Blottie au pied des remparts ocre de la Kasbah, la mosquée de Sidi Bou Makhlouf, le Saint protecteur d’El Kef, réalise dans le domaine de l’architecture religieuse, une composition harmonieuse de trois coupoles de taille et de forme différente, d’un très élégant minaret octogonal revêtu, en partie, de petits carreaux de céramique émaillée émanant d’un monument dont le volume et la décoration extérieure restent sobres et modestes.
L’entrée principale s’ouvre, à l’Ouest, par une grande porte traditionnelle en bois ouvragé, à double battant, surmontée d’un arc plein cintre. Puis, un petit vestibule rassemble la porte du minaret et celle réservée aux femmes. Il ouvre sur la cour dans laquelle, se trouve le minaret, un petit portique et une entrée, sans doute originelle – qui donne sur la grande salle. Elle est surmontée d’une coupole majestueuse soutenue par une double arcade plein cintre reposant sur des colonnes antiques remployées.
Deux nefs latérales couvertes de voûtes d’arête encadrent cette grande salle. Celle de droite est fermée par un mihrab. Celle de gauche, permet aux femmes d’accéder directement à la Tourba. En face de la porte d’entrée, un grand arc a été aménagé et fermé à mi-hauteur par une claustra en bois.
Rompant avec l’austérité extérieure, la décoration intérieure est remarquablement belle et riche. Tous les murs sont tapissés de petits carreaux de faïence polychrome aux motifs décoratifs très variés.
Le haut des murs et particulièrement la coupole sont revêtus de stucs très fi nement ouvragés, comportant des petits points peints en rouge qui « illuminent » l’ensemble blanc. Les petites fenêtres de la base et du tambour de la coupole sont dotées de vitraux qui filtrent et colorent la lumière du jour.
Derrière cette salle, au-delà de la claustra de bois, deux salles, à la décoration plus dépouillée, sont réservées à la Tourba de Sidi Abdallah Bou Makhlouf, et de ses deux frères dont les riches catafalques retiennent l’attention. Différents Cheikhs qui ont dirigé successivement la confrérie sont aussi inhumés dans cette « tourba ».
Cette mosquée et la zaouïa attenante ont été le siège de la confrérie des Aïssaouis, fondée au XVIème siècle. Ces lieux servaient jusqu’à une date récente, aux réunions de la Aïssaouia. La zaouïa, en particulier, a été pendant longtemps, un véritable conservatoire de la musique traditionnelle, dont le malouf d’origine andalouse. Actuellement, le monument ne reçoit plus guère que les visites de femmes pieuses alors qu’il est un des joyaux architecturaux d’El Kef et de sa région.

