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Visite technique de véhicules : La fraude a (encore) le vent en poupe…

Hassan GHEDIRI

A l’entrée du centre de Ben Arous, un réseau criminel bien huilé se met en branle dès qu’un accord tacite est conclu avec un automobiliste malchanceux…

Hier, mardi 21 avril 2029, au centre de l’agence du transport terrestre de Ben Arous, quelques véhicules se comptant sur les doigts d’une main font la queue devant l’unique couloir ouvert. Dans cet espace de visite technique situé au sud de Tunis, la fréquentation en début de semaine est généralement plus importante, en particulier le matin.

Sur le parking, les automobilistes n’attendent que quelques instants avant de passer dans le couloir d’inspection. Mais avant d’arriver là, la plupart des automobilistes devaient constater qu’il y a un autre circuit qui sembler prospérer à proximité du centre.

A deux pas de l’entrée, des individus rodent. Leur stratagème est presque banale. « Bonjour, vous avez rendez-vous pour la visite » abordent-ils tout simplement celui ou celle qui, au volant de sa voiture fait la manœuvre pour s’introduire à l’intérieur du centre. Si l’automobiliste répond par l’affirmative, ils se contentent d’un sourire et une « bonne chance ». A première vue, rien de suspect dans cette démonstration de politesse.

Le problème est que la curiosité de ces inconnus ne s’arrête pas là. Ils vont attendre ! Leur jeu commence à la sortie, lorsque certains conducteurs visiblement contrariés par l’échec de leur visite, sont abordés par l’une de ces personnes. Ça ne s’est pas bien passé ? » demande-t-on, avant d’exhiber leur offre : « on peut toujours régler ça ! ».

Derrière cette promesse, un réseau criminel bien huilé est prêt à se mettre en branle dès qu’un accord tacite est conclu avec un automobiliste malchanceux. Le mécanisme est simple, contre une somme qui passe discrètement du porte-monnaie du « client » à la poche de son serviteur, et qui devait suffire pour graisser la patte de tous les membres du réseau frauduleux, toutes les défaillances signalées lors de l’inspection disparaissent et le petit collant attestant la conformité du véhicule est délivré.

Donc, selon les règles établies par ce réseau de corruption très bien rôdé, ceux qui acceptent le deal obtiennent systématiquement avec le précieux sésame. Les autres, eux doivent revenir après réparation, comme l’exige la procédure. Il s’agit en effet d’un système de malversation qui fonctionne au vu et su de tout le monde dans une sorte d’impunité scandaleuse.

Excès de zèle ?

Nombreux sont les automobilistes qui se heurtent à cette triste réalité, tel que le cas de ce propriétaire d’une Volkswagen 4CV modèle 2009, qui s’est présenté hier au centre de Ben Arous pour sa visite annuelle. Consciencieux, il a pris le soin de bien se préparer à l’épreuve. Réglage du parallélisme, vérifications mécaniques et électriques et inspection de la carrosserie effectuée par les spécialistes, il prend rendez-vous en ligne et se rend au centre, convaincu que tout est en ordre.

Arrivé sur les lieux, il a eu droit à un « bonjour, bonne chance » gratuitement distribué par les désormais fameux inconnus à l’entrée du centre, avant que son véhicule ne soit dirigé vers le couloir n°4. Un inspecteur récupère la carte grise puis lui demande d’attendre à l’extérieur.

Quelques minutes plus tard, le verdict tombe au guichet : refus. Motif invoqué, un couvre-volant jugé de mauvais état et un glissement des roues avant (presque neufs) au freinage. Un diagnostic contesté par le propriétaire qui dénonce un excès de zèle à son encontre. En quittant les lieux, il est de nouveau abordé par les fameux intermédiaires qui proposent d’intervenir pour « arranger les choses ».

Malgré les multiples mesures engagées ces dernières années par les autorités de tutelle, la fraude semble loin d’être éradiquée dans les centres de visite techniques gérés par l’Agence tunisienne du transport terrestre.

Ni la digitalisation des rendez-vous ni la modernisation des équipements, ni la rotation des agents n’ont permis de couper l’herbe sous les pieds des agents sans scrupule. Il va falloir peut-être accepter la réalité jusqu’à ce que l’Etat décide en fin de prendre le taureau par le cornes et opter pour un modèle de contrôle technique 100% automatisé.

H.G.

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