, souvent engagés sous des contrats à durée déterminée (CDD), se retrouvent dans une situation de précarité, privés de droits fondamentaux tels que la sécurité de l’emploi, la couverture sociale et sont généralement oubliés dans négociations collectives.
Pour Saïed, cette pratique est une forme moderne «d’esclavage» qui ébranle les fondements de la justice sociale. Lors du Conseil des ministres, il a ainsi insisté sur la nécessité de garantir le droit à la titularisation pour tous les salariés dont les contrats ont été résiliés, ainsi que pour ceux licenciés avant le 6 mars 2024 par des employeurs cherchant à contourner les nouvelles obligations légales.
Le projet de loi prévoit non seulement l’abolition de la sous-traitance de la main-d’œuvre, mais aussi sa criminalisation. Cette mesure vise à mettre fin à ce que le gouvernement qualifie de «contournement des droits des travailleurs». En effet, de nombreuses entreprises recourent à la sous-traitance pour éviter d’assumer les responsabilités liées à l’emploi direct, telles que les cotisations sociales ou les indemnités de licenciement. Cependant, cette réforme soulève des questions quant à sa faisabilité et ses conséquences sur l’économie tunisienne. La sous-traitance est souvent utilisée dans des secteurs clés comme le BTP, les services de nettoyage, la logistique et même l’industrie manufacturière. Son interdiction pure et simple pourrait entraîner des coûts supplémentaires pour les entreprises, notamment les PME, qui risquent de ne plus pouvoir supporter des charges salariales supplémentaires et être poussées à mettre la clé sous le paillasson.
Quelles alternatives?
La Tunisie, avec son tissu économique fragile et son taux de chômage élevé (autour de 16 % en 2025), doit trouver un équilibre entre protection des travailleurs et compétitivité des entreprises. Si l’abolition de la sous-traitance vise à améliorer les conditions de travail, elle pourrait aussi décourager les investissements et freiner la création d’emplois. Certains experts suggèrent une approche plus progressive, avec des mesures d’accompagnement pour les entreprises, telles que des incitations fiscales ou des subventions pour faciliter la transition vers l’emploi direct. D’autres soulignent la nécessité de renforcer les inspections du travail pour s’assurer que les droits des travailleurs sont respectés, sans pour autant interdire complètement la sous-traitance.
Plusieurs pays ont déjà pris des mesures pour limiter ou encadrer strictement la sous-traitance de la main-d’œuvre. Par exemple, en Espagne, une réforme adoptée en 2021 a restreint l’utilisation des contrats temporaires, obligeant les entreprises à convertir les CDD en contrats permanents après un certain délai. Cette mesure a permis de réduire la précarité, mais elle a aussi entraîné une hausse des coûts pour les entreprises, notamment dans le secteur du tourisme.
La décision du Kaïs Saïed d’abolir et de criminaliser la sous-traitance de la main-d’œuvre témoigne d’une volonté forte de protéger les droits des travailleurs. Cependant, cette réforme doit être mise en œuvre avec prudence, en tenant compte des spécificités de l’économie tunisienne et en prévoyant des mesures d’accompagnement pour les entreprises. En effet, l’abolition de la sous-traitance représente un coût supplémentaire pour les entreprises tunisiennes qui pourrait se chiffrer à des milliards de dinars. Si cette réforme vise à améliorer les conditions de travail et à réduire la précarité, elle ne manquerait également pas de réduire la compétitivité des entreprises et freiner la création d’emplois. Une mise en œuvre progressive, accompagnée de mesures de soutien, sera essentielle pour concilier justice sociale et viabilité économique.
H.G.
Editorial : Le spectre de Yalta - Par Jalel HAMROUNI
En 1945, après que la Seconde Guerre a pris fin, se tenait la fameuse conférence de Yalta, où les dirigeants de trois puissances vainqueures, Franklin Roosevelt, Joseph Staline et Winston Churchill, ont déterminé le destin du monde sans aucun égard pour les souhaits des petits États. Aujourd’hui, c’est le même monde vers lequel nous nous dirigeons avec Trump à la Maison Blanche.
L’exemple le plus clair de la nouvelle version de la conférence de Yalta est la façon dont Trump a mené les négociations pour mettre fin à la guerre en Ukraine, forçant le faible président ukrainien, Volodymyr Zelensky, à accepter un accord qui ne tient pas compte de son propre intérêt, mais plutôt de celui des deux puissances, les Etats-Unis et la Russie, sous prétexte que l’Ukraine n’a pas des cartes à jouer. Trump a ensuite ajouté la Chine qui, selon lui, pourrait contribuer à arrêter la guerre.
