Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
A voir le nombre de voitures neuves qui débarquent tous les jours au port de Rades, il y a de quoi s’interroger sur le bon usage de notre réserve en devises. Comment expliquer ces importations anarchiques ?
63 902 nouvelles immatriculations ont été enregistrées en Tunisie en 2025 avec un chiffre d’affaires estimé à plus de 5 milliards de dinars. Et pourtant, d’autres secteurs vitaux et stratégiques comme les médicaments et autres équipements médicaux sont en rupture de stock à cause de l’absence de liquidité en devises.
Cette pénurie de médicaments en Tunisie est principalement causée, en effet, par le surendettement chronique de la Pharmacie centrale dont le déficit est estimé à plusieurs centaines de millions de dinars d'impayés et l'incapacité à régler les fournisseurs internationaux. Comment, alors, expliquer ces importations de certains produits non nécessaires au détriment d’autres qui sont vitaux et stratégiques ?
Selon, l’expert en économie et en finances, Mohamed Salah Jennadi : « En théorie, la Tunisie cherche à limiter l'importation de produits de consommation non essentiels, notamment les produits de luxe, certains produits agricoles, et biens manufacturés non nécessaires, pour réduire le déficit commercial et la pression sur les devises.
Ces mesures visent à protéger l'industrie locale et à contrôler la balance commerciale, souvent en augmentant les droits de douane ou en restreignant les procédures d'importation. En pratique, la donne est cependant, toute autre vue que l’on continue à importer de produits qui ne sont pas nécessaires dont les voitures. Certes, il ne faut arrêter totalement les importations dans ce secteur, mais il faut réguler le marché et revoir le système de quota afin de bien gérer notre réserve en devises ».
Et d’ajouter : « Il faut savoir qu’il s’agit d’un déficit d’environ 1,3 milliard de dinars qui vient exercer, chaque mois, une pression sur l’équilibre budgétaire du pays. Cet argent devrait au moins être utilisé dans des importations intelligentes et nécessaires comme les médicaments ». Que faut-il, alors, faire pour mieux utiliser notre réserve en devises ?
Régulation…
En 2017, l’ancien Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, Chedly Ayari, avait déjà tiré la sonnette d’alarme en révélant : « « On est arrivé à des niveaux historiques dans le déficit commercial, dû aux excédents entre les importations et les exportations, et les importations ne sont pas toutes nécessaires à nos besoins ».
Et sur un ton anecdotique, Ayari avait à l’époque indiqué : « La Tunisie a importé des produits non essentiels pour une valeur de 5 milliards de dinars dont 140 millions de dinars destinés à l’importation de la mayonnaise et du ketchup ». Pour l’expert en économie et en finances, Mohamed Salah Jennadi : « Ceci n’est qu’un gaspillage des avoirs en devises, spécialement en cette période de crise ».
L’expert estime, en outre, que ces 5 milliards de dinars sont largement suffisants pour mettre fin à la crise liée à la pénurie en médicaments. Il faut, par ailleurs, savoir que les importations de produits pharmaceutiques ont enregistré une hausse de 44% durant les cinq dernières années, passant de 1228,6 millions de dinars (MD), en 2018, à 1764 MD, en 2022, d’après une note publiée récemment par la Banque centrale de Tunisie.
En chiffres, il s’agit là de 1/3 de ces importations non nécessaires qui nous coutent chaque année 5 milliards de dinars ». A rappeler, en outre, que le déficit commercial de la Tunisie s’est creusé en 2025, atteignant près de 21,8 milliards de dinars (MD) à fin 2025, en hausse de 15% par rapport à 2024, sous l'effet d'une progression de 5,5% des importations (8549585 MD) plus rapide que celle des exportations. Cette dégradation est principalement tirée par les biens d'équipement et les matières premières et les biens de consommation ».
M.B.S.M.

