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Jeux dangereux en ligne et réseaux sociaux : Quand la protection des enfants devient une urgence nationale…

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

La multiplication des jeux dangereux en ligne auprès des enfants suscite une inquiétude croissante en Tunisie. Récemment, sur les ondes de la Radio nationale, le Dr Moez Chérif, pédiatre et président de l’Association tunisienne de défense des droits de l’enfant, a mis en garde contre des pratiques ludiques virtuelles pouvant entraîner des conséquences dramatiques, voire mortelles.

Selon Dr Chérif, ces jeux reposent sur la logique du défi et de la surenchère, un mécanisme psychologique particulièrement attractif pour les enfants et les adolescents en quête de reconnaissance. Ces défis dangereux, largement diffusés sur les réseaux sociaux et certaines applications numériques, se propagent à grande vitesse, encouragés par l’esprit de compétition et l’absence de contrôle parental suffisant.

Le phénomène dépasse d’ailleurs le seul cadre virtuel, puisque des jeux dangereux sont également commercialisés sur le marché, engageant ainsi la responsabilité de l’ensemble de la société.

Le “jeu des sept étourdissements”, un danger bien réel dans les écoles

L’inquiétude s’est récemment accentuée après l’alerte lancée par la délégation régionale de l’éducation à Kasserine. Le jeu concerné, connu sous l’appellation de « jeu des sept étourdissements », consiste à retenir volontairement sa respiration jusqu’à provoquer une perte de connaissance temporaire.

Cette pratique expose les enfants à des risques graves, notamment des lésions cérébrales, des chutes violentes et, dans les cas les plus extrêmes, des complications pouvant être fatales. Face à cette situation, le ministère de l’Éducation a appelé à une intervention urgente et à une vigilance accrue au sein des établissements scolaires.

Le traumatisme du “Blue Whale Challenge”

Cette situation rappelle l’affaire du tristement célèbre « Blue Whale Challenge », un jeu morbide devenu viral sur les réseaux sociaux dans plusieurs pays, notamment en Algérie. Connu sous le nom de « défi de la baleine bleue », il repose sur une série de 50 défis imposés aux adolescents, débutant par des épreuves apparemment anodines avant d’évoluer vers des actes d’automutilation et de manipulation psychologique.

Le cinquantième défi pousse explicitement au suicide. Ce phénomène avait provoqué une onde de choc internationale, mettant en lumière la dangerosité extrême de certains défis numériques et la vulnérabilité psychologique des jeunes utilisateurs.

Dans ce contexte, l’exemple australien relance le débat en Tunisie. Depuis le 10 décembre 2025, l’Australie interdit l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, afin de protéger les jeunes des algorithmes addictifs et des dérives de plateformes telles qu’Instagram, TikTok ou Snapchat. Les plateformes qui ne respectent pas cette législation s’exposent à de lourdes amendes. Pour le Premier ministre Anthony Albanese, les réseaux sociaux sont devenus des vecteurs de harcèlement, d’anxiété et de mise en danger des mineurs.

En Tunisie, bien qu’aucune interdiction générale des réseaux sociaux ne soit en vigueur, les autorités judiciaires ont renforcé la lutte contre les contenus jugés immoraux ou contraires aux bonnes mœurs. Des poursuites et des condamnations ont visé certains créateurs de contenu accusés d’influencer négativement les jeunes.

Pour l’activiste Rached Ben Hcine, ces actions restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène. Il estime que la Tunisie devrait s’inspirer de l’exemple australien, rappelant que plusieurs pays ont déjà adopté des restrictions similaires pour protéger la jeunesse et la sécurité nationale.

De nombreux parents tunisiens partagent cette inquiétude. Hanene Ben Hédi, mère de famille, alerte sur la banalisation des téléphones intelligents entre les mains des enfants et sur les effets néfastes des réseaux sociaux sur leur santé mentale et leur équilibre émotionnel.

Selon elle, les pouvoirs publics ont le devoir d’intervenir en promulguant des lois claires pour protéger les mineurs contre le cyber harcèlement, l’exposition à des contenus violents ou sexuels et les jeux dangereux en ligne.

Face à la recrudescence de défis mortels et à la puissance des réseaux sociaux dans la construction psychologique des enfants, la question de l’interdiction de l’accès aux plateformes numériques pour les mineurs s’impose désormais comme un débat de société majeur en Tunisie. Entre législation, prévention et éducation numérique, une réponse globale et urgente apparaît plus que jamais nécessaire.

M.B.S.M.

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