Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Contempler le ciel nocturne, c’est se confronter à l’immensité vertigineuse d’un univers où les distances se mesurent en années-lumière. Pour l’esprit humain, atteindre une étoile lointaine semble exiger des millénaires de voyage, une barrière infranchissable pour notre condition mortelle.
Pourtant, la physique moderne, à travers la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, a soulevé le voile sur un mécanisme fascinant capable de réduire ces abîmes galactiques à quelques mètres : les "ponts" de l’espace-temps, plus connus aujourd'hui sous le nom de trous de ver. Ce que la science commence à peine à théoriser comme des raccourcis cosmiques reliant deux régions éloignées de l’univers trouve un écho saisissant dans la terminologie coranique sous le nom de Ma’arej („⁄«—Ã).
Cette convergence entre le texte sacré et l'astrophysique suggère que les moyens de transport célestes décrits pour les anges et l'Esprit ne sont pas de simples métaphores spirituelles, mais des réalités physiques régies par des lois de dilatation temporelle et de contraction spatiale d'une précision mathématique.
Le Coran définit Dieu comme le "Possesseur des voies d'ascension" (Zil-Ma’arej), un terme qui, au pluriel, évoque des structures complexes et multiples par lesquelles les anges transitent à travers le cosmos. Le verset 70:4 livre une donnée capitale sur la nature de ces passages : « Les anges et l'Esprit montent vers Lui en un jour, dont la mesure est de cinquante mille ans. » Cette précision n'est pas une simple hyperbole pour désigner une longue durée ; elle décrit exactement ce que les physiciens appellent la dilatation temporelle relativiste.
Dans un trou de ver, la gravité est si intense qu’elle ralentit l’horloge du voyageur par rapport à celle d’un observateur lointain resté sur Terre. Pour l'ange qui traverse ce raccourci gravitationnel, le temps s'écoule en une seule journée, tandis que pour le monde extérieur, des millénaires s'évaporent.
Le voyageur ne ressent pas d'accélération brutale ; il est porté par la courbure de l'espace-temps, un peu comme un surfeur sur une vague ou un passager de montagnes russes sans friction. La gravité le tire, l'accélère jusqu'à des vitesses proches de celle de la lumière, puis l'expulse de l'autre côté sans qu'il ait eu besoin de dépenser la moindre énergie de propulsion.
Cette vision d'un univers "plissé" par des portes célestes transforme radicalement notre compréhension de l'épisode du Israa & Mi'raj, le voyage nocturne et l'ascension du Prophète Muhammad (s.a.w.). En utilisant un Mi'raj (le singulier de Ma'arej), le Prophète aurait franchi des distances interstellaires en quelques pas, vivant une expérience où les lois habituelles de la physique semblent suspendues.
Le Coran (15:14-15) anticipe d'ailleurs la réaction de stupéfaction et de déni que provoquerait une telle traversée chez ceux qui refusent de croire : « Même si Nous ouvrions sur eux une porte du ciel et qu'ils continuaient à la franchir, ils diraient : "Notre vue est ivre, plutôt nous avons été ensorcelés".»
Cette description saisit parfaitement le désarroi sensoriel que provoquerait la traversée d'un trou de ver : les distorsions lumineuses, l'effet de lentille gravitationnelle et la modification de la perception visuelle donneraient l'illusion d'une hallucination ou d'une ivresse, alors que le voyageur aurait réellement atteint des "structures imposantes" (Burooj) situées aux confins de la création.
Un autre symbole puissant de cette physique céleste se trouve dans l'expression célèbre du chameau passant par "le chas de l'aiguille" (7:40). Si la tradition y voit souvent une métaphore de l'impossibilité pour l'orgueilleux d'entrer au Paradis, une lecture scientifique y décèle la contraction des longueurs, phénomène jumeau de la dilatation du temps. À l'intérieur d'un trou de ver, sous l'effet de forces gravitationnelles extrêmes, la règle du voyageur rétrécit et la matière se contracte.
Le passage par une porte du ciel exige ainsi une "réduction" physique, une soumission aux lois de la singularité spatiale où les dimensions colossales s'effacent pour permettre l'accès à une autre réalité. Le texte sacré souligne que ces portes du Ciel ne s'ouvriront pas à ceux qui rejettent les signes divins, suggérant que l'accès à ces tunnels de transport interstellaire est un privilège spirituel autant qu'un prodige physique.
En somme, l'univers décrit par le Coran n'est pas un espace statique et vide, mais une architecture dynamique parsemée de "portes" et de "ponts" protégés. Ces Ma’arej sont les artères d'un cosmos vivant où le transport ne nécessite pas de carburant, mais une harmonie avec la volonté du Créateur qui a "orné le ciel" de structures magnifiques. En reliant la vision d'Einstein sur les raccourcis de l'espace-temps aux récits d'ascensions angéliques, nous découvrons une sagesse qui refuse de séparer la science de la foi.
Le chameau, le chas de l'aiguille, la journée de cinquante mille ans et l'ivresse visuelle du voyageur ne sont plus des mystères impénétrables, mais les balises d'une physique divine qui invite l'homme à regarder au-delà des apparences pour comprendre que l'infini est, littéralement, à portée de marche.
M.B.S.M.