Trump semble envisager un nouveau rapport de force entre trois pôles: les États-Unis, la Russie et la Chine, dont il juge les dirigeants compatibles avec lui. Le reste du monde, y compris le plus vieil allié des Américains, doit se défendre avec leurs propres moyens.
Pour les Européens, le message de Trump est clair: «Je ne vous défendrai plus et je vais vous imposer plus de droits de douane».
Ce qui a surpris le monde, c’est la rapidité avec laquelle Trump a renversé la position des Etats-Unis envers le reste du monde. Le ministre des Affaires étrangères, Marco Rubio, a tout récemment annoncé qu’il avait réduit de 83 % les programmes d’aides étrangères des États-Unis. Trump a coupé le soutien militaire et sécuritaire à l’Ukraine pour la forcer à soutenir son plan visant à arrêter la guerre. Cela a été convenu lors d’une réunion à Djeddah, en Arabie saoudite. Trump a également rapidement démantelé l’opposition à la Russie, ce qui a suscité l’émerveillement du porte-parole du Kremlin: «La nouvelle administration a rapidement changé tout le cours de sa politique étrangère qui est conforme à notre vision».
Cette vision trumpienne d’un nouveau monde fondé sur le principe de la main qui donne est la main qui dirige invite le reste du monde à se reconsidérer et à repenser la nature des alliances actuelles qui ne tiennent plus. En fait, Trump a, peut-être, commis une grave erreur en méprisant l’Europe, qui semble retrouver sa voix après des décennies de suivisme aveugle à Washington. Les dirigeants européens sont tellement préoccupés par la Russie expansionniste qu’ils sont prêts à adopter une position ferme en Ukraine et à y envoyer des troupes pour dissuader toute nouvelle agression après le cessez-le-feu. Les Russes ont exprimé leur colère contre toute présence européenne en Ukraine, mais les pays du Vieux Continent s’en tiennent à leur position, et la question est de savoir si Trump s’alignera avec Vladimir Poutine contre ses alliés les plus proches.
En toute évidence, l’hostilité de Trump a poussé les Européens à compter sur leurs propres moyens afin de contrecarrer les mesures économiques restrictives que le locataire du Bureau Ovale leur réserve.
Ainsi, tout semble être chamboulé. Un nouvel ordre mondial se dessine dans lequel il n’y aura plus de place que pour les forts. Ce qui invite à s’interroger sur le sort des pays arabes sur cette nouvelle carte géopolitique.
Ce que le Hamas a commencé à Gaza avec le déluge d’Al-Aqsa et ce qui s’est passé en Syrie a, sans doute, redistribué toutes les cartes dans la région du Moyen-Orient.
Comme en Ukraine, Donald Trump a adopté la même stratégie pour mettre fin à la guerre à Gaza. Sans mâcher ses mots, il a demandé à l’Egypte et à la Jordanie d’accueillir les Palestiniens de l’enclave palestinienne en menaçant de fermer la vanne des aides financières à ces deux pays arabes.
Pour une fois, les dirigeants arabes ont dit un non catégorique au plan du Trump. Ce dernier a fini par renoncer au déplacement forcé des Palestiniens de Gaza.
En fait, ce qu’il faut pour que les pays arabes retrouvent leur place sur la nouvelle carte géopolitique qui se dessine. L’unité et rien que l’unité permettra aux dirigeants arabes de s’imposer comme une force régionale non négligeable et éviter d’être à la merci des grands de la nouvelle conférence de Yalta.
J.H.
