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Editorial : Le respect, condition sine qua non de relations durables …

Par Chokri Baccouche

Les relations entre la Tunisie et l’Union européenne sont marquées, ces derniers jours, par des tensions exacerbées qui ne sont pas près, apparemment, de s’estomper de sitôt. On peut même dire que les deux parties sont en pleine lune de fiel et jusqu’au cou si l’on en juge par la fréquence des incidents… diplomatiques survenus au courant de cette semaine.

Tout a commencé, rappelons-le, par la convocation par la présidence de la République de l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie. Reçu au Palais de Carthage par Kaïs Saïed, Giuseppe Perroni s’est vu signifier une protestation officielle et ferme pour avoir fait preuve d’un comportement jugé contraire aux usages diplomatiques.

On reproche au diplomate européen son « non-respect des règles diplomatiques » et ce, pour avoir rencontré des figures de l’opposition et de la société civile dont notamment le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Tabboubi. A Carthage, ces rencontres ont été perçues comme une ingérence flagrante et inacceptable dans les affaires intérieures de la Tunisie.

La réaction de l’Union européenne ne s’est pas fait attendre. Elle est intervenue peu de temps après par la voix de son porte-parole Anouar el-Anouni. Ce dernier a précisé que les ambassadeurs européens dialoguent naturellement « avec un large éventail d’acteurs » dans leurs pays d’accueil, y compris les syndicats, la société civile et les organisations professionnelles.

Ces contacts, précise-t-il, font partie intégrante des usages diplomatiques internationaux. Ceux qui avaient pensé que l’affaire allait s’estomper et s’arrêter à ce niveau en ont eu finalement pour leurs frais.

Contre toute attente, le Parlement européen a déterré en effet de plus belle la hache de guerre, en adoptant avec une majorité assez confortable une résolution particulièrement sévère demandant la libération immédiate de l’avocate Sonia Dahmani, dénonçant les procès fondés sur le décret-loi 54, et appelant à la fin des poursuites visant journalistes, opposants et défenseurs des droits.

La contre-offensive de la Présidence tunisienne est intervenue au soir de la même journée de jeudi dernier. La réplique de Kaïs Saïed a été tout aussi ferme et sans concession. Tout en fustigeant le Parlement européen, le chef de l’Etat a accusé cette instance d’ingérence dans les affaires intérieures de la Tunisie, tout en réaffirmant que notre pays, dont la souveraineté est non négociable, n’a de leçon à recevoir de personne.

Jeudi dernier, c’est au tour du ministre tunisien des Affaires étrangères de rajouter une bonne couche à cette affaire. Sur instruction de Kaïs Saïed, Mohamed Ali Nafti a reçu,  en effet, au siège de son département,  l’ambassadrice du Royaume des Pays-Bas en Tunisie, Joséphine Frantzen, pour lui transmettre une protestation ferme en raison de son non-respect des règles du travail diplomatique.

Le ministre a également « exhorté » l’ambassadrice à « respecter les usages diplomatiques et à s’abstenir de toute forme d’ingérence dans les affaires intérieures de la Tunisie ».

Bref, on peut dire que les relations entre  Tunis et Bruxelles ont vécu une semaine inédite de tensions accrues où les remontrances le disputent aux remises à l’ordre sur fond d’un bras-de-fer politico-diplomatique jamais connu auparavant.

L’escalade est à l’ordre du jour apparemment entre une Europe piquée au vif et qui n’a pas du tout digéré la savonnade subie par ses diplomates et une présidence tunisienne, toujours droit dans ses bottes quand il s’agit de défendre bec et ongles et sans concession la souveraineté nationale et qui refuse toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Tunisie.

La question qui se pose est de savoir dans quelle mesure les diplomates européens ont-ils outrepassé les limites que leur confère le cadre légal de leurs activités dans le pays hôte conformément aux dispositions fixées par les accords internationaux ?

La Convention de Genève nous apprend à cet effet qu’un diplomate étranger a le droit de contacter la société civile du pays hôte sans nécessairement se référer aux autorités locales, bien que cela doive se faire dans le respect des lois du pays d’accueil ».

Autrement dit, les chefs de missions diplomatiques ont la latitude de prendre attache avec la société civile mais sont tenus, dans le même temps, de respecter les lois et les règlements de l’Etat accréditaire et à ce titre, on peut dire que la Présidence tunisienne n’est pas dans le tort.

On se demande du coup pourquoi l‘affaire a pris une telle envergure alors qu’elle aurait pu être résolue de manière plus soft sans que l’on soit amené, d’un côté comme de l’autre, à faire monter inutilement les enchères. Dans cette navrante affaire, on peut dire qu’il y a trop d’ego froissés surtout de la part de l’Union européenne qui, faute et lieu d’opter pour l’apaisement et la retenue, a choisi l’escalade.

On ignore si cela est dû à un certain ascendant psychologique autoproclamé et imposé par les dirigeants européens, fondé sur une réalité économique qui veut que l’Union européenne est le principal partenaire économique et le premier investisseur étranger en Tunisie.

Et à ce titre, ses représentants dans le pays hôte ont le droit de se comporter et d’agir comme bon leur semble. Cette vision des choses est  bien évidemment discutable et c’est ce qui explique justement la réaction souverainiste des autorités tunisiennes qui ont assimilé ce fait accompli à une ingérence, moralement incorrecte et politiquement inacceptable.

Les relations entre la Tunisie et l’Union européenne ne datent pas d’hier. Tout au long des dernières décennies, elles ont connu des hauts et des bas. Il importe aujourd’hui de lever les équivoques afin de rétablir la confiance entre les deux parties et jeter les bases de relations pérennes qui doivent être fondées nécessairement sur le respect mutuel et non point bâties sur les « résidus colonialistes et surannés », d’une époque révolue.

Il y va de l’intérêt de tous les pays des deux rives de Mare Nostrum, cette Méditerranée berceau des civilisations et espace privilégié d’un probable destin commun pour tous les peuples de la région, à l’heure des bouleversements géopolitiques planétaires…

C.B.

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