Par Imen Abderrahmani
Chaque année, les écoles primaires et les jardins d’enfants célèbrent avec enthousiasme la Journée nationale de l’habit traditionnel. Au programme des festivités : défilés de costumes traditionnels, chants du patrimoine musical tunisien (souvent de Lotfi Bouchnak ou Zied Gharsa), encens, et dégustation de quelques mets typiques. La célébration se déroule dans une ambiance festive et colorée, et chacun repart satisfait, en particulier les parents, souvent fiers de voir leurs enfants habillés comme de « petites princesses » ou de « petits princes ».
Pourtant, derrière cette mise en scène joyeuse, la journée tend parfois à se réduire à un simple événement folklorique.
Instaurée en 1996, cette journée avait pour ambition de renforcer les valeurs d’appartenance identitaire, culturelle et historique, tout en soutenant et valorisant les artisans et les métiers du patrimoine. Mais dans sa forme actuelle, centrée principalement sur l’apparat et la représentation, elle mérite aujourd’hui d’être repensée afin de préserver son sens et d’enrichir son impact éducatif.
Il devient en effet nécessaire de dépasser la seule logique du défilé pour inscrire cette journée dans une véritable démarche pédagogique, en lien direct avec les programmes scolaires. Ceux-ci abordent, à travers les matières de lecture, de compréhension et de production écrite et orale, en arabe comme en français et à différents niveaux, des thématiques liées au patrimoine, à l’artisanat et aux métiers traditionnels. Dès lors, pourquoi ne pas transformer cette célébration en une véritable expérience d’apprentissage active ?
La Journée nationale de l’habit traditionnel pourrait ainsi devenir une occasion privilégiée de découverte du patrimoine vivant, à travers des ateliers pratiques de broderie, de tissage ou de fabrication de bijoux traditionnels. Les élèves pourraient également participer à des visites guidées auprès d’artisans et de maîtres détenteurs de savoir-faire ancestraux, véritables gardiens d’une mémoire vivante.
Ces rencontres permettraient aux enfants de toucher la matière, d’observer les gestes, de poser des questions et de mieux comprendre la valeur du travail artisanal. Ils pourraient également repartir avec de petits objets symboliques, mais surtout avec des souvenirs marquants et des émotions durables. Dans le même temps, ces expériences nourriraient leurs apprentissages scolaires : prise de notes, rédaction de textes descriptifs ou narratifs, expression orale… autant d’exercices concrets et significatifs.
Valoriser un patrimoine, un produit ou un savoir-faire ne peut se limiter à sa mise en scène : cela passe avant tout par sa transmission vivante et sa compréhension.
Ces visites et échanges pourraient également ouvrir des discussions autour de l’histoire de l’habit traditionnel, de la chéchia ou encore de la jebba, tout en permettant aux élèves de mieux appréhender certains aspects des programmes d’histoire et de géographie, notamment ceux liés à l’économie locale, aux médinas et aux métiers traditionnels.
Ainsi repensée, la Journée nationale de l’habit traditionnel ne serait plus seulement une fête de l’apparence, mais deviendrait un véritable outil éducatif, culturel et identitaire, ancré dans le réel et tourné vers la transmission.
Imen. A.