EST: Maher Kanzari serait le nouvel entraîneur, Mohamed Sahli, directeur technique
Maintenant c'est officiel. La séparation avec le Roumain Reghecampf a eu lieu hier soir et il est fort probable en attendant l'annonce officielle que son successeur à la tête de l'équipe Sang et Or soit le coach du Stade Tunisien, Maher Kanzari qui a exercé plusieurs fois au Parc B et qui connaît bien le milieu sans oublier la carrière de joueur avec L'Espérance. Quant à Mohamed Sahli, il occuperait le poste de directeur technique. Enfin, on avance le nom de Tarak Jarraya pour remplacer Maher Kanzari au Stade Tunisien. Rappelons aussi que le nouveau staff technique aura à préparer l'équipe pour le rendez-vous africain du 1er avril contre Mamelodi Sundowns en quart de finale de la Ligue des champions
Jamel Belhassen
Le festival "Illuminations d'El Halfaouine" : Une nuit de transes et de traditions
Au cœur de l’écrin historique d’El Halfaouine, sous un ciel étoilé et une douce brise ramadanesque, s’est ouverte la troisième édition de la manifestation mystique "Illuminations d'El Halfaouine" (Tajalliyât El-Halfaouine). Un rendez-vous ramadanesque qui, une fois encore, a su rassembler un large public, parmi les avertis et curieux désireux de découvrir ou de revivre une profonde transe au rythme des chants soufis et des sonorités envoûtantes de la hadhra.
L’événement, qui a démarré sa première nuit festive dans la soirée du vendredi, se déroule du 14 au 18 mars 2025, et est organisé par le Théâtre National Tunisien, en partenariat avec la Fondation Abdelwahab Ben Ayed (FABA) et Microcred, sous l’égide du Ministère des Affaires Culturelles.
Dès la tombée de la nuit, la place d’El Halfaouine s’est métamorphosée en un véritable sanctuaire de sons et de lumières. Hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, se sont rassemblés autour de la scène, envoûtés par le charme mystique qui enivrait l’atmosphère. Au cœur de cette marée humaine, certains, debout, les yeux fixés sur la scène, semblaient plongés dans une transe profonde, tandis que d’autres, installés aux terrasses des cafés bordant la place, savouraient leur thé ou leur café, bercés par les mélodies envoûtantes qui s’élevaient et flottaient délicatement dans l’air. Une magie d’une rare beauté s’est opérée, portée par la solidarité exemplaire des commerçants du quartier.
Pendant deux jours, ils ont suspendu leurs activités, offrant ainsi aux techniciens le temps nécessaire pour ériger la scène et installer le matériel de son et de lumière. Ce geste, d’une générosité rare, témoigne de leur profond attachement à cette tradition culturelle et de leur souhait sincère d’offrir aux habitants du quartier et des environs un spectacle mémorable, gravé à jamais dans les esprits.
La hadhra de Morched Boulila : Une expérience sensorielle et spirituelle
Sous la direction de Morched Boulila, la troupe de la hadhra, dont le spectacle est parrainé par Microcred, a emmené le public dans une dimension où le sacré et l’artistique s’entrelacent harmonieusement. La soirée a débuté en douceur, portée par des invocations subtiles telles que "Sidi Bou Ali Ennefti", "Ya Lalla Jitek", "Sayyida Ya Naghara", avant de s’intensifier progressivement avec "Sidi Ali El-Kray", "Oum Ez-Zein El-Jemaliya" et, enfin, "Sidi Mansour", qui a enflammé le public.
La hadhra ne se résume pas à un simple spectacle musical, elle se vit comme une expérience mystique et une véritable aventure de méditation. A mesure que les percussions se faisaient plus intenses, les danseurs se laissaient emporter dans un état de transe, invoquant la libération de l’âme et l’élévation spirituelle.
"Sidi Mansour", en apothéose
La soirée s’est achevée sur les notes envoûtantes de "Sidi Mansour", un classique du répertoire soufi tunisien, réinterprété avec une touche de stambali, fusionnant ainsi les traditions musicales mystiques du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne, emportant le public, qui dansait en communion, dans une ode mystique sans frontières.
L’un des moments les plus attendus de la soirée fut sans doute l’apparition du personnage de "Bousaadia", une figure mythique du patrimoine musical tunisien. Sa danse, empreinte de rythmes africains, raconte une histoire poignante : celle d’un roi africain dont la fille, Saadia, fut enlevée et vendue sur un marché aux esclaves. Pour la retrouver, il se déguisa en mendiant errant, chantant des airs codés dans l’espoir qu’elle le reconnaisse.
Habillé d’une tunique ornée de coquillages marins et d’ossements d’animaux, et coiffé d’un crâne d’oiseau, Bousaadia a fasciné les spectateurs par sa gestuelle hypnotique, évoquant tour à tour la souffrance, la résilience et la quête de liberté. Les symboles de son accoutrement sont puissants : les coquillages rappellent les périples maritimes des peuples africains, tandis que les ossements évoquent l’austérité du désert et la précarité de la vie.
