Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Qui dit fête de l’Aïd El Fitr dit forcément jouets à offrir aux enfants, alors les marchés sont inondés par des différents gadgets qui ne respectent pas tous les normes. D’où viennent ces jouets et quels sont les risques qu’ils représentent ?
Avertis de la présence d’amiante dans certains jouets pour enfants à base de sable, les deux ministères de la Santé et du Commerce et du Développement des exportations recommandent, dans un communiqué rendu public récemment, aux professionnels et aux parents des mesures de précaution au regard des risques pour la santé.
Les deux départements ont ainsi informé les professionnels de la nécessité de suspendre la commercialisation de l’ensemble des jouets à base de sable. Selon le communiqué, cette alerte intervient à la suite d’avertissements sanitaires signalés dans plusieurs pays concernant la présence possible d’amiante, une substance reconnue comme cancérigène lorsqu’elle est inhalée, dans certains jouets composés de sable ou en contenant.
Sont notamment concernés des produits tels que le sable magique, le sable à dessin ou encore le sable de modelage, très répandus parmi les jeux destinés aux enfants.
Par mesure de précaution et afin de prévenir tout risque sanitaire potentiel, les deux ministères appellent les consommateurs à éviter l’achat de ce type de jouets. Ils recommandent également aux parents de cesser immédiatement leur utilisation et de les garder hors de portée des enfants.
Les autorités précisent par ailleurs que les services de contrôle ont déjà entamé des campagnes conjointes d’inspection afin de vérifier la commercialisation de ces produits dans les différents circuits de distribution.
Une source du ministère du Commerce nous a, par ailleurs, informé que les services de contrôle ont mené plusieurs campagnes de sensibilisation, notamment auprès des commerçants homologués et sur le marché parallèle. Selon le site Business news, plus de 18.000 jouets dangereux retirés du marché.
Tout se vend, rien ne se perd …
A cause de leur prix élevé dans le marché réglementé, la majorité des Tunisiens s’approvisionnent en jouets dans le marché parallèle, « tout le monde sait que ces jouets ne respectent pas les normes sanitaires et peuvent même représenter un grand risque pour la santé des enfants. Et pourtant, les Tunisiens n’hésitent pas à acheter ces produits en raison de leurs prix bas », nous dira l’activiste Hanene Ben Hédi.
Et d’ajouter : « Selon une enquête réalisée en 2024 par l’Association de l’éducation environnementale pour les futures générations (AEEFG), l’analyse d’un échantillon de 62 jouets commercialisés en Tunisie a révélé l’existence des concentrations élevées de substances chimiques toxiques pour les jouets achetés sur le marché parallèle, qui sont au-delà des limites autorisées ainsi que la contamination des jouets par des substances toxiques, dont certaines sont interdites et d’autres proviennent du recyclage toxique.
En outre, la plupart des jouets contaminés par les polluants organiques persistants proviennent de la Chine, de la Turquie et de l’Italie. Les auteurs de l’enquête ont recommandé, alors, l’importance de contrôler l’entrée en Tunisie des jouets en plastique, dans la mesure oùils devraient être fabriqués à partir du plastique très contrôlé et sans additifs, car le plastique est un ensemble de substances chimiques ».
Médicalement parlant, « l’exposition aux polluants organiques persistants peut entraîner différents effets sur la santé, tels que des effets sur la croissance, des perturbations hormonales, des troubles de la fertilité, des cancers, des troubles du système immunitaire et des troubles du fonctionnement du foie et des reins », nous apprend le rapport publié par l’association et relayé par l’agence TAP.
A noter également que le marché parallèle des jouets est massif en Tunisie, représentant une part prédominante du secteur informel. Il inonde le marché de produits non conformes aux normes de sécurité, particulièrement lors des fêtes, avec des prix réduits qui attirent les consommateurs. Les saisies douanières régulières illustrent l'ampleur de ce commerce illicite, souvent lié à la contrebande.
À l’approche des fêtes et face à l’afflux de jouets bon marché sur les étals, la vigilance des autorités comme des parents devient donc essentielle. Derrière des gadgets souvent attractifs et accessibles se cachent parfois des substances dangereuses susceptibles d’affecter la santé des plus jeunes.
Si les opérations de contrôle et les retraits du marché constituent un premier rempart, ils ne suffisent pas à eux seuls à endiguer un phénomène largement alimenté par le commerce parallèle. Entre impératif économique et sécurité sanitaire, la question reste posée : comment protéger les enfants tout en assainissant un marché devenu difficile à contrôler ? Une chose est sûre, choisir un jouet ne devrait jamais se faire au détriment de la santé des enfants.
M.B.S.M.

