contactez-nous au 71 331 000
Abonnement

« Hayet » de Kais Mejri : Une méditation sur la vie et la Tunisie

 

Par Imen Abderrahmani

 

Diffusée en prime time sur la chaîne nationale, « Hayet » s’impose comme une fresque sensible et maîtrisée, où l’ancrage tunisien, la sobriété du jeu et la puissance de la musique composent un récit profondément humain.

 

En dix épisodes, la série a offert au public ramadanesque une œuvre équilibrée, loin des excès souvent décriés. Elle privilégie la mesure, la cohérence narrative et une esthétique soignée, répondant ainsi à l’attente d’un téléspectateur en quête de sens et de qualité.

Écrite par Khaoula Hosni, romancière et scénariste reconnue pour ses intrigues psychologiques, « Hayet » (Vie) explore des tensions universelles : amour et haine, chute et rédemption, lumière et obscurité. Les trajectoires sont familières : un cheikh fidèle à l’héritage spirituel de sa zaouïa, un exilé revenu d’Italie enrichi par des réseaux illicites, une policière engagée contre le crime organisé, des couples traversés par l’attente, l’espoir ou la fragilité.

La singularité de la série ne réside pas tant dans ces fils narratifs que dans leur articulation. Kais Mejri les assemble avec finesse, construisant une mosaïque où chaque détail trouve sa place. L’émotion naît de la retenue, du rythme mesuré et de la cohérence d’ensemble.

La musique, mémoire vivante

La bande originale signée Karim Thlibi constitue l’un des piliers de l’œuvre. Elle ne se limite pas à accompagner l’image : elle en prolonge le sens. Chaque épisode déploie une atmosphère singulière, chaque personnage semble porté par une vibration propre.

En réhabilitant le chant patrimonial « Stout », récit d’un berger implorant les saints pour retrouver son troupeau, le compositeur ravive une mémoire orale du Sud tunisien. Les sonorités, riches et nuancées, instaurent un dialogue subtil entre passé et présent, conférant à la série une profondeur supplémentaire.

Des visages habités

Dans « Hayet », l’incarnation dépasse la simple performance. Les comédiens investissent leurs rôles avec une sincérité qui efface la distance entre fiction et réalité. Le titre lui-même devient symbole : « Hayet » incarne une présence diffuse, une force vitale traversée par les contradictions humaines.

La réalisation amplifie cette portée. Les plans aériens donnent aux paysages une dimension presque mythique. La photographie magnifie pierres, oliveraies, orangeraies, désert et mer, transformant chaque décor en espace chargé de mémoire.

Entre Tunis, le Cap Bon et Zarzis se déploie l’intrigue, portée par trois espaces aux identités contrastées.

La capitale impose son rythme, ses grandes artères et la verticalité de ses bâtiments. Le Cap Bon, lui, s’ouvre comme une parenthèse lumineuse : une symphonie de couleurs au cœur des orangeraies, où la vie semble circuler sous les branches chargées de fruits. À Zarzis enfin, l’étendue des oliveraies, enracinées dans une terre presque aride, devient symbole de résistance, prolongée par l’horizon marin qui élargit le regard.

Portée par une distribution solide (Salah Jday, Sawssen Mealej, Fatma Sfar, Mokhtar Bennani, Rym Ben Messaoud, Fathi Dh’hibi, Zayneb Hnana, Lotfi Najeh, Skander Hentati, Mohamed Amine Hamzaoui, Issam Absy et Mohamed Souissi), la série parvient à maintenir sa tension dramatique jusqu’à son dénouement. Chacun apporte sa nuance, sa présence, contribuant à l’équilibre de l’ensemble.

Avec « Hayet », Kais Mejri signe une œuvre sobre et cohérente, où image, musique et interprétation s’entrelacent pour offrir une méditation sensible sur la vie et ses contradictions. La série met en lumière des fragments du quotidien tunisien, brouillant subtilement les frontières entre fiction et réalité, deux faces d’un même récit, la vie.

Imen. A.

Partage
  • 25 Avenue Jean Jaurès 1000 Tunis R.P - TUNIS
  • 71 331 000
  • 71 340 600 / 71 252 869