L’Organisation mondiale de la santé espère voir la communauté internationale agir plus drastiquement contre les causes majeures de morbidité dans le monde. Pour ce faire, l’agence onusienne a lancé, la semaine dernière, une initiative internationale destinée à encourager les pays membres à prendre des mesures dissuasives pour juguler la prévalence des maladies chroniques associées à la consommation de produits nocifs. Mardi 2 juillet 2025, l’ambitieuse initiative baptisée « 3 by 35 » a été officiellement dévoilée. Elle consiste à réduire considérablement la consommation de trois produits identifiés comme étant devenus les principaux contributeurs aux maladies aujourd’hui responsables du plus grand nombre de décès et de cas d’invalidité dans le monde : le tabac, l’alcool et le sucre. L’initiative appelle les États à déployer un effort audacieux, en augmentant significativement les prix de ces produits, d’au moins 50 %, afin de réduire leur consommation. Selon l’OMS, une telle augmentation permettrait de sauver près de 50 millions de vies au cours des 50 prochaines années.
Depuis des années, les maladies chroniques sont considérées comme la première cause de décès dans le monde, avec 71% des décès. En Tunisie, ce taux atteint un niveau dramatique: 86% des décès sont imputables à ces maladies. D’après l’OMS, les principaux facteurs de risque sont aujourd’hui clairement identifiés: l’hypertension, le tabagisme et l’hyperglycémie, autrement dit un taux de sucre trop élevé dans le sang. Dans le cas tunisien, les données sont alarmantes. Les statistiques révèlent que 70% des personnes victimes d’une crise cardiaque sont des fumeurs, 40 % souffrent d’hypertension artérielle et 35% sont atteintes de diabète. Le coût de ces maladies ne cesse de croître, avec une prise en charge médicale de plus en plus compliquée, nécessitant des investissements faramineux dans les moyens matériels et humains.
Mais ce fardeau financier s’abat sur un système de santé au bord de l’effondrement. En Tunisie, le secteur est au bout du souffle : manque criant de financement, fuite hémorragique des médecins et du personnel paramédical vers l’étranger, et un système d’assurance maladie incapable de budgétiser la prise en charge des maladies chroniques. Les chiffres relatifs à cette prise en charge font froid dans le dos. L’évolution inquiétante des dépenses de la CNAM, ainsi que l’augmentation constante du nombre de bénéficiaires pour des affections nécessitant une prise en charge intégrale devraient inciter les autorités à repenser radicalement leurs politiques de santé.
Un document de recherche publié en 2020 par l’Observatoire de la francophonie économique sur les maladies chroniques et les dépenses de la CNAM en Tunisie le confirme : les maladies identifiées par l’OMS comme principales causes de décès consomment aujourd’hui plus de 80 % des fonds alloués à l’assurance maladie. Face à cette spirale, il est devenu impératif de s’attaquer résolument aux causes des maladies chroniques. En rejoignant l’initiative «3 by 35», notre pays pourrait faire d’une pierre plusieurs coups : réduire la morbidité liée à la consommation nocive, désengorger les structures de soins, contenir l’explosion des dépenses de la CNAM et, surtout, réorienter les ressources disponibles vers des investissements utiles et durables dans le secteur de la santé. Voilà les principaux traits d’une vraie politique de santé nationale socialement responsable et économiquement cohérente.
H.G.