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Éditorial : Qui n’est pas avec moi est contre moi - Par Jalel HAMROUNI

Les États-Unis et Israël n’ont même pas fait semblant de passer par les Nations unies avant de déclencher la guerre qui a rapidement causé la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême iranien. Cela envoie essentiellement au monde le message que les États-Unis de Trump se considèrent au-dessus des lois.

Cette offensive meurtrière lancée sans même tenter de passer par les mécanismes du droit international, marque une rupture inquiétante dans l’histoire contemporaine. Elle symbolise surtout une nouvelle étape dans la dérive d’un monde où la force tend à remplacer la loi.

Dans ce contexte, la responsabilité politique de Donald Trump apparaît centrale, tandis que l’attitude de l’Union européenne illustre, une fois de plus, l’impuissance d’un continent incapable de peser face aux décisions de Washington.

Depuis la création des Nations Unies après la Seconde Guerre mondiale, un principe fondamental devait encadrer les relations internationales : le recours à la force ne peut être légitime qu’à travers le droit international et les mécanismes collectifs. Cette architecture fragile visait à empêcher le retour à un monde dominé par la loi du plus fort.

En contournant totalement cette institution, Washington et son allié sioniste envoient un message brutal : certaines puissances estiment ne devoir rendre de comptes à personne.

Ce geste dépasse largement la question iranienne. Il constitue une démonstration de pouvoir destinée à rappeler que la force militaire reste, pour certains dirigeants, le principal instrument de la politique étrangère. Or cette vision, qui semblait appartenir au passé, trouve aujourd’hui un nouvel écho dans la stratégie de Donald Trump.

Depuis son retour sur la scène internationale, Trump adopte une diplomatie de confrontation permanente. Sa vision du monde est simple, presque primitive : les relations internationales seraient un rapport de domination où il faut imposer sa volonté. Dans cette logique, les institutions internationales ne sont qu’un obstacle inutile, et les alliés ne sont respectés que tant qu’ils obéissent.

La décision de sanctionner l’Espagne parce qu’elle refuse de s’aligner sur la politique américaine en constitue une preuve flagrante. Cette mesure révèle une mentalité inquiétante, fondée sur un principe aussi ancien que dangereux : « qui n’est pas avec moi est contre moi ». Une telle logique transforme les alliances en instruments de pression et réduit la diplomatie à une forme de chantage politique.

Ce comportement est d’autant plus préoccupant qu’il émane de la première puissance militaire mondiale. Lorsque les États-Unis donnent l’impression de se placer au-dessus du droit international, ils fragilisent l’ensemble du système construit depuis des décennies. Le message envoyé au reste du monde est clair : les règles existent, mais elles ne s’appliquent pas à tous.

Pourtant, face à cette dérive, la réaction de l’Union européenne demeure tristement prévisible. L’Europe exprime son inquiétude, appelle à la retenue et multiplie les déclarations diplomatiques. Mais, dans les faits, elle reste incapable d’opposer une réponse politique forte à la stratégie américaine.
Cette passivité chronique révèle une contradiction fondamentale.

L’Union européenne se présente volontiers comme une puissance normative, attachée au multilatéralisme et à la défense du droit international. Mais lorsque ces principes sont ouvertement bafoués, elle semble incapable de passer des discours aux actes.

Le problème est structurel. L’Europe dispose d’un poids économique considérable et d’une influence diplomatique potentiellement majeure. Pourtant, faute d’une véritable politique étrangère commune et d’une volonté stratégique claire, elle reste prisonnière de ses divisions internes. Chaque crise internationale révèle la même réalité : l’Union européenne est un géant économique mais un nain politique.

Cette faiblesse ne fait qu’encourager les stratégies unilatérales de Washington. Plus l’Europe apparaît divisée et hésitante, plus les dirigeants américains peuvent agir sans craindre de véritable opposition. L’équilibre transatlantique se transforme alors en relation asymétrique où l’Europe suit, bon gré mal gré, les décisions prises à Washington.

La crise actuelle montre ainsi l’effritement progressif de l’ordre international. Les institutions créées après 1945 perdent leur autorité, tandis que les grandes puissances redécouvrent la tentation de la force.

Dans ce contexte, la combinaison de l’unilatéralisme américain et de la faiblesse européenne crée un vide dangereux dans la gouvernance mondiale.
Car lorsque les règles cessent d’être respectées par ceux qui sont censés les défendre, elles finissent par perdre toute signification. D’autres puissances pourraient être tentées d’adopter la même logique, accélérant ainsi la fragmentation du système international.

Le monde semble aujourd’hui se diriger vers cette zone d’incertitude. D’un côté, un président américain convaincu que la puissance militaire peut remplacer la diplomatie. De l’autre, une Europe paralysée par ses divisions et incapable d’assumer un rôle stratégique.

Entre ces deux réalités, l’ordre international se fragilise dangereusement. Et la question qui se pose désormais est simple : combien de temps encore le monde pourrait-il fonctionner sans règles respectées par tous ?

J.H.

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