Le baril de pétrole a franchi le seuil psychologique des 100 dollars, hier lundi. Le scénario tant redouté, et qui hantait les marchés et les analystes depuis les premières attaques américano-israéliennes, est désormais une réalité. Il a suffi donc seulement de dix petits jours pour que cette guerre, que nul ne sait jamais quand et comment elle se terminera, embrase tout le Moyen-Orient et bloque les principales sources de ravitaillement du monde en pétrole.
La (mauvaise) nouvelle est tombée aux premières heures, à l’ouverture des marchés asiatiques, avec un baril de Brent s’établissant à 110 dollars, soit une hausse de 60% depuis le début de l’offensive avant de culminer ensuite à un cheveu de la barre des 120 dollars.
Du jamais-vu en un lapse de temps aussi court mais « un tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité du monde » comme tentait désespérément de dédramatiser le président américain à travers son réseau Truth Social en assurant que les prix devaient rapidement fléchir.
Ce que le locataire de la Maison Blanche considérait comme un « petit prix » risquerait de n’être que le début d’une longue et dangereuse crise énergétique qui entrainera l’économie mondiale dans une récession prolongée et mettra en péril la sécurité énergétique des pays dépendant des importations.
Naturellement, si les prix ne fléchissent pas rapidement, comme l’a promis le président américain, la Tunisie serait l’un des pays qui risqueraient de se voir payer le plus lourd tribut de cette guerre avec des dommages économiques collatéraux complètement imprévisibles et inestimables.
Il y a quelques jours, un responsable du gouvernement avait toutefois déclaré avec toute l’assurance du monde que les Tunisiens n’ont pas à craindre pour l’approvisionnement de notre pays en pétrole malgré les conflits secouant la plus importante région de production dans le monde.
Il est peut-être vrai que la Tunisie serait en quelque sorte capable de se maintenir pendant un certain temps, à l’abri d’une panne sèche du fait qu’elle ne s’approvisionnait pas comme l’avait expliqué le responsable gouvernemental, directement de la région du Golfe.
Le hic, c’est que notre pays sera inévitablement rattrapé par une envolée exponentielle et incontrôlable des cours de l’énergie qui semble devenir aujourd’hui très vraisemblable au vu de l’intensification de la guerre au Moyen-Orient et la montée inédite des tensions autour des principaux couloirs par lesquels transite le pétrole mondial.
Comme tiennent à l’expliquer bon nombre de spécialistes, la déclaration trop optimiste selon laquelle la Tunisie ne serait pas directement affectée par une crise liée à une possible fermeture du détroit d’Ormuz, qui concentre environ le cinquième du trafic pétrolier mondial, s’avère trompeuse. Quelle que soit sa résilience, la Tunisie, étant un pays importateur de l’essentiel de ses besoins en pétrole et en gaz, subira les conséquences d’un tel choc.
Car une hausse brutale des prix mondiaux se traduirait presque automatiquement par une hausse de la facture énergétique tunisienne, par davantage de pression sur les finances publiques et par un retour de l’inflation importée.
Il n’est désormais un secret pour personne que lorsqu’un pays dépend de l’extérieur pour la majeure partie de sa consommation d’énergie, il importe aussi de l’inflation. Cela finit par se répercuter sur les coûts de production et par ricochet sur les prix finaux de carburants, de transport et de tous les biens de consommation et finalement sur le pouvoir d’achat.
En Tunisie, ce mécanisme est d’autant plus sensible que le système énergétique est déjà fragile. Les Tunisiens attendent de l’Etat mieux que des déclarations rassurantes déconnectées de la réalité qui ne font qu’aggraver la crise. Ils veulent la vérité, rien que la vérité.
Qu'on leur dise franchement, sans détour, que le déficit des ressources de l'Etat frôle les onze milliards de dollars, que chaque dollar supplémentaire dans le prix du baril de pétrole ampute le budget national de 146 millions de dinars supplémentaires, que la politique de subvention des carburants et de l'électricité, déjà sous perfusion, deviendra insoutenable si les cours mondiaux poursuivent leur envolée, et que de modestes hausses à la pompe seraient incapables d’amortir le choc à venir.
Ils attendant qu'on leur dise que le vrai risque est une onde de choc budgétaire et inflationniste qui finira par frapper brutalement leur pouvoir d'achat, alourdir la dette et compromettre les équilibres très fragiles des finances publiques.
H.G.

