Par Chokri Baccouche
Comme si nous n’avions pas assez de problèmes à régler, voilà que les tensions au Moyen-Orient débarquent sans crier gare pour nous rendre la vie encore plus difficile. On l’aura certainement deviné, il s’agit de la hausse des prix de l’énergie sur le marché international, due à la guerre américano-sioniste contre l’Iran qui nous affecte particulièrement et n’est pas un simple choc conjoncturel pour la Tunisie. Elle agit, en effet, comme un révélateur brutal des fragilités structurelles accumulées depuis des décennies.
Dans un pays fortement dépendant des importations d’hydrocarbures, chaque tension sur les marchés internationaux se répercute en cascade sur l’ensemble de l’économie, creusant les déséquilibres budgétaires, affaiblissant la compétitivité et accentuant les tensions sociales.
A chaque crise qui secoue le monde, c’est la même tendance qui se reproduit avec son lot de désagréments et d’inquiétudes pour les décideurs qui sont contraints de se triturer les méninges afin de trouver la solution idoine devant permettre au pays de sortir de l’ornière sans trop de dégâts. La tâche est d’autant plus difficile que la Tunisie, comme on le sait, importe une part importante de ses besoins en pétrole et en gaz.
Lorsque les prix mondiaux augmentent, la facture énergétique explose mécaniquement. Or, l’État tunisien subventionne encore une partie significative de l’énergie pour contenir les prix à la consommation. Résultat : le déficit budgétaire se creuse, la dette publique s’alourdit, et les marges de manœuvre pour investir dans les secteurs productifs se réduisent.
Ce cercle est particulièrement pernicieux : plus les prix augmentent, plus l’État subventionne pour éviter une crise sociale, et plus cela fragilise ses finances, ce qui limite sa capacité à investir dans des alternatives. La hausse des coûts énergétiques a ceci de particulier qu’elle se diffuse rapidement dans toute l’économie.
Elle affecte dans son sillage les entreprises qui voient leurs coûts de production augmenter et sont contraintes, par conséquent, de répercuter ces hausses sur les prix finaux, alimentant l’inflation. Résultat des courses : ce sont les ménages, déjà sous pression et dont le pouvoir d’achat se réduit comme peau de chagrin, qui trinquent.
De fil en aiguille, les produits de base, souvent dépendants du transport ou de la transformation industrielle, deviennent plus chers, la consommation ralentit et la croissance économique, au bout du fil, accuse à son tour le coup.
La hausse des prix de l’énergie sur le marché international bouleverse non seulement l’équilibre budgétaire de la Trésorerie publique mais impacte également la dynamique économique. Les entreprises tunisiennes, notamment dans l’industrie et l’export, subissent un double choc. D’un côté, leurs coûts de production augmentent et de l’autre, elles doivent rester compétitives face à des concurrents internationaux parfois mieux dotés en énergie bon marché ou en infrastructures efficaces.
Cette situation peu amène entraîne une perte de parts de marché, une baisse des investissements étrangers et, à terme, des destructions d’emplois. L’énergie chère agit alors comme un impôt invisible sur la production.
De ce qui précède, on peut affirmer sans risque de se hasarder que la dépendance énergétique coûte cher à la Tunisie qui supporte très mal les fluctuations des prix dont elle est devenue prisonnière. Cette dépendance malvenue qui perdure depuis plusieurs décennies limite bien évidemment la souveraineté économique du pays et le rend vulnérable aux chocs externes, qu’ils soient géopolitiques ou économiques.
Que faire pour sortir de ce cercle vicieux qui compromet, qu’on le veuille ou non, les chances d’un réel décollage de notre pays au double plan économique et social ? La question a été évoquée à maintes reprises tout au long des dernières décennies et les experts estiment que plusieurs leviers prometteurs peuvent être activés même s’ils admettent que la rupture avec cette dépendance ne se fera ni rapidement ni sans coût.
L’accélération de la transition vers les énergies renouvelables figure parmi les pistes de solutions intéressantes. La Tunisie qui dispose d’un potentiel considérable dans le domaine de l’énergie solaire et éolienne gagnerait à investir massivement dans ces deux ressources intarissables qui peuvent alléger la facture énergétique basée actuellement sur les énergies fossiles.
Il importe, à cet effet, de simplifier autant se faire que peut le cadre réglementaire et encourager l’autoproduction que ce soit au niveau des ménages que des entreprises. La rénovation énergétique des bâtiments, la modernisation des équipements industriels et le développement des transports publics et de solutions de mobilité durable, sont autant de moyens non négligeables susceptibles de réduire drastiquement la consommation d’énergie.
Bref, les solutions existent mais restent tributaires d’une réelle volonté politique. Elles requièrent surtout de la cohérence et une vision stratégique qui constituent le passage obligé pour bâtir une économie plus résiliente, plus souveraine et surtout mieux adaptée aux défis du XXIe siècle…
C.B.

