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"Gabès Cinéma Fen" : Raconter pour ne pas disparaître

Par Imen ABDERRAHMANI

Du 26 avril au 2 mai 2026, Gabès Cinéma Fen transformera la ville en carrefour de création et de réflexion, s’affirmant comme une forme de résistance culturelle où l’image devient un acte de mémoire, de dialogue et d’avenir.

Le coup d’envoi sera donné le 26 avril au Complexe culturel Mohamed Bardi avec le ciné-concert « Palestine : Une nouvelle narration », présenté pour la première fois en Tunisie par la compositrice libanaise Cynthia Zaven. Conçu avec la sound designer Rana Eid et sous le commissariat de Rabih El-Khoury, le projet revisite des images filmées entre 1914 et 1918, conservées par les "Imperial War Museums".

Commandée à l’origine par ALFILM, l’œuvre ouvre le festival sous le signe de la mémoire et de la relecture des récits historiques. S'agissant des compétitions, la sélection de longs- métrages arabes propose une traversée sensible des réalités contemporaines, entre récits personnels et bouleversements politiques.

Dans "The President’s Cake", Hassan Hadi suit les aventures d'une enfant, à la recherche de la farine, des œufs et du sucre pour préparer un cake, commandé par son instituteur pour la célébration de l'anniversaire du président. Dans "All That’s Left of You", Cherien Dabis suit le destin d’une famille originaire de Yafa contrainte à l’exil après avoir été forcée de quitter sa maison. Lors d’une manifestation contre la colonisation, l’un des enfants est grièvement blessé. Hospitalisé dans un établissement israélien, il est déclaré en état de mort cérébrale.

Face à cette tragédie, la famille envisage le don d’organes, une décision vertigineuse qui les confronte à des dilemmes moraux et politiques profonds, où l’intime se heurte à la réalité du conflit. Le déracinement traverse "Exil" du Tunisien Mehdi Hmili et "Yunan" du Syrien Ameer Fakher Eldin, où les paysages portent les traces d’un monde disloqué. Dans "Un monde fragile et merveilleux", Cyril Aris transforme l’histoire récente du Liban en fresque intime à travers une relation amoureuse qui s’étend sur trois décennies.

Les documentaires prolongent cette exploration du réel. "Khartoum" offre une vision poétique de la capitale soudanaise à travers les rêves de ses habitants. Dans "With Hassan in Gaza", Kamal Aljafari questionne la fabrication des images et notre manière de regarder les conflits. Enfin, "Souraya Mon Amour" de Nicolas Khoury mêle archives et correspondances pour composer une méditation sur la mémoire.

Ouverture internationale 

La section Cinéma Monde accueille "Oh! What Happy Days" de Homayoun Ghanizadeh, "Afternoons of Solitude" de Albert Serra et "Memory" de Vlalena Sandu.

Côté installation, "Qui vit encore" de Nicolas Wadimoff donne la parole à neuf réfugiés de Gaza ayant échappé à l'enfer. Ce film de 1h54, récompensé aux Journées de Soleure, mêle témoignages poignants et rituels théâtraux pour préserver la mémoire collective. le film a été présenté à la précédente édition de Mostra de Venise. 

Le programme de cette édition comporte également une rétrospective rendant hommage à Oliver Laxe, tandis qu’une séance spéciale est consacrée à "The Voice of Hind Rajab "de Kaouther Ben Hania.

La section Ciné-classiques, imaginée par la marraine Hend Sabri, célèbre la version restaurée de "La Noce" de Fadhel Jaziri et "Shafiqa et Metwalli" de Ali Badrakhan.

Quant à la section "Ciné-Promesse", elle met en lumière la jeune création tunisienne avec Dali Jannedi, Youssef Guermazi, Cherifa Benouda et Med Amine Khader.

Écologie et jeune public

La section "Ciné-Terre" aborde les enjeux environnementaux avec Syeyoung Park, Mériol Lehmann et Philippe Allard. dans cet ordre d'idées, l'affiche de cette 8ème édition a été conçue d’après une photo de Hichem Driss, plaçant l’eau au cœur du propos et mettant l'accent sur le lien profond entre l’homme et l’eau. Le souci écologique est toujours au coeur de ce festival.

Raison pour laquelle les organisateurs ont lancé un concours de photographie au profit des jeunes et émergents photographes avec comme thème "mémoire & histoire liée à l’eau", "résistance face à l’inéluctable", ou "l’eau comme récit de vie"...bref, l'eau comme récit de vie. Les enfants auront leur part du gâteau et ce grâce à "Ciné-Kid’z" qui propose aux plus jeunes deux films signés André Kadi et Karine Vézina.

Le programme comporte également un panel intitulé "Construction des corps et urgence d'archive : pour une archéologie du costume dans le cinéma tunisien"  et une exposition exceptionnelle qui met le costume du cinéma tunisien à l’honneur. "Une célébration du savoir- faire, des histoires et des gestes qui font vivre le cinéma", lit-on sur la page facebook du festival.

Au fil de cette programmation, Gabès Cinéma Fen confirme sa singularité : faire du cinéma un espace de création et de résistance, où raconter des histoires revient à affirmer une présence et à réinventer l’avenir. Dans cette ville marquée par les défis environnementaux, l’image devient un geste de persévérance et de liberté.

I.A.

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