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La Grande Mosquée de Kairouan : Un somptueux monument historique et symbolique

Fondée en même temps que la ville, en l’an 50 de l’Hégire/670 de l’ère chrétienne, la Grande Mosquée de Kairouan (al-jamaa al-kabîr) dite également « Mosquée ‘Uqba », du nom du célèbre conquérant, est le plus ancien lieu de culte de l’Occident musulman. Par sa monumentalité architecturale et par son prestige religieux, la Grande Mosquée de Kairouan occupe une place de choix dans l’espace urbain et dans l’imaginaire des Kairouanais et des Maghrébins. Un tel rang symbolique fut, pour longtemps, assuré grâce au concours des dirigeants politiques et des dignitaires religieux qui ont façonné l’histoire et la mémoire de la « ville sainte » de l’Islam nord-africain. 

Les dynasties aghlabide, fatimide, ziride, hafside, mouradite et husseïnite qui ont gouverné l’ancienne Ifriqiya musulmane ont toutes contribué au maintien et à la sauvegarde de ce monument historique connu pour avoir été le foyer intellectuel où se sont distingués des savants célèbres comme le grand jurisconsulte malikite Sahnoun (777-854), le médecin Ibn al-Jazzar (898-980), l’astronome Ibn Abi al-Rijal (m. 1053), le poète Ibn Rachiq (1000-1064) et d’autres encore.

L’édifice monumental de la Grande Mosquée se caractérise par sa majesté ainsi que par la sévérité de son caractère architectural qui n’est pas sans rappeler la vocation militaire et religieuse de la ville. Véritable synthèse artistique, la Grande mosquée de Kairouan est un « monument exemplaire » qui s’impose à la fois par sa somptuosité, son style austère et son côté spirituel, sublime et lumineux, qui tranchent avec l’environnement des maisons tassées de la médina et de la steppe s’étendant, jadis, au loin mais s’urbanisant, depuis quelques années, à un rythme accéléré et désordonné. Située, à l’origine et durant plus de trois siècles, au cœur de la cité (« çorat al-balad »), en un point nommé as-simât al-kabîr  ou « La Grande Rue », la Mosquée de cUqba fut édifiée en premier suivie de la « Maison du Gouvernement » (dâr al-imâra ) bâtie juste en face. Religion et politique étaient ainsi, dès le début, solidaires et séparées.

Depuis la reconstruction de la ville au lendemain de l’invasion hilalienne du XIe siècle, la Grande Mosquée se trouve au Nord-Est de la médina de Kairouan. Elle est ainsi spatialement décentrée en raison des changements qui ont affecté le plan de la ville et de son enceinte. Néanmoins, elle a continué d’être le centre spirituel de Kairouan : lieu de réunions des fidèles, de prières, de prêches hebdomadaires (khotba ), de mémorisation du Coran par les dictées orales (vulgo malla ; arabe litt. imlaât ) mais aussi, depuis quelques décennies, de visites touristiques où affluent les Musulmans et les non-Musulmans, tous attirés par ce véritable « Musée archéologique » et « haut lieu de mémoire ».

La Grande Mosquée de Kairouan est réputée pour avoir été un « phare du savoir » (manarat ‘ilm) musulman au Maghreb. Elle abritait une bibliothèque contenant des manuscrits, des enluminures du Coran, des traités de fiqh et des ouvrages historiques et scientifiques. Certes, comme l’indiqua Ibn Khaldûn, le savoir s’est étiolé dans cette capitale musulmane, après la période de grandeur qui a duré en tout quatre siècles. Cependant, une tradition de la connaissance a été conservée grâce à une transmission du savoir assurée par le génie local et stimulée, au Moyen-Âge, par la dynastie des Hafsides (XIIIe-XIVe siècles) puis, à l’époque contemporaine, par les Husséinites (XVIIIe-XXe siècles).

Des familles d’ulémas – imams, muftis, qadhis, faqihs - présidaient au destin de la Grande Mosquée jusqu’à la fin du protectorat français en Tunisie. Tel était le cas des Saddem, Adhoum, Bouhaha, Bouras, Fassi... dont l’autorité découlait du savoir, de la piété, de la notabilité, de la citadinité et des origines arabes, réelles ou prétendues. Le dernier savant kairouanais est probablement Mohamed ben Mohamed Salah al-Joudi (1862-1943), auteur d’une histoire des qadhis de la ville, finement analysée par Jacques Berque, et d’un dictionnaire biographique de ses savants et de ses saints, encore inédit.

 

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