Par Imen Abderrahmani
Et si la littérature était une autre manière d’écrire l’Histoire ? Entre fiction, mémoire et relecture du passé, écrivains et chercheurs interrogent le pouvoir des mots à réinventer la mémoire collective et ce les 22 et 23 avril, à l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts- Beït al-Hikma.
« L’Histoire à l’épreuve de la littérature tunisienne francophone » ainsi s’intitule ce nouveau rendez-vous que propose Beït al-Hikma et qui tente de lever la voile sur quelques questions culturelles contemporaines et sur d’autres facettes de la création littéraire tunisienne.
Universitaires tunisiens, chercheurs marocains et intervenants entre poètes et romanciers d’ici et d’ailleurs se réunissent pour interroger la manière dont les écrivains revisitent le passé, transforment la mémoire et dialoguent avec l’historiographie à travers la fiction et l’essai. Ainsi, la littérature devient laboratoire de l’Histoire, et la gardienne de la mémoire.
Ce colloque entend explorer les multiples croisements entre écriture littéraire et récit historique, en examinant comment les œuvres francophones tunisiennes questionnent les archives et dépoussièrent les événements. Entre mémoire intime et mémoire collective, les communications analyseront les formes de réécriture du passé et les enjeux identitaires qui traversent cette production.
Parmi les auteurs dont l’œuvre servira de point de départ figure Colette Fellous, notamment avec son livre « Aujourd’hui », dans lequel elle a abordé le 5 juin 1967, jour du déclenchement de la guerre des Six Jours, événement charnière de l’histoire contemporaine et tournant majeur dans la vie de l’écrivaine et éditrice.
D’autres interventions porteront sur l’écriture de Abdelwahab Meddeb, sur l’autobiographie communautaire d’Albert Memmi ou encore sur la représentation de Tunis dans Ville sans mémoire d’Ali Bécheur.
Mémoire et identité au cœur des débats
La première journée mettra en lumière la diversité des approches critiques : témoignage d’écriture avec le poète Tahar Bekri, réflexion sur la tunisianité au prisme de la maghrébinité, ou encore lecture des récits contemporains à travers l’œuvre de Majid El-Houssi. Intervenant en visioconférence, Tahar Bekri partagera avec l’assistance des fragments de son expérience poétique. Poète et universitaire tunisien installé en France, figure majeure de la poésie francophone, son œuvre marquée par l’exil, la mémoire et le dialogue des cultures explore les liens entre identité, histoire et liberté. Les échanges lors de cette première journée porteront également sur l’évolution du roman tunisien francophone et sur les relations entre crises historiques et genèse littéraire.
Plusieurs interventions s’intéresseront aux représentations historiques dans la fiction, notamment celles d’Azza Filali, dont les récits interrogent les « vies minuscules » à l’ombre des grands récits nationaux, ou encore aux écritures féminines et à la mémoire collective.
La seconde journée portera tentera d’apporte des éclairages sur les rapports entre littérature et engagement politique. Des récits du groupe Perspectives, ainsi que la représentation de Habib Bourguiba et de son régime dans la littérature francophone débattront les conférenciers.
L’œuvre de Gilbert Naccache fera l’objet d’une analyse consacrée à la manière dont l’écriture autobiographique peut raconter la lutte personnelle à travers l’histoire nationale. Les regards se tourneront également vers la Tunisie post-2011, avec une réflexion sur l’émergence d’une nouvelle sensibilité littéraire et cinématographique.
Les travaux se clôtureront par un débat général, prolongeant une interrogation essentielle : comment la littérature réinvente-t-elle notre rapport au passé et participe-t-elle à la construction du récit national ? L’écrivain n’est-il pas, à sa manière, historien, sociologue et même archéologue, explorant le passé pour le restituer autrement, en jouant avec les mots, les rythmes et la puissance de l’imaginaire ? A méditer !
Imen. A.

