Par Chokri Baccouche
Tous les observateurs avertis s’accordent à penser que la crédibilité internationale des Etats-Unis a été fortement ébranlée après le retour fracassant de Donald Trump à la Maison Blanche. Il faut dire que le 47è président américain n’est pas allé de main molle après avoir remis pied à l’étrier du pouvoir. Les décisions spectaculaires qu’il a prises sont à la mesure de sa personnalité égocentrique et extrêmement imprévisible.
Elles sont tellement nombreuses, souvent brutales et toujours surprenantes dans le sens négatif du terme qu’elles meubleraient sans problème un ouvrage encore plus épais que le livre de la jungle. Donald Trump, qui s’est fait une spécialité de renier les accords internationaux, a lancé, pour rappel, une guerre commerciale qui a mis le monde sens dessus dessous.
Non content de s’être engagé dans une confrontation interne féroce avec les juges, les médias, les universités et les communautés scientifiques aux Etats-Unis, le fantasque Donald Trump s’en est pris également, ouvertement et brutalement, à des institutions internationalement reconnues.
Il n’a pas hésité ainsi à prendre des mesures de rétorsion contre des magistrats de la Cour pénale internationale, coupables à ses yeux d’avoir commis un crime de lèse-majesté, et ce, pour avoir émis deux mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Netanyahu et son ex-ministre de la Défense, Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
En toile de fond de ses interminables frasques, il y a bien sûr les velléités prédatrices et impérialistes de l’insatiable locataire de la Maison Blanche qui veut s’approprier, tour à tour et par la force si besoin, du Groenland et transformer le Canada voisin en 51è Etat américain. La campagne sans précédent contre l’émigration, qu’il a pris soin de lancer tambour battant qui a fortement divisé le pays, complète ce sombre tableau qui semble porter gravement préjudice à l’image des Etats-Unis dans le monde.
La réputation du pays de l’oncle Sam sur la scène internationale est dans un état critique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils ne sont pas tendres. Selon une récente étude du Pew Research Center, la confiance envers les États-Unis a chuté de 30 % en moyenne dans les pays alliés traditionnels. L'Europe, jadis fer de lance de l'alliance transatlantique, affiche un scepticisme record : 40 % des Français et 35 % des Allemands déclarent que l'Amérique n’a jamais été un exemple à suivre en matière de démocratie.
En Asie, le tableau n'est guère plus reluisant : au Japon, bastion historique de l'influence américaine, ce chiffre atteint 60 %. Dans les faits, la tendance est encore plus prononcée et certainement plus significative : on assiste en effet depuis quelque temps à un changement radical de comportement de nombreux pays et institutions dans leur relation vis-à-vis des Etats-Unis.
Des partenaires commerciaux ont tendance en effet à réorienter leurs approvisionnements hors des Etats-Unis et de nombreux investisseurs, faute et lieu de mettre tous leurs œufs dans le panier américain, comme ils l’avaient fait jusque-là, sont de plus en plus tenter de disperser leurs risques à toute fin utile. Même les banques centrales aux quatre coins de la planète s’y mettent sérieusement en diversifiant leurs réserves, au détriment bien évidemment du dollar qui semble avoir perdu de sa crédibilité.
Autre fait très instructif : les étudiants étrangers tournent de plus en plus le dos aux universités américaines qui faisaient pourtant l’objet d’un engouement particulier il y a quelques années. La répression féroce du mouvement estudiantin pro-palestinien il y a quelques mois dans de nombreuses universités américaine est certainement passé par-là.
Sous la férule de Donald Trump et pour tout dire, les Etats-Unis renvoient au reste du monde l’image d’un pays brutal et qui fait peur. Pis encore, un pays qui a perdu sa crédibilité et qui est devenu, en fait, la copie conforme de son président. C’est-à-dire un pays imprévisible qui n’offre aucune garantie ni assurance et auquel on ne peut plus se fier désormais. Le ravage causé par Donald Trump pour son propre pays, diront à juste titre les mauvaises langues, est spectaculaire et phénoménal.
Et le comble c’est que toutes les mesures prises par le président américain, et supposées être dans l’intérêt de son pays, ont donné paradoxalement un effet contraire : la guerre commerciale initiée par trump contre la Chine a non seulement tourné à l’avantage de Pékin mais elle a également encouragé de nombreux pays occidentaux, alliés des Etats-Unis, à renforcer plus que jamais leurs relations avec l’Empire du milieu.
C’est le cas notamment du Canada, l’Allemagne et plus récemment encore la Grande-Bretagne dont le Premier ministre vient d’effectuer un voyage « très encourageant et prometteur » au pays des Mandarins. Tel est pris qui croyait prendre ? On est en droit de le penser. En voulant mettre le monde sous sa botte, Donald Trump a visé trop gros. Par effet boomerang, il subit les effets pervers de son extravagance débridée qui a fini par porter gravement préjudice aussi bien à l’image qu’aux intérêts des Etats-Unis dans le monde …
C.B.

