Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
La Tunisie a appelé à revoir les relations de partenariat avec l’Union européenne « de manière à en garantir l’équilibre et à les rendre plus justes, équitables et inclusives ». Que faut-il, alors, changer pour rendre cet accord plus équilibré et plus juste… ?
La Tunisie a appelé à revoir les relations de partenariat avec l’Union européenne « de manière à en garantir l’équilibre et à les rendre plus justes, équitables et inclusives ».
Cette déclaration a été faite par le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, lors d’un entretien téléphonique avec la commissaire européenne pour la Méditerranée, Dubravka Šuica, selon un communiqué du ministère tunisien des Affaires étrangères publié lundi soir.
Le ministère a indiqué que « Nafti a reçu, lundi dernier, un appel téléphonique de la commissaire européenne pour la Méditerranée, Dubravka Šuica, qui l’a félicité à l’occasion de la célébration par la Tunisie du 70ème anniversaire de l’indépendance (le 20 mars de chaque année) ».
Au cours de cet appel, les deux parties ont abordé « l’ensemble des relations de coopération entre la Tunisie et l’Union européenne ainsi que les moyens de les renforcer, après plus de trente ans depuis la conclusion de l’accord de partenariat entre la Tunisie et l’Union européenne, en plus de plusieurs dossiers d’intérêt commun ».
Cette déclaration survient quelques jours après l’entretien téléphonique entre le président de la République, Kais Saied, et le président français Emmanuel Macron, tenu le 23 mars dernier, et dans laquelle, le chef de l’Etat avait a appelé à revoir le partenariat global entre la Tunisie et l’Union européenne, exprimant un mécontentement croissant face à ce que les autorités tunisiennes considèrent comme un accord déséquilibré, centré principalement sur la question migratoire. Que faut-il, alors, changer pour rendre cet accord plus équilibré et plus juste… ?
De « client » à « partenaire »…
Pour l’expert, Houssine Chalghaf : « il faut noter que le cadre officiel a débuté comme un accord de coopération en 1995, avant d’être développé en 2012, puis élargi en un « mémorandum d’entente » en 2023 portant sur la migration, le commerce et l’énergie. Pendant longtemps, il a lié la survie de l’économie tunisienne à l’aide de Bruxelles.
Aussi, il faut rappeler que l’Union européenne demeure le principal partenaire commercial de la Tunisie, absorbant environ 70 % de ses exportations. Cependant, les responsables tunisiens se plaignent que les flux d’investissements étrangers et l’aide au développement n’ont pas été à la hauteur de cette dépendance commerciale unilatérale ». Que demande, alors, al Tunisie ?
Pour notre interlocuteur : « Le président de la République, Kais Saied, cherche désormais à réexaminer explicitement l’accord comme un outil permettant de récupérer ce qu’il appelle les « fonds volés » détenus à l’étranger, et de transformer la relation d’une dynamique de « client » en un partenariat plus réciproque. Des analystes politiques estiment, par ailleurs, que la dépendance de la Tunisie est structurelle.
Elle est traitée comme un marché pour les biens européens et une zone tampon pour la migration, plutôt que comme une destination d’investissement sérieuse et à long terme. Cette donne doit changer si on veut réellement que cet accord soit juste et équilibré. Pour cela, si la Tunisie parvient à imposer une renégociation sérieuse, quatre questions principales seront, en effet, sur la table.
On s’attend, alors, à ce que la Tunisie demande une formulation plus claire et plus équilibrée en matière d’investissement et de soutien au développement, en cherchant à être traitée moins comme une « zone tampon » et davantage comme un partenaire économique disposant de véritables opportunités de croissance.
En résumé, une révision de l’accord devrait viser à améliorer les opportunités d’exportation, à renforcer l’emploi et à attirer les investissements, de manière à servir l’intérêt de l’économie tunisienne et à garantir la durabilité de la relation avec le partenaire européen ».
En réalité, la révision de l’accord entre la Tunisie et l’Union européenne apparaît aujourd’hui comme une nécessité incontournable. Mais pour construire un partenariat réellement équilibré, il ne suffit plus de maintenir les anciens mécanismes, mais de repenser les priorités dans un esprit de réciprocité et de respect mutuel. Seule une coopération plus juste permettra de transformer cette relation en un véritable levier de développement durable pour la Tunisie.
M.B.S.M.

