Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Les diplômés chômeurs menacent de reprendre leurs protestations face à la non application de la loi 18. Comment favoriser leur intégration professionnelle et sociale ?
Une conférence de presse au siège du Syndicat national des journalistes et un sit-in devant le théâtre municipal à Tunis, les diplômés de l’enseignement supérieur n’on pas chômé ces dernières quarante-huit heures. En cause la non application de la loi 18. En effet, un certain nombre de diplômés de l’enseignement supérieur sans emploi ont organisé jeudi dernier un sit-in de protestation devant le Théâtre municipal de la capitale, afin de réclamer l’application de la loi relative à leur recrutement exceptionnel.
Saida, l’une des diplômées de l’enseignement supérieur sans emploi, a déclaré à cet effet que ce sit-in s’inscrit dans une série de mouvements menés par les diplômés chômeurs. Et d’ajouter : « Nous appelons le gouvernement et le président de la République à activer immédiatement la loi n°18 relative au recrutement exceptionnel des chômeurs et à accélérer la publication des décrets d’application ainsi que de la plateforme numérique », indiquant au passage : « Nous sommes des ayants droit et nous revendiquons notre droit légitime dans cet Etat, à savoir le recrutement dans la fonction publique et le secteur public. »
Elle a, en outre, rappelé que « le président de la République nous a déclaré le 9 avril que les décrets d’application et la plateforme numérique étaient en cours d’élaboration, mais nous demandons un calendrier clair ».
Il est à noter que le Parlement a adopté, lors de la séance plénière du mardi 16 décembre 2025, le projet de loi relatif aux dispositions exceptionnelles pour le recrutement des diplômés de l’enseignement supérieur en chômage de longue durée dans le secteur public et la fonction publique, avec 90 voix pour, 3 abstentions et 1 contre.
Pour l’expert en économie et en finances, Mohamed Salah Jennadi : « il est clair que la fonction publique ne peut pas absorber à elle seule le nombre important des chômeurs de l’enseignement supérieur ». Que faire, alors, pour les intégrer dans la vie active et sociale ?
Une nouvelle approche…
A cette question, notre expert estime qu’au vu de la situation actuelle de la fonction publique qui souffre d’un surcharge au niveau de l’effectif, il est important de trouver d’autres alternatives afin de mieux intègre les demandeurs d’emploi dans un modèle économique plus souple et plus flexible. Et d’ajouter : « Ce ne sont pas de simples chiffres dans les statistiques du chômage.
Il s’agit d’une situation bien réelle vécue par des individus qui ont investi des années de leur vie dans l’enseignement universitaire ou professionnel et obtenu des diplômes censés être la clé de leur avenir, pour se retrouver incapables de trouver un emploi correspondant à leurs qualifications et à leurs aspirations dans un délai raisonnable après l’obtention de leur diplôme. Cela représente, au fond, un gaspillage douloureux des énergies de la jeunesse et des compétences sur lesquelles la société, tout comme les individus eux-mêmes, avaient misé.
Alors pour mettre fin à ce cauchemar, il faut établir des partenariats solides entre les établissements d’enseignement et le secteur privé afin de concevoir et de mettre en œuvre des programmes de formation en alternance et des stages pratiques sérieux et efficaces. Aussi, il est important de proposer des formations intensives après l’obtention du diplôme, axées sur la réduction des écarts de compétences spécifiques exigées par le marché du travail.
Cela exige des stratégies basées sur des politiques encourageant l’investissement local et étranger, et soutenir la croissance des secteurs prometteurs capables de générer des emplois de qualité. Et pour encourager l’investissement, il faut lever les obstacles bureaucratiques à la création d’entreprises, offrir des mécanismes de financement accessibles et mettre en place des incubateurs fournissant accompagnement et orientation aux diplômés ambitieux ainsi qu’investir dans l’amélioration des infrastructures et des projets dans les régions les moins favorisées afin de créer des emplois locaux et de réduire la nécessité de migrer à la recherche d’un emploi ».
Face à l’impasse actuelle, une certitude s’impose : la solution ne viendra pas d’un seul levier. Entre attentes légitimes des diplômés et limites structurelles de la fonction publique, l’urgence est de repenser en profondeur le modèle d’intégration professionnelle.
Miser sur la diversification des opportunités, valoriser les compétences et créer un environnement propice à l’initiative ne sont plus des options, mais des nécessités. À défaut, le risque est grand de voir se creuser davantage le fossé entre formation et emploi, au détriment d’une jeunesse en quête de perspectives concrètes et de reconnaissance.
M.B.S.M.


