Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Le débat autour de la suppression du prélèvement direct des cotisations au profit de l’UGTT continue à faire couler beaucoup d’encre. La Centrale syndicale, peut-elle survivre à cette mesure au cas où elle sera appliquée ?
Dans un statut publié sur sa page Facebook, le secrétaire général adjoint et porte-parole de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Sami Tahri, a dénoncé les intentions du gouvernement à suspendre le principe du prélèvement direct au titre de cotisation à l’UGTT.
Tahri a, en effet, fait savoir que ce prélèvement est : « Volontaire et non automatique, facultatif et non obligatoire », soulignant au passage qu’il s’agit « d’un acquis historique et non pas une faveur accordée par quiconque ».
Le porte-parole de la Centrale syndicale a, en outre, rappelé que « ce principe est garantie par les deux conventions internationale N°87 et 151, lesquelles stipulent l'octroi de facilités aux syndicats pour mener leurs activités dans la défense des intérêts des travailleurs ». Et d’indiquer : « Suspendre cette mesure constitue une violation des conventions internationales ratifiées par l'État tunisien ».
Sami Tahri a également mis en garde contre cette mesure qu’il a jugé « politique et punitive contre l'Union et les travailleurs », rappelant que « le gouvernement "Mzali" y avait déjà eu recours dans les années quatre-vingt avant d'installer ses propres "hommes de paille", de frapper l'Union et d'entamer la tristement célèbre "réforme structurelle". Que pensent, justement, les syndicalistes de cette mesure ?
Depuis la publication de ce statut émanant du porte-parole de l’UGTT, les réactions fusent de tous bords notamment sur les réseaux sociaux et on peut lire à titre d’exemple : « Le prélèvement obligatoire est contraire au principe de la libre adhésion. Le droit syndical devrait bénéficier à tous les syndicats en fonction de leur représentativité attestée par le nombre de leurs adhérents et leurs résultats aux élections des structures professionnelles (commissions paritaires) .
L’UGTT s’est toujours opposée au pluralisme syndical même quand il a été inscrit dans la constitution. Ce refus injustifié de la pluralité a affaibli l’action syndicale et c’est le plus grand tort de l’UGTT. Le reste n’a aucune valeur ».
Un acquis contesté … ?
Dans la même logique, un autre syndicaliste a estimé que : « Si le principe de volontariat est souligné, la réalité administrative et sociale de ce dispositif peut poser question. Le prélèvement automatique transforme un acte volontaire en routine quasi-invisible : le salarié peut se retrouver à contribuer sans réflexion active à chaque période de paie.
Pour certains, ce mécanisme entraîne une confusion entre liberté de choix et inertie administrative, et rend difficile le contrôle individuel sur l’adhésion et le montant versé. En conclusion, le maintien du prélèvement automatique n’est pas un impératif pour garantir les droits syndicaux.
Les salariés motivés pour soutenir le syndicat peuvent le faire de manière volontaire, transparente et contrôlée, en choisissant eux-mêmes la modalité de versement la plus adaptée. Ce faisant, le syndicat conserve ses ressources tout en respectant pleinement la liberté de ses adhérents».
Alternatifs …
L’Union générale tunisienne du travail, peut-elle, alors, continuer à vivre sans ce principe de prélèvement direct des cotisations ? Plusieurs syndicalistes estiment qu’il faut composer avec cette nouvelle donne et chercher d’autres alternatifs portants sur le financement des activités de la Centrale syndicale, « Plutôt que de s’appuyer sur ce mécanisme ancien, les organisations syndicales gagneraient à développer des modes de financement volontaires transparents, renforçant ainsi la légitimité de la contribution et le lien direct avec les adhérents », estime un syndicaliste dont le profil sur sa page Facebook porte le nom de l’AUTRE.
Ce dernier propose d’autres solutions qui sont, à son égard « plus dignes », à ceux qui souhaitent continuer à verser des cotisations à l’UGTT, « comme donner un RIB au syndicat et ordonner à sa banque de mettre en place un prélèvement automatique volontaire ou effectuer un virement régulier ou ponctuel directement depuis son compte bancaire voire participer à des collectes ou campagnes d’adhésion directe au sein des institutions ou lieux de travail.
Ces alternatives permettent au salarié de garder le contrôle de sa contribution, tout en assurant un soutien financier régulier au syndicat ».
M.B.S.M.

