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Les Comar d’Or, miroir d’une Tunisie qui écrit

Par Imen Abderrahmani

 

Record historique de romans en compétition et nouvelles voix couronnées et ambitions internationales affirmées : pour leurs 30 ans, les Prix Comar d’Or célèbrent une littérature tunisienne en pleine effervescence, plus libre, plus diverse et résolument tournée vers l’avenir.

 

Il y a trente ans, le lancement de ce rendez-vous n’était qu’une promesse discrète faite aux écrivains tunisiens, aux éditeurs. Ce n’était au départ qu’un pari audacieux : soutenir le secteur du livre tout en insufflant à cette institution économique une dimension littéraire et créative.

Aujourd’hui, les Prix Comar d’Or sont devenus l’un des rendez-vous majeurs de la vie culturelle nationale, un espace où les mots trouvent reconnaissance, où les imaginaires se croisent et où le roman tunisien mesure chaque année le chemin parcouru.

Pour cette édition-anniversaire dont les festivités ont été organisées au Théâtre de l’Opéra de la Cité de la Culture de Tunis, le symbole est fort : jamais les Comar d’Or n’avaient reçu autant de romans. Pas moins de 92 ouvrages étaient en lice : 59 en langue arabe et 33 en langue française contre seulement treize manuscrits lors de la première édition en 1997.

Ce chiffre raconte à lui seul une métamorphose. Il dit l’émergence d’une génération d’auteurs qui écrivent davantage, publient davantage et osent davantage. Il dit aussi la résistance d’un livre tunisien qui continue d’exister malgré les fragilités économiques du secteur de l’édition. Selon les chiffres avancés par les organisateurs, depuis leur création, les Comar d’Or auront ainsi examiné 1 271 romans publiés en Tunisie ou à l’étranger, dessinant au fil des ans une vaste fresque des préoccupations, des fractures et des rêves de la société tunisienne. Et c’est grâce à ce rendez-vous que certaines plumes ont réussi à se frayer un chemin et à inscrire leur nom dans le paysage littéraire tunisien.

Deux médecins en tête de palmarès

Cette édition anniversaire aura surtout consacré l’audace. Le Comar d’Or en langue française a été attribué à « Sangoma le guérisseur » (éditions Hikayet), premier roman de Hichem Ben Azouz, médecin humanitaire et écrivain, dont l’entrée en littérature a séduit par sa singularité narrative.

Côté arabophone, le prix est revenu à Nasr Belhaj Bettaieb pour « Saif Assaouane » (éditions Khraief), également médecin chirurgien, confirmant la vitalité d’une écriture arabe tunisienne de plus en plus présente et diversifiée. Il est à noter que Nasr Belhaj Bettaieb n’en est pas à sa première consécration. Déjà lauréat du Prix Spécial du Jury des Comar ainsi que du Prix de la Banque Tunisienne, le chirurgien signe ici son sixième roman, poursuivant une œuvre où le scalpel semble parfois prolonger la plume, disséquant avec la même précision les corps, les mots et les maux.

Au-delà des distinctions, les Comar d’Or affichent désormais une volonté claire de renforcer leur soutien aux auteurs. Les prix principaux ont été revalorisés à 15 000 dinars, tandis que les Prix Spéciaux du Jury atteignent désormais 7 000 dinars.

Ces derniers ont récompensé Hella Feki pour « Une reine sans Royaume » (éditions JC Lattès) et Fahmi Al-Balti pour « Dam Saye’e » (Mauvais sang), paru aux Editions Capsa.

La relève, elle aussi, s’impose avec assurance. Les Prix Découverte ont distingué Sofiene Ben M’rad pour « Tunis Arkana » (Editions Sikelli) et Najoua Kadri pour « Al Majda », paru aux Editions Arcadia, deux auteurs qui incarnent cette nouvelle cartographie littéraire tunisienne en train de se dessiner.

Il est à noter que cette belle soirée couronnant le parcours de quelques auteurs et célébrant la créativité a été portée par l’Orchestre Symphonique de Carthage (OSC) dirigé par Hafedh Makni. Elle a été également rythmée par des hommages rendus aux fondateurs du prix et à plusieurs figures emblématiques parmi lesquelles Yamen Manaï, Faouzia Zouari et Chokri Mabkhout.

Trois décennies plus tard, le prix semble entrer dans une nouvelle étape de son histoire : celle de la maturité. Une maturité où la littérature tunisienne ne cherche plus seulement à exister, mais à rayonner.

Imen.A.

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