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Quand les versets semblent toucher le ciel

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

Depuis plusieurs décennies, un débat passionne croyants et chercheurs autour de certains passages du Coran que certains considèrent comme des indices étonnants sur l’avenir de l’humanité.

Parmi ces passages figurent deux versets souvent cités pour illustrer une idée intrigante : la possibilité que le texte sacré ait évoqué, bien avant les progrès technologiques modernes, la capacité de l’homme à atteindre le ciel. Pour certains croyants, ces versets seraient une forme de préfiguration des voyages aériens et même spatiaux. D’autres y voient plutôt une lecture spirituelle et symbolique, liée au contexte religieux et linguistique du VIIᵉ siècle.

Le premier verset évoqué se trouve dans le Qur’an (29:22) :
« Vous ne pouvez pas échapper à la puissance d’Allah ni sur la terre ni dans le ciel ; et vous n’avez, en dehors d’Allah, ni protecteur ni sauveur. »

Pour beaucoup de croyants, cette formulation attire l’attention sur un détail particulier : la mention du ciel comme un lieu où l’homme pourrait se trouver. À l’époque de la révélation du Coran, il y a environ quatorze siècles, les moyens techniques permettant de s’élever dans les airs n’existaient pas.

La plus grande hauteur qu’un être humain pouvait atteindre dépendait essentiellement de la topographie — une montagne, une colline — ou tout simplement de sa capacité à sauter. L’idée que l’homme puisse voyager dans le ciel relevait alors davantage de l’imaginaire que de la réalité.

Aujourd’hui, avec les progrès technologiques, la situation est évidemment différente. Les avions parcourent quotidiennement les cieux, transportant des millions de passagers. Les fusées permettent même à l’humanité de quitter l’atmosphère terrestre pour explorer l’espace. Certains croyants considèrent que la mention du ciel dans ce verset peut être interprétée comme une indication que l’homme finira un jour par s’y rendre. Dans cette perspective, le texte sacré aurait évoqué une réalité qui ne deviendrait concrète que des siècles plus tard.

Un autre verset est souvent cité dans ce débat. Il se trouve dans la sourate Al-Inshiqaq (84:19) du Qur’an : Traduction approximative : « Vous passerez d’un état à un autre » ou « couche après couche ».

Le mot arabe « tabak » (طبق) signifie littéralement « couche », « niveau » ou « strate ». Certains interprètes contemporains ont établi un parallèle entre ce terme et l’idée des différentes couches du ciel ou de l’atmosphère. Dans cette lecture moderne, l’expression pourrait évoquer la progression de l’homme à travers différents niveaux du ciel, un peu comme les avions et les engins spatiaux franchissent aujourd’hui plusieurs couches atmosphériques avant d’atteindre l’espace.

Entre interprétation spirituelle et lecture moderne

Cependant, il est important de noter que les exégèses classiques du Coran ne donnent pas nécessairement cette interprétation technologique. Des commentateurs historiques comme Ibn Kathir ou Al-Tabari expliquent généralement ce verset autrement. Selon eux, l’expression « couche après couche » renvoie plutôt aux différentes étapes de la vie humaine ou aux transformations successives que traverse l’être humain. Elle peut aussi évoquer les épreuves, les changements de conditions ou encore les différentes phases que l’humanité vivra avant le Jour du Jugement.

Dans cette interprétation traditionnelle, il ne s’agit donc pas d’une description scientifique ou technologique, mais plutôt d’une métaphore décrivant la succession des situations et des états de l’existence humaine.

Malgré cela, la lecture moderne continue de susciter l’intérêt de nombreux croyants. Pour eux, certains versets du Coran possèdent une richesse de sens qui dépasse le contexte historique immédiat. Ils estiment que le texte sacré peut contenir des formulations suffisamment ouvertes pour être comprises différemment selon les époques.

Dans cette perspective, ce qui apparaissait autrefois comme une simple expression symbolique pourrait prendre une dimension nouvelle à la lumière des découvertes scientifiques et des progrès technologiques.

Cette réflexion s’inscrit dans un débat plus large sur ce que certains appellent les « miracles scientifiques » du Coran. Plusieurs passages sont parfois présentés comme faisant écho à des connaissances modernes sur l’univers, la biologie ou la formation de la Terre. Les partisans de cette approche considèrent que ces correspondances renforcent l’idée d’une origine divine du texte.

D’autres chercheurs, en revanche, invitent à la prudence. Ils soulignent que les textes anciens, religieux ou philosophiques, utilisent souvent des images et des métaphores qui peuvent être interprétées de multiples façons. Selon eux, il est possible que certaines lectures contemporaines projettent des connaissances modernes sur des textes qui avaient à l’origine une signification différente.

Quoi qu’il en soit, ces versets continuent d’alimenter une réflexion fascinante sur la relation entre foi, interprétation et progrès scientifique. Ils montrent aussi comment un même texte peut être compris de différentes manières selon l’époque, la culture et les convictions de ceux qui le lisent.

Pour les croyants, ces passages constituent souvent une source d’émerveillement et de méditation. Ils rappellent que le Coran, révélé selon la tradition au prophète Muhammad il y a plus de quatorze siècles, continue d’être étudié, commenté et interprété à travers les générations.

Qu’ils soient perçus comme des métaphores spirituelles ou comme des indications étonnantes sur l’avenir de l’humanité, ces versets témoignent en tout cas de la richesse du texte et de la profondeur des questions qu’il continue de soulever. Entre foi, histoire et science, la réflexion sur ces passages reste ouverte, invitant chacun à explorer le sens qu’il souhaite leur donner.

M.B.S.M.

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