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L’Énigme de la crucifixion en Égypte antique : Le Coran face à l’histoire

 Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

L’histoire des civilisations est souvent un champ de bataille entre les textes sacrés et les découvertes archéologiques. L’une des polémiques les plus vives concerne la pratique de la crucifixion en Égypte ancienne, à l’époque du prophète Joseph (Yusuf).

Longtemps, les sceptiques ont pointé du doigt ce qu’ils considéraient comme un anachronisme majeur dans le Coran : l’usage du terme "crucifixion" plus d'un millénaire avant l’invention de la croix romaine.

Pourtant, les avancées récentes de l’égyptologie et une analyse sémantique rigoureuse renversent aujourd’hui cette perspective, révélant une précision historique insoupçonnée du texte coranique. L’argument classique contre l’historicité du récit coranique repose sur une chronologie rigide.

Les historiens s’accordent généralement pour dire que la crucifixion, telle que nous la connaissons avec la croix de bois (crux), a été popularisée par les Perses, puis adoptée par Alexandre le Grand et perfectionnée par les Romains autour du IVe siècle avant J.-C.

Joseph ayant vécu, selon les estimations bibliques et historiques, sous le Moyen Empire ou au début du Nouvel Empire égyptien (soit entre 1800 et 1500 avant J.-C.), l’idée qu’il puisse prédire à un codétenu qu’il sera "crucifié" (Coran 12:41) semblait impossible. Pour les détracteurs, le rédacteur du Coran aurait simplement projeté une méthode d’exécution de son propre temps sur une époque révolue.

C’est ici que la précision du langage intervient. Le Coran utilise le verbe salaba (صلب). Bien que traduit par "crucifier" dans les langues modernes, la racine linguistique arabe renvoie à l’action de fixer, de rigidifier ou de lier un corps à un support vertical, qu'il s'agisse d'un tronc d'arbre, d'un poteau ou d'une croix.

L'étude The History and Pathology of Crucifixion publiée par la National Library of Medicine rappelle que les formes primitives de ce supplice consistaient à attacher ou à empaler la victime sur un pieu. Contrairement à la Bible (Genèse 40:19) qui parle de "pendre à un bois", le Coran emploie un terme qui décrit spécifiquement le corps fixé et exposé en hauteur : "L'un de vous sera crucifié, et les oiseaux mangeront de sa tête" (Coran 12:41). Cette description est cliniquement exacte pour une exposition sur un poteau d'exécution.

L'égyptologie moderne a confirmé que Pharaon ne se contentait pas de simples exécutions. Pour les crimes de haute trahison ou les offenses envers la royauté, les Égyptiens pratiquaient l'empalement et l'exposition du corps.

Des documents comme le Papyrus Abbott ou les inscriptions de l'époque ramesside font état de criminels "mis sur le bois". Plus fascinant encore, des représentations murales dans des tombes de hauts dignitaires montrent des condamnés dont le corps est transpercé par un pieu vertical, le corps restant ainsi dressé face au public. Ce n'est pas la croix en "T" de Spartacus, mais c'est bien une "fixation sur poteau" — le sens originel du mot utilisé dans le Coran.

Un "miracle historique" ?

Le titre donné à Pharaon dans la sourate Al-Fajr, "Pharaon des pieux" (Dhul-Awtad, Coran 89:10), prend alors tout son sens. Loin d'être une métaphore obscure, les exégètes modernes suggèrent que cela fait référence aux poteaux de torture et d'exécution qui étaient les piliers de son système de terreur et de justice.

Ce qui était perçu comme une erreur scientifique devient, pour de nombreux chercheurs, une preuve de l'exactitude du texte. À une époque (le VIIe siècle) où les hiéroglyphes étaient une langue morte et les archives de l'Égypte pharaonique enfouies sous le sable, comment un texte pouvait-il distinguer les méthodes punitives spécifiques à l'Égypte antique de celles de la Rome antique ?

Le Coran ne décrit pas une croix romaine, mais une pratique d'exposition verticale propre au système judiciaire des pharaons. Cette subtilité historique, confirmée par les travaux de la National Library of Medicine et les découvertes archéologiques sur les méthodes de supplice assyriennes et égyptiennes, suggère que le récit ne s'inspire pas de légendes contemporaines, mais rapporte des faits en adéquation avec la réalité archéologique.

La science ne vient pas ici contredire le sacré, mais l'éclairer. En distinguant la forme du supplice (le poteau/pieu) de l'instrument plus tardif (la croix), le Coran s'aligne sur les découvertes récentes de l'égyptologie. L'image de Pharaon régnant par les "pieux" et la vision prophétique de Joseph concernant le condamné dont la tête est dévorée par les oiseaux constituent des descriptions techniques que seule l'archéologie moderne a pu pleinement valider.

M.B.S.M.

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