Par Hassan GHEDIRI
Un vide juridique et institutionnel fait exploser l’endettement des ménages tunisiens livrés à leur sort et qui peinent à survivre...
C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude réalisée par l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) publiée jeudi dernier. Mettant sous la loupe le phénomène de l’endettement des ménages en Tunisie, l’institut a dégagé un constat alarmant.
Le taux de la fragilité budgétaire qui correspond à l’incapacité des débiteurs à rembourser leurs créances par habitant qui a bondi de 66% en dix ans. Tandis que les revenus moyens des ménages n’ont progressé qu’à peine de 3,7% depuis 2014, la dépendance à l’endettement pour subvenir aux dépenses courantes dépasse désormais 170%, franchissant par le même fait le seuil de l’insoutenabilité selon les normes internationales en 2024.
Ce niveau de fragilité budgétaire inédit qui se manifeste à travers un taux de surendettement alarmant résulte d’après l’IACE de trois facteurs essentiels. Premièrement, la hausse spectaculaire des prix de l’alimentaire se traduisant par une inflation de plus 21%. Résultat : plus de 40% du budget des ménages est désormais englouti par l’alimentation. Deuxièmement, un chômage chronique et structurel stagnant au-dessus de à 15% au cours de la décennie 2014/2024, ce qui grandement limité toute perspective d’amélioration des revenus des ménages.
Troisièmement : le vide juridique et institutionnel qui livre les débiteurs aux abus des créanciers. Contrairement à beaucoup de pays qui se sont dotés depuis plusieurs années des mécanismes de régulation pour juguler le surendettement et protéger les débiteurs.
Remède
Pour remédier à cette situation, l’IACE recommande la création d’une institution qui fera office d’une autorité de médiation ayant pour mission de lutter et de lutter contre le surendettement des ménages. Une telle instance, indépendante et dotée de prérogatives claires, permettrait non seulement d’assurer un suivi rigoureux de l’évolution de l’endettement, mais aussi de proposer des mécanismes de restructuration des dettes, de conciliation entre créanciers et débiteurs, et d’accompagnement social des ménages les plus vulnérables.
L’étude insiste également sur l’urgence de combler le vide juridique actuel à travers l’adoption d’un cadre législatif moderne et protecteur. En l’absence de règles claires encadrant le crédit à la consommation, les pratiques de recouvrement ou encore les procédures de faillite personnelle, les ménages tunisiens demeurent exposés à des spirales d’endettement incontrôlables.
Une loi spécifique sur le surendettement, inspirée des meilleures pratiques internationales, permettrait d’instaurer des garde-fous efficaces, notamment en matière de prévention, de transparence et de responsabilisation des établissements prêteurs.
Dans ce sens, plusieurs pays offrent des exemples probants. La Belgique, à travers son Observatoire du crédit et de l’endettement (OCE), mis en place depuis plus de trois décennies, a su développer des outils d’analyse, de veille et d’alerte précoce qui ont permis de mieux encadrer le recours au crédit et de limiter les dérives. D’autres pays européens ont également institué des commissions de surendettement ou des autorités spécialisées capables d’intervenir en amont et en aval des litiges.
Il incombe à l’Etat de remédier aux dysfonctionnements structurels qui contribuent à l’aggravation du surendettement des ménages à même de désamorcer ce qui semble aujourd’hui devenir une véritable bombe à retardement sociale.
H.G.

