Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Issu de la fonction publique, le nouveau bureau exécutif de l’UGTT a la lourde responsabilité d’assurer aussi bien ses partisans que ses adversaires.
En déclarant que «la priorité de son bureau sera axée sur la reprise du dialogue social avec le gouvernement », le nouveau secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Salah Eddine Salmi, tend là, et ce selon les observateurs, la main au pouvoir dans une tentative de briser la froideur qui a marqué les relations entre les deux parties durant ces dernières années.
Commentant cette déclaration, l’universitaire Salem Chérif estime qu’«il n’est pas possible de continuer dans une situation de rupture avec le gouvernement et de blocage du dialogue social », insistant sur le fait que «la Tunisie a besoin d’un véritable dialogue social au service de l’intérêt du pays et des travailleurs».
C’est d’ailleurs là la volonté du nouveau secrétaire général qui a précisé que « l’organisation prendra l’initiative de contacter le gouvernement afin de tenir une réunion ouvrant la voie aux négociations sur les différents dossiers en suspens, «les problèmes en suspens ne peuvent être résolus que par le dialogue », a-t-il indiqué. Et d’ajouter : « L’Union entame cette étape avec une volonté d’ouverture au dialogue avec toutes les parties ».
Cela étant, plusieurs chantiers attend le nouveau bureau exécutif qui tend également à rassurer la base syndicale, notamment au niveau des états financiers de la Centrale syndicale. Selon Salmi : « Parler d’un déficit financier au sein de l’organisation est prématuré, amis cette question sera soulevée lors des prochaines réunions du nouveau bureau exécutif », assurant que «le volet financier sera traité de manière transparente dans le cadre du renforcement de la bonne gouvernance au sein de l’organisation»…
A la recherche d’une confiance perdue …
Entre la pression du gouvernement et celle de sa propre base, l’organisation syndicale est appelée à composer avec une situation très sensible et selon l’universitaire et juriste Salem Cherif : « Les principaux défis auxquels est confrontée la nouvelle direction de l’Union incluent, premièrement, la reconstruction de la confiance avec sa base, et, deuxièmement, le rétablissement de la confiance entre l’Union et l’ensemble des Tunisiens tout en envoyant des messages apaisants au pouvoir en place ».
Pour notre interlocuteur : « Le congrès de Monastir a suscité un certain espoir après que l’Union a atteint un niveau sans précédant de déclin, de fragmentation et de conflits internes, en plus d’une faiblesse structurelle qui faisait craindre l’explosion de cette organisation historique. Il faut savoir que l’image de l’Union générale tunisienne du travail en général s’est détériorée jusqu’à atteindre une véritable crise de confiance. En effet, de nombreux Tunisiens ne croient plus à l’utilité de l’action syndicale.
Du coup, l’Union a besoin de relever le défi et de rechercher une approche qui lui permettrait de rouvrir les canaux de dialogue avec le pouvoir exécutif». Et d’ajouter : «Le fossé entre l’Union et le pouvoir en place dans son ensemble est devenu profond au point de frôler la rupture définitive. Cela impose à l’Union de chercher des mécanismes, une vision, une méthodologie spécifique ainsi qu’un nouveau discours syndical conciliant le dialogue avec le pouvoir et la préservation de son indépendance.
Par conséquent, la reconstruction de l’Union pourrait offrir aux syndicalistes l’opportunité de former une organisation influente et en mesure de pousser le pouvoir à reconnaître l’importance de l’action syndicale et de l’existence d’une organisation nationale à la taille et à l’histoire de l’UGTT sur l’échiquier national. Cela ne peut se faire qu’avec une centrale syndicale forte et unie ».
À l’aube d’une nouvelle étape, l’Union générale tunisienne du travail joue une carte décisif : renouer le dialogue sans renoncer à son indépendance. Sous l’impulsion de Salah Eddine Salmi, l’organisation semble vouloir rompre avec les tensions passées et réinvestir le terrain du compromis. Mais au-delà des déclarations d’intention, le véritable défi reste celui de la confiance, une confiance érodée tant auprès de sa base que de l’opinion publique.
La transparence financière, la cohésion interne et la capacité à porter un discours syndical crédible seront déterminantes. Car il ne s’agit plus seulement de négocier avec le pouvoir, mais de redonner du sens à l’action syndicale dans un contexte de désillusion généralisée. Si cette reconstruction réussit, l’UGTT peut redevenir un acteur incontournable. Dans le cas contraire, elle risque de voir s’accentuer son recul sur la scène nationale.
M.B.S.M.

