Les données personnelles comprenant des photos de carte d’identité nationale, des diplômes de baccalauréat ainsi que des dizaines de milliers de fichiers officiels avaient été dérobés par un groupe de hackers informatiques qui a réussi à pirater ce qui est supposé former le réseau universitaire national unifié en Tunisie. L’attaque avait, semble-t-il, permis aux cybercriminels, de prendre contrôle des bases de données, des informations de connexions et de gigantesques quantités de données estudiantines. L’incident, qui n’a été ni démenti ni confirmé par les autorités concernées, plus de vingt-quatre heures après la divulgation sur le web de milliers de données personnelles d’étudiants tunisiens, suscite, depuis mardi 8 juillet, l’étonnement des milliers d’internautes sur les réseaux sociaux. La page Facebook du ministère de l’Enseignement supérieur qui, entre temps, a continué à communiquer des informations routinières, s’est fait carrément bombarder par les commentaires des internautes indignés par la vulnérabilité des données des étudiants et le manque de réaction de l’autorité de tutelle. D’après un message publié sur son canal Telegram, les hackers, opérant au sein d’un groupe dénommé ‘Dark07x’ et qui ont revendiqué l’attaque, ont pris possession d’un fichier contenant plus de 150 mille documents officiels.
Cette cyberattaque orchestrée par des hackers étrangers contre des sites web officiels tunisiens est loin d’être un cas isolé. Dans un article publié le 3 juin 2025 sur le site web de la chaine qatarie Al Jazeera, l’on peut lire que ce groupe de pirates se faisant appeler Dark07x avait mené de nombreuses cyberattaques contre des cibles formées, entre autres, de sites gouvernementaux et de systèmes informatiques des institutions financières. Un spécialiste de cybersécurité cité par Al Jazeera a estimé à plus de 80 sites tunisiens à avoir été piratés par le hackers de Dark07x au cours de ces derniers mois. Les autorités, qui tardent toujours à se prononcer sur ce très grave incident cybernétique et de justifier les failles ayant facilité cette offensive, doivent admettre les anomalies parce que déjà les données de milliers d’étudiants tunisiens sont étalées gratuitement sur le web.
Cet incident met à nu la nonchalance et la maladresse avec laquelle sont gérées les systèmes informatiques dans la quasi majorité des institutions publiques. Il est en effet absurde que l’Etat continue à sous-investir dans la cybersécurité malgré l’adoption, depuis cinq ans, de ce qui est censé être une stratégie nationale de cybersécurité. Dans le monde, aujourd’hui, les attaques contre les systèmes informatiques sont devenues une menace qui pèse lourdement sur la souveraineté et la sécurité des pays. L’ampleur de cette menace est telle qu’on fait de la cyberdéfense et la protection des systèmes d’information une priorité nationale portée au plus haut niveau de l’Etat. Une approche dans laquelle les politiques de défense prévoient des actions et allouent des financements qui permettent une meilleure protection des systèmes d’information dans toutes les structures publiques et des ministères. Ceci implique le renforcement de la sensibilisation à tous les niveaux et le développement des capacités de veille et d'analyse pour une détection efficace des attaques en dotant les spécialistes de la cybersécurité par les moyens et les prérogatives appropriés. Mais pour le cas de la Tunisie, et selon le témoignage de plusieurs experts du domaine qui se confrontent tous les jours au manque flagrant et alarmant de conscience quant aux enjeux que représente la cybersécurité pour la souveraineté du pays, le pire reste à venir. Parce que, comme il nous l’a confié un expert, l’Etat qui prétend posséder une stratégie nationale de cybersécurité, n’a pas dépassé le stade de l’expression des bonnes intentions. Dans ladite stratégie, on a en effet omis de fixer des objectifs chiffrés, de prévoir les ressources matérielles, c’est-à-dire les financements, et humaines, c’est-à-dire la formation des ingénieurs spécialisés et la mise à leur disposition des moyens nécessaires pour accomplir leur tâche. Les bonnes intentions, seules, peuvent parfois conduire aux pires résultats.
H.G.