Les oléiculteurs italiens seront très contents. Et pourquoi ne pas l’être après avoir obtenu la garantie de la plus haute autorité exécutive de l’Union Européenne de pouvoir écouler tranquillement leur huile sur les marchés de l’UE sans être inquiétés par les Tunisiens.
Selon le quotidien italien « Italia a Tavola », Bruxelles opposera un refus catégorique à une demande émise au début de l’année par la Tunisie en vue de la renégociation de l’accord sur le mécanisme de quota d’exportation de l’huile d’olive vers le marché européen. En janvier dernier, le gouvernement tunisien avait en effet exprimé son souhait de lancer des discussions avec Bruxelles afin de doubler ses exportations d’olive exonérées de droits de douane vers les marchés de l’Union.
Se positionnant cette année, grâce à une très bonne campagne, comme deuxième producteur mondial d’huile d’olive juste derrière l’Espagne, la Tunisie veut porter à 100 mille tonnes le volume de ses exportations dans le cadre des accords conclus avec l’UE aujourd’hui plafonnées à 56700 tonnes.
La démarche entamée par la Tunisie semble vouée à l’échec et ce d’après ce que vient de révéler le média italien qui cite une correspondance adressée par le commissaire luxembourgeois chargé de l’agriculture et de l’alimentation au sein de la Commission européenne.
Dans un article consacré au sujet des discussions entre la Tunisie et l’UE pour l’augmentation du quota des exportations oléicoles, Italia a Tavola a laissé entendre avant-hier, mardi, que la commission européenne n’entend pas satisfaire la demande de la Tunisie.
L’on explique ainsi que Bruxelles n’envisage pas (accorder) de nouvelles concessions commerciales susceptibles d’ouvrir la voie à une éventuelle augmentation du volume d’huile d’olive tunisienne pouvant être exportées vers le marché européen grâce aux droits de douanes à 0% établis par l’Accord d’Association de 1995.
Le refus de Bruxelles il faut le mettre dans son contexte, parce que, depuis la levée de bouclier des oléiculteurs italiens irrités par le prix extrêmement compétitif de l’huile d’olive tunisienne commercialisée depuis l’automne en Europe.
Après plus de 30 ans depuis la signature de l’accord commercial avec l’UE, la Tunisie se trouve confrontée à un protectionnisme commercial à peine caché et que l’on tend souvent à établir par des barrières normatives supposées garantir une concurrence équilibrée entre les produits européens et ceux importés.
Le problème est que le mécanisme de quota constitue un avantage majeur pour la filière oléicole tunisienne parce qu’il permettait au pays d’écouler l’essentiel des exportations d’autant plus que l’UE représente le premier marché de l’huile d’olive dans le monde.
Si elle verrait Bruxelles balayer d’un revers de main sa demande d’augmenter des exportations d’huile d’olive vers le marché européen, la Tunisie assumera les conséquences d’une dépendance commerciale à l’Europe. Ni la proximité géographique ni le partenariat historique ne justifient le choix de mettre tous ses œufs dans le même panier.
Il est donc grand temps que la Tunisie tire les leçons d'une relation commerciale qui, derrière les apparences d'un partenariat privilégié, n'a cessé de jouer en sa défaveur. La dépendance structurelle de la filière oléicole tunisienne vis-à-vis du marché européen, qui absorbe à lui seul plus de 80% des exportations nationales d'huile d'olive, empêche le déploiement vers de nouvelles perspectives commerciales beaucoup plus prometteuses.
Pendant que l’Europe joue le protectionnisme, très nombreux sont les marchés à fort potentiel attendent d'être sérieusement conquis. La Tunisie, qui rafle les premiers prix dans les concours des meilleures huiles d’olive dans le monde, ne peut pas continuer à brader son or vert pour satisfaire un partenaire qui, en retour, se permet de lui fermer ses portes. Diversifier les partenaires permet de se prémunir contre les caprices protectionnistes de l'Europe, et se libérer d’une tutelle commerciale qui a toujours imposé les règles du jeu.
H.G.