Avec les derniers murmures des tambours et une foule qui quittait en douceur les lieux, "Illuminations d'El Halfaouine" avait une fois de plus offert un voyage inoubliable où passé et présent se croisent dans une harmonie vibrante et enivrante.
Islam et éducation : Éduquer pour former un être équilibré
Par Myriam Ben Salem-Missaoui
La civilisation musulmane considère qu’il ne suffit pas d’apprendre à lire, à écrire, à compter, à recevoir des informations pour être équilibré, efficace et heureux. Maîtriser les fondamentaux est nécessaire, mais pas suffisant. Il faut former un être équilibré, complet, médian, car si une partie de celui-ci manque il peut sombrer.
Cela signifie qu’en plus du savoir scientifique et technique, outils pour le développement, il faut cultiver, éduquer et donner à penser sur ce que sont l’humain et le but de l’existence, sans enfermer ni contraindre.
Au cœur de cette approche se situe l’éthique, l’humanisme, le respect de la vie, de l’altérité, de la diversité des opinions, des cultures et du monde, et les spiritualités, comprises comme richesses. Cela n’empêche pas d’enseigner l’unitaire, de mettre en valeur un récit national, des repères communs, des spécificités, en dialogue avec d’autres valeurs et l’universel. Certes, la foi est une affaire personnelle, intime et privée, mais étudier les religions et donner à penser sur cette dimension humaine est légitime.
La conjugaison de l’un et du multiple est incontournable pour diffuser la culture du vivre ensemble. L’éducation authentique se fonde sur le fait que nul n’a le monopole de la vérité et aucun aspect ne peut seul répondre aux besoins humains. L’éthique éducationnelle relève du respect des valeurs communes et plurielles, afin de dépasser l’égocentrisme et l’isolement. En outre, l’idéal est de conjuguer culture de l’autonomie de l’individu, en développant chez ce dernier le sens critique, et de l’autocritique, afin qu’il devienne libre et responsable, et en même temps se prépare à être une personne qui respecte l’être collectif, le bien commun.
Cet équilibre, comme celui entre l’un et le multiple, l’origine et le devenir, la liberté et la loi, le féminin et le masculin, l’efficacité et l’éthique, que l’islam vise dans le monde entier en ces temps modernes, nous n’avons pas réussi à le réaliser par l’éducation et l’exemplarité, à force d’excès des uns et des autres optant pour seulement l’une des dimensions. Aujourd’hui, face à la disjonction, aux dérèglements – perte des repères, crise d’autorité, crise du savoir, du lien social, absence d’éthique et crise économique –, il est judicieux de découvrir les spécificités de l’éducation selon la civilisation musulmane. Réussir le système éducatif est une responsabilité partagée par les pédagogues, les parents, la société civile, l’État, la classe politique et les élites. D’autant que l’école est menacée autant par les forces du repli que par celles de la marchandisation du monde. Sur le plan de l’évolution, les pédagogues des sociétés musulmanes sont confrontés à la problématique, ou tension, entre trop d’interdits, ou absence d’interdits, et à la séparation outrancière des savoirs, entre les humanités et la technoscience, entre la rentabilité et l’éthique.
Pour l’islam, une identité est plurielle et évolutive, articulant et traduisant sous des formes variées le sens du rapport au temps, à l’espace, à autrui et à l’au-delà du monde. Chacun a le droit de mettre l’accent sur tel ou tel aspect de ses racines, de son parcours et de son identité, mais à condition de ne pas nier ce droit aux autres, ni de marginaliser ou d’exclure les autres aspects qui constituent l’être humain. Nul n’est monolithique.
Dans ce sens, la question de l’éthique est décisive, au sens de repères et de normes pour la cité, le vivre ensemble. Si une nation veut accéder au degré de civilisation, l’islam répond : c’est par l’éducation complète, qui tient compte des besoins spirituels, éthiques, culturels, pas seulement techniques, matériels et économiques. Pour la construction d’un destin commun, la civilisation musulmane propose de ne pas opposer l’esprit scientifique et la spiritualité, ainsi que les valeurs locales à celles universelles, sans les confondre.
