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Reportage: « 4048 », où l’obscurité règne jour et nuit !

L’école primaire Cité Ettayaran 3 vous souhaite la bienvenue, même les déchets vous le souhaitent aussi !

Deux conteneurs à déchets tout neufs, les roues bien écrasées, les cadres parfaitement sales et déformés , et les fonds entièrement remplis, s’installent dans la rue 4048 devant l’école primaire. Autour des deux poubelles, les déchets domestiques, de jardinage, même d’animaux se superposent, près d’un mur qui se présente comme témoin des opérations de brûlage où les tâches de suie se relèvent à titre d’indice.

En avançant dans la rue « 4048 », nous nous trouvons face au lycée Sijoumi avant de croiser la gare  d’Ettayaran. Et entre ces deux lieux phares,  “une colline” de déchets de chantier “orne” l’endroit. Elle est “embellie” par des pneus, de vêtements déchirés, du foin,… Mais malheureusement, ce qui est censé être une merveilleuse colline est défigurée par d’anciennes plantes desséchées qui persistent à se frayer un chemin au milieu des ordures !

Comme le champ propage au printemps l’odeur d’herbe et de fleurs, notre colline nous étouffe chaque saison de brûlage par la fumée qui s’échappe via le nez et permet à la gorge de lancer une symphonie de toux, avec les yeux rougissants qui laissent couler des larmes de joix en regardant cette fumée se balancer dans l’air.

Mais dommage que la nuit arrive pour nous priver de savourer le plaisir d’admirer ces magnifiques paysages, par manque d’éclairage. Sur un chemin assez sombre, les passagers se trouvent confrontés, dès lors, à un double danger. À gauche, il y a les ordures d’où peuvent sortir des souris ou des rats, et à droite, il y a le terrain à mur troué, d’où peut surgir un braqueur. C’est la raison pour laquelle les passagers allument des torches et traversent rapidement la route, au milieu, profitant de leur regroupement et la baisse de mouvement des voitures la nuit.

La rue 4048 à la Cité Ettayaranne relève de l’arrondissement municipal d’Ezzouhour qui est supervisé à son tour par la municipalité de la ville de Tunis.

Notre santé paie cher le coût de la pollution…

Fatma (42ans) est une parente d’un élève qui étudie à l’école sus-citée. Elle a exprimé au «Quotidien» son désarroi quant à la pollution dans le quartier. Elle a fait part de son inquiétude pour la santé et la sécurité de son fils vu que le dépotoir peut contenir des objets dangereux et risque d’attirer les chiens errants. De plus, son fils est asthmatique et la fumée du brûlage risque de lui faire du mal.

Le fils de fatma n’est pas la seule victime de cette pollution, plusieurs autres enfants dans le quartier souffrent considérablement de l’hypertrophie amygdalienne dont l’un des principaux facteurs déclenchants est la pollution de l’air. C’est ce que nous a révélé Dr Warda Hammami, médecin généraliste dans le dispensaire de l’arrondissement.

Dr Hammami a indiqué au « Quotidien » que les médecins résidents qui se déplacent entre différents établissements de santé, remarquent qu’il y a bel et bien des maladies (notamment bactériennes) à Ezzouhour ne se trouvant pas dans les quartiers « huppés » de la capitale, vu la différence de la situation environnementale.

Elle a précisé que les maladies les plus courantes dans le quartier sont : l’hypertrophie amygdalienne, l’angine récalcitrante et l’urticaire chronique, et ce sont des maladies qui ne répondent pas facilement au traitement à cause de la pollution.

Le médecin a noté qu’outre les asthmatiques les catégories les plus vulnérables à la pollution sont les enfants et les personnes âgées.

Dr Hammami nous a confirmé qu’un nombre important de personnes âgées vivent dans le quartier.

Nous avons rencontré deux d’entre elles . Il s’agit de Fatma (70 ans) et Mahbouba (67 ans) . Les deux citoyennes se sont plaintes au « Quotidien » de la saleté, des mauvaises odeurs et des insectes qui infestent le quartier. Ce sont d’ailleurs les raisons qui empêchent les adultes ayant des maladies chroniques (hypertension et diabète) à exercer la marche, qui leur est médicalement indiquée , surtout en  l’absence d’un parcours de santé, nous a déclaré Dr. Hammami.

Dans ce contexte, le lycéen Chams (17 ans) a confié au « Quotidien » qu’il fait du sport chaque week-end au terrain du lycée. Souvent, il se trouve contraint  d’interrompre ses exercices à cause de l’impossibilité de respirer en présence de la fumée.

A expliquer, dans ce sens, que le brûlage du plastique dégage une mauvaise odeur parce que les objets brûlés contiennent essentiellement de l’huile et dégagent des émanations toxiques lorsqu’il brûlent (UNEP).

Et comme Le corps en mouvement a besoin de plus d’oxygène qu’un corps stable, il inhale plus de composants toxiques, a clarifié le médecin.

