Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Le drame survenu récemment dans un lycée de Monastir relance le débat autour de la délinquance juvénile. Quelles sont les causes de ce fléau et que faire pour protéger nos enfants de la violence dans le milieu scolaire ?
Le lycée Bourguiba, situé au centre-ville de Monastir, a été le théâtre lundi dernier d’un drame ayant coûté la vie à un élève âgé de 16 ans qui a été poignardé mortellement par deux autres adolescents dont l’un est déscolarisé. Un autre élève se trouvant sur les lieux au moment de l’incident s’en est sorti avec des blessures sans gravité au niveau de la main gauche.
Selon les premiers éléments de l’enquête, ce sont des publications en ligne visant une jeune élève qui sont à l’origine de cette affaire. Prenant la décence de cette adolescente, les deux suspects ont fait irruption dans l’établissement scolaire et, dans la foulée, ils se sont pris à un groupe d’élèves se trouvant au moment des faits dans la cour du lycée et l’altercation s’est soldée par un meurtre.
Du coup, le débat autour de la violence dans le milieu scolaire est relancé, « entre insécurité, consommation précoce de drogues et fragilités sociales, ce drame met en lumière une crise qui dépasse largement les murs de l’école et appelle à une réponse collective urgente », indiqua l’ancien directeur général de l'Observatoire National de la Jeunesse, Brahim Oueslati, dans une tribune publiée sur Espace Manager.
Revenant, en outre, sur les causes de ce fléau, le spécialiste pointe du doigt plusieurs facteurs dont « des pressions économiques et psychologiques sur les familles, le manque d’accompagnement psychologique dans les établissements, le recul du suivi parental, l’influence de la violence dans l’espace numérique et l’absence de programmes de prévention durables qui sont autant de causes qui s’entrecroisent et fragilisent l’environnement éducatif ». Que faire, de fait, pour sensibiliser les jeunes contre ces formes de violence ?
Prévention …
Interrogé à ce sujet, la chargée de l’enfance et de la jeunesse au sein de l’Association internationale de défense des droits de l’Homme et des médias, Mariem Letaiem, nous a confié : « Au vu de l’évolution des nouvelles technologies, nous sommes face à de nouvelles définitions de la violence collataire et de la délinquance juvénile.
Ainsi, cette violence peut se manifester sous de nombreuses formes, allant de la violence physique à la violence psychologique et le harcèlement numérique, et se traduit souvent par des brimades et des actes d’intimidation et de répression voire du chantage. Ce phénomène instaure un climat d’insécurité et de peur dans tout l’établissement scolaire et viole le droit des élèves d’apprendre dans un environnement sûr et non menaçant.
Eradiquer la violence à l’école devient, alors, un défi majeur. Ce défi ne peut être relevé qu’en promouvant l’éducation à la citoyenneté démocratique et aux droits humains. L’éducation des enfants joue, en effet, un rôle fondamental dans la prévention et l’élimination de ce fléau.
Nous soulignons, aussi, l’importance d’encourager toutes les parties prenantes, à savoir personnel éducatif, enseignants et associations des parents à établir des partenariats et à coopérer pour lutter contre ce phénomène et veiller à ce que les écoles constituent des environnements sûrs dans lesquels tous les enfants ont la possibilité de s'épanouir et d’apprendre ».
Pour rappel et selon l’analyse de la situation des enfants en Tunisie réalisée par l’UNICEF en 2020, 58,2% des élèves tunisiens ont déclaré avoir été victimes de violence physique et 3,3% avoir été victimes de violence sexuelle en milieu scolaire.
De plus, 11,5% des élèves se sont plaints de négligence parentale. 13% d'adolescents et d'adolescentes ne sont pas allés à l'école au cours de l’année scolaire de 2020 parce qu'ils ne se sentaient pas en sécurité à l'école ou sur le chemin de l'école ou en ligne.
M.B.S.M.