L’éducation selon le Prophète, qui a souligné être venu pour « éduquer », doit permettre la recherche libre, publique et commune du Bien, du Beau et du Juste, qui détermine tous les domaines de la société. S’interroger sur l’avenir de l’humanité en tant qu’être libre et responsable, c’est concourir à le préparer, à le préserver, à éliminer les risques. C’est ce combat pour les valeurs fondatrices d’une cité civilisée, d’une écologie humaine, que propose la civilisation musulmane, en transcendant les différences et les divergences. L’islam considère que le point de rassemblement des contraires, c’est l’individu lui-même, la pierre de touche, qui apprécie le réel, opère des choix, agit et produit telle pensée, telle valeur plutôt que telle autre. L’éducation réussie favorise une double tâche : d’une part, affirmer sa personnalité en vue d’étendre à l’infini la faculté de choix, de maîtriser ses besoins et ses penchants ; d’autre part, se former à des compétences scientifiques afin d’être utile à la société. Le citoyen est doublement éduqué : selon le savoir profane, rationnel, et d’après la parole coranique et les dires du Prophète, qui appellent à se connaître soi-même et à découvrir l’origine et le devenir du monde dans lequel on vit. L’éducation moderne diffère de celle de la civilisation musulmane du fait qu’elle met surtout l’accent sur la science et l’extériorité.
La civilisation musulmane non seulement vise la possibilité de librement faire fructifier le monde et d’avoir une mainmise sur les choses, mais aussi de ne pas devenir esclave des choses, de prendre du recul, par un effort d’intériorisation. Si l’aventure offerte au moderne est celle du choix libre, créateur, le destin à réaliser par le musulman est d’y adjoindre la possibilité de la libre consécration au culte, à la spiritualité, en tenant compte de l’éthique. La méthode est l’articulation entre raison et foi, sans confusion ni opposition.
Le problème, dans le monde d’aujourd’hui, est celui de la connaissance divisée, séparée, opposée. Sont cloisonnées deux approches pourtant complémentaires : d’un côté, la voie de l’éducation aux valeurs de l’esprit, au fait religieux, à la culture spirituelle, à la théologie ; de l’autre, les méthodes rationalistes, de l’observation scientifique, du calcul et de la démonstration. Deux chemins de la connaissance que l’islam n’oppose pas mais qu’il articule. Ce qui a donné la culture gréco-arabe et la civilisation islamique universelle, à la fois proches et différentes du christianisme et du judaïsme. L’éducation musulmane a eu son humanisme classique et c’est par les Arabes que l’Europe a retrouvé Platon et Aristote.
M.B.S.M.
A la librairie Al-Kitab Mutuelleville : Le chercheur Nabil Kallala présente, le 18 mars, son nouveau livre
« Du patrimoine partagé. Pour un éveil culturel » tel est l’intitulé du nouvel ouvrage du chercheur en patrimoine, le Pr. Nabil Kallala.
Publié aux éditions Nirvana, avec en photos de couverture les ports puniques de Carthage, entre hier et aujourd’hui, le livre, préfacé par Mohamed Hassine Fantar et avec une postface de Habib Ben Salha, sera au cœur d’une rencontre-débat nocturne proposée par la librairie Al-Kitab, prévue, le 18 mars, à Al-Kitab-Mutuelleville, à partir de 20h30.
« Changer notre perception du patrimoine, en le sortant de son état d’héritage figé, de pierre morte, que l’on préserve tout juste en tant que simple vestige du passé. Une perception réduite qui risque de plonger le patrimoine dans une léthargie. Il faut au contraire le transcender pour mieux le valoriser, en révélant les différentes valeurs qu’il véhicule depuis son édification et tout au long de son existence : historiques, architecturales, culturelles, anthropologiques et expressives. Bref, lui insuffler la vie en l’intégrant pleinement dans la dynamique culturelle et socio-économique.
Ce n’est qu’en prenant conscience de ces valeurs et de sa plus-value que citoyens et autorités sauront le reconnaître à sa juste valeur et en tirer pleinement profit, aussi bien sur le plan culturel, social qu’économique. « Et c’est en (se) le partageant que nous pourrons le réinventer. C’est la clé de sa valorisation et de sa pérennisation », lit-on dans la 4ème de couverture de ce nouvel ouvrage signé par Nabil Kallala, professeur émérite d’histoire et d’archéologie antiques à l’Université de Tunis, directeur de l’Ecole tunisienne d’histoire et d’anthropologie, ancien directeur général de l’INP et ancien représentant de la Tunisie auprès du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO.
