De surcroît, la lycéenne Rania (19 ans), a évoqué l’aspect psychologique de la problématique. Elle a considéré que le chemin pollué, les mauvaises odeurs, et le manque de sécurisé et des espaces de divertissement, sont des facteurs démotivants pour l’élève. Rania a exprimé son souhait de pouvoir nettoyer la zone, implanter des plantes et installer des bancs pour les élèves et les habitants.

De sa part, Mariem (18 ans), aussi, trouve inadmissible que les déchets s’entassent près d’un lycée. Elle a partagé son souhait de voir une bibliothèque et un café s’installer à la place des déchets.

Mais elle a également ajouté qu’à cause de la pollution, les lycéens font face au danger des chiens errants.

Quand les ordures ramènent la rage…

Le fléau de la  rage inquiète les deux voisines Fatma et Mahbouba. Fatma a confirmé que parfois les  habitants ne sortent pas de leurs foyers par peur des meutes de chiens réunis autour des poubelles.

D’ailleurs, la coexistence des chiens errants et des déchets aléatoires est un facteur de risque de la rage. C’est ce qu’a indiqué Mariem Handous, responsable du laboratoire de la rage à l’Institut Pasteur de Tunis.

Dr Handous a affirmé via une intervention médiatique le 06 février 2024 que les municipalités doivent «ramasser les déchets de manière régulière pour ne pas fournir un espace propice au rassemblement des chiens errants et à la transmission de la maladie. »

Siempre obscura…

Après le coucher du soleil, la nuit fait de l’ombre au sombre visage de la saleté et révèle une autre obscurité .  Un nombre important d’ampoules municipales ne fonctionnent pas le long du trajet entre la gare et le lycée, mais aussi près de l’école primaire. Cette obscurité des rues rend le chemin dangereux pour les passants et les habitants durant la nuit. Ça l’est particulièrement pour les femmes.

« Je souffre d’une déficience visuelle, et j’ai les orteils amputés. En l’absence d’éclairage, je ne peux pas sortir après le coucher de soleil » a affirmé Mahbouba.

« Le chemin vers la gare est long , et pendant la nuit il devient dangereux surtout pour les jeunes filles qui risquent d’être agressées . Jusqu’à quand les parents vont-ils devoir accompagner leurs filles ?  » s’est interrogée Fatma.

La majorité des témoignages qu’on a réunis confirment le même constat : Le manque d’éclairage et de sécurité  des lieux et l’obscurité dans laquelle baigne le quartier les empêchent de se déplacer une fois qu’il fait nuit.

« Le responsable n’est pas un soleil qui brille sur tout le monde»

C’est à travers ces propos que la gestionnaire de l’arrondissement municipale d’Ezzouhour, Naziha Ghribi, a résumé la situation ! Et pour justification , la responsable a présenté deux arguments.

Le premier c’est que le travail municipal  devrait inclure tout autant le responsable que le citoyen. Elle a mis l’accent sur  l’importance du rôle du citoyen qui doit être conscient de devoir alerter la municipalité quand il remarque une anomalie.

Le deuxième, nous a-t-elle expliqué est en  rapport avec les moyens logistiques disponibles. L’arrondissement n’arrive pas à remédier à tous les dégâts en peu de temps.

En ce qui concerne l’accumulation des déchets, la gestionnaire a ajouté que l’agence municipale des services environnementaux a signé une convention avec un sous-traitant pour le faire. Ce dernier peut ne  pas lever les déchets en temps requis et ce retard entraine l’accumulation des déchets.

Ghribi a évoqué, par ailleurs, la responsabilité des citoyens dans l’accumulation des déchets , étant donné qu’ils ne respectent pas l’emploi du ramassage.

Et concernant la rue 4048, particulièrement, elle a déclaré que le secrétaire général de la municipalité de Tunis, a effectué une visite, le 13 février 2024 en se rendant au « point noir » qui se situe entre la gare et le lycée. Visite qui a abouti à “la décision de lancer une compagne régionale de nettoyage” . Quant au deuxième « point » sombre du quartier qui se situe devant l’école, Ghribi a promis d’intervenir “le plus tôt possible”.

Concernant l’éclairage municipal, Naziha Ghribi a levé le voile sur un autre « grand problème ».  Certain “pervers”  saccagent les boîtes des transformateurs électriques et interrompent l’électricité pour faire des braquages ou pour dealer de la drogue. Elle a ajouté que certains autres s’amusent à casser les ampoules publiques sans aucun but précis . 

Face aux multiples  zones où les lumières ne fonctionnent depuis longtemps, Ghribi a affirmé être impuissante … L’arrondissement ne dispose que d’un seul camion, ce qui rend l’opération de réparation impossible à généraliser pour en faire bénéficier tout le quartier en une courte période.

Toutefois, la gestionnaire a promis de doubler d’effort en coordonnant avec le chef de département d’éclairage pour “intervenir rapidement et ré-éclairer les zones sombres de la rue”.

En guise de réponse  aux propositions des élèves, Naziha Ghribi a noté que la terrain avoisinant le lycée  est une propriété privée et que la municipalité n’y peut rien faire sans une initiative émanant des propriétaires eux-mêmes.

khawla Riahi 

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