Par Hassan GHEDIRI
Les changements climatiques qui bouleversent le calendrier agricole en Tunisie peuvent favoriser la propagation à une plus grande échelle des maladies agricoles…
Quand les hivers se font de plus en plus doux et les saisons estivales se prolongent, les agriculteurs redoublent de vigilance parce que c’est le climat idéal pour la prolifération des ravageurs et la multiplication des foyers de certains types de parasites capables de faire des dommages très significatifs dans leurs cultures. C’est dans la céréaliculture que la prudence est aujourd’hui de mise en Tunisie, parce que, d’après les autorités compétentes, la rouille jaune du blé a fait son apparition en ce début de mars dans plusieurs parcelles au nord du pays.
Les pluies particulièrement abondantes enregistrées le mois dernier, notamment au nord-ouest qui abrite les principaux bassins de céréaliculture où les quantités ont dépassé largement la moyenne de la saison, suivies d’une hausse sensible des températures semblent avoir été très propices à l’émergence du champignon.
Généralement, la rouille brune est une maladie qui apparaît assez tardivement au printemps, mais cette année, suite à l'hiver particulièrement doux, elle est déjà présente dans de très nombreuses parcelles. Elle peut provoquer d'importants dégâts si elle est mal contrôlée. Dans les régions où le champignon apparaît plus fréquemment, il est toujours recommandé de surveiller les variétés sensibles à cette maladie pour intervenir au bon moment.
Les changements climatiques qui commencent à bouleverser les calendriers de semis, et par ricochet les programmes de prévention phytosanitaire, favorisent une montée en puissance des maladies dans les champs du blé.
Dans le communiqué diffusé mercredi faisant état de la détection des premiers foyers de la rouille jaune dans plusieurs exploitations de blé au nord du pays, le ministère de l’Agriculture met l’accent sur la virulence très particulière de cette maladie marquée par sa diffusion rapide et endémique.
Depuis certains jours, plusieurs agriculteurs céréaliers à Béja, Bizerte, Jendouba et Siliana auraient en effet constaté des jaunissements sur leurs parcelles de blé et triticale. La présence du champignon Puccinia striiformis, puisque c’est de lui qu’il s’agit, plus connu par la rouille jaune, demeure pour le moment sporadique, selon les constatations préliminaires. Le problème est qu’il se concentre dans les principales zones de production céréalières du pays.
Ce qui n’est pas sans conséquence pour l’ensemble des parcelles touchées et donc pour une grande partie de la production nationale du blé, si l’on manque à réagir avec les moyens de lutte les plus efficaces. Le champignon qui bloque la photosynthèse de la plante peut en effet provoquer des pertes significatives de rendement de plus de 50%.
Menace et ambitions
Le champignon, dont la particularité est de s’attaquer au système foliaire par le bas avant de contaminer les étages supérieurs de la plante, se présente sous forme de boutons allongés de couleur jaune-orangée, organisés de façon linéaire sur la face supérieure des feuilles.
Il faut dire que les autorités chargées des productions agricoles misent sur la campagne céréalière 2025/2026 pour réduire un tant soit peu les dépenses de l’importation. Avec la montée de tension et les incertitudes qui planent désormais sur le commerce international et les chaines d’approvisionnement des produits énergétiques sur fond de la guerre déclenchée au Moyen-Orient, les marchés de produits agricoles se trouvent également exposés à des risques logistiques majeurs.
Il est important de souligner que dans les projections officielles du budget de 2026, le gouvernement table sur une production d'environ 18 millions de quintaux de céréales pour la prochaine campagne, après la saison écoulée qui a été particulièrement réussie avec une récolte d’environ 20 millions de quintaux, soit le triple de la récolte catastrophique de 2024, portée par une pluviométrie exceptionnellement bien répartie. Pour ce faire, un peu plus de 1 million d'hectares ont été programmés à l'emblavement sur l'ensemble du territoire national, dont 854 mille hectares dans les bassins céréaliers du nord du pays et quelque 301 mille hectares au centre et au sud.
Ces objectifs sont motivés par la volonté de réduire la lourde facture des importations. Car le déséquilibre reste structurel et préoccupant. La Tunisie importe, bon an mal an, une moyenne de 20 millions de quintaux de céréales alors que la production nationale ne couvre qu'environ 60% des besoins totaux du pays, estimés à 30 millions de quintaux.
Cette dépendance représente une véritable hémorragie de devises, puisque la facture des importations et de subventions des céréales se chiffre chaque année à plusieurs milliards de dinars, malgré la baisse des cours mondiaux. C’est pour toutes ces raisons que la rouille jaune qui fait son apparition dans les grandes zones de production représente un nouveau défi qu’il ne faut absolument pas prendre à la légère.
H.G.


