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Editorial : Croisons les doigts et espérons… - Par Hassan GHEDIRI

Au regard du nouveau retournement de la situation au Moyen-Orient où la tension a remonté d’un cran le week-end dernier après l’échec des pourparlers entre les USA et l’Iran qui étaient à deux doit parvenir à un accord, nul ne sait désormais ce qu’il va advenir du cessez-le-feu qui doit expirer le 22 avril.

Le supposé espoir d’un arrêt définitif et irrévocable des hostilités n’était donc qu’un mirage alors que le soulagement ressenti dans les marchés mondiaux et qui n’a duré que quelques heures, laisse place à la méfiance alors que l’angoisse s’empare de nouveau des chaines d’approvisionnement.

Il est en effet devenu quasi-impossible, aujourd’hui, de prédire les conséquences de cette guerre sur les économies des pays, mais ce qui est sûr, c’est que chacun pourra très bientôt en mesurer les répercussions. Surtout que la situation sur le front énergétique demeurera particulièrement tendue après les destructions des infrastructures empêchent tout espoir de retour rapide à la normale.

Le baril de pétrole qui a montré des signes de fléchissement depuis l’annonce, mardi dernier d’un cessez-le-feu de deux semaines, a brusquement remonté au-dessus de la barre de 100 dollars, dimanche.

L’on peut affirmer qu’il n’avait pas réellement une volonté ferme de faire taire les armes et que les jeux sont encore loin d’être faits. L’échec des négociations entre les Etats-Unis et les Iraniens est de quoi provoquer de l’angoisse et le désespoir parce qu’il remet au grand jour des scénarios cauchemardesques qui hantent les économies en difficultés.

Le Fond monétaire international qui doit publier, aujourd’hui, mardi 14 avril une version actualisée de son rapport sur l’état de l’économie mondiale, estime déjà que la guerre au Moyen-Orient va peser durablement sur l’économie mondiale.

Dans un premier constat que l’institution de Bretton Woods a pu d’ores et déjà établir, l’on estime qu’environ 45 millions de personnes, soit quatre fois la population tunisienne, plongeront dans l’insécurité alimentaire à cause du conflit.

Le FMI qui dit anticiper une demande supplémentaire de soutien de la part des pays membres pouvant attendre les 50 milliards de dollars en cas d’un cessez-le-feu durable va devoir réviser ces financements à la hausse pour faire face à un conflit plus prolongé. Le Fonds pense, par ailleurs que la situation aurait été pire pour les économies émergentes ayant manqué de mettre en œuvre des politiques solides pour faire face aux chocs liés à la guerre au Moyen-Orient.

La Tunisie qui a choisi de rompre avec l’institution monétaire depuis bientôt plus de deux ans, ne sera logiquement pas concernée par les soutiens destinés à amortir le choc de la guerre sur les économies fragiles. Pour toutes les considérations que tout le monde est censé connaitre, un éventuel effondrement des chaines d’approvisionnement laissera donc des séquelles incicatrisables dans les équilibres économiques et financiers de notre pays.

Il faut attendre la publication dans les prochaines semaines des statistiques actualisés pour jauger les effets de la guerre sur l’économie tunisienne. L’Etat tunisien qui a clairement exprimé son refus des recettes du FMI pour faire sortir du marasme économique, a d’emblée déclaré vouloir voler de ses propres ailes.

« Des politiques solides » pour rétablir les équilibres et amortir les chocs économiques extérieurs, « sans lesquelles la situation aurait pu être pire » pour les économies émergentes, pour reprendre les termes du FMI, le gouvernement tunisien croit en avoir déjà mis en œuvre. Reste maintenant à juger de leur fiabilité.

Ce ne sera qu’à partir de l’été prochain que l’on doit normalement commencer à récolter les fruits de l’austérité imposée aux importateurs dans le but de combler un tant soit peu le déficit de la balance commerciale.

Dans son bulletin mensuel sur le commerce extérieur publié avant-hier 12 avril 2026, l’INS a fait état d’un creusement supplémentaire du déficit global de la balance commerciale au cours du premier trimestre de 2026 qui s’est établi fin mars à 5,2 milliards de dinars.

Le durcissement des conditions de financement des importations par le biais de la circulaire n°2026-04 qui a pris effet le 26 mars dernier est censé juguler l’importation des produits dits « non prioritaires » et « non essentiels » pour réduire le déficit commercial et préserver les réserves de devises.

L’impact attendu et souhaité de cette restriction (si impact y a), ne sera perceptible et quantifiable que dans la deuxième moitié de l’année. D’ici là croisons les doigts et espérons…

H.G.

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