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Editorial : La volonté de bien faire ne suffit pas … - Par Hassan GHEDIRI

Alors que l’actualité internationale est dominée par la situation au Moyen-Orient avec des bombardements qui se poursuivent un peu partout depuis le week-end mettant sur le qui-vive les marchés mondiaux, la question de la réforme des caisses sociales a été la priorité absolue de l’ordre du jour du Chef de l’Etat, lundi dernier.

Kaïs Saïed a ainsi reçu la cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, et le ministre chargé des Affaires sociales, Issam Lamhar, pour «débattre de la situation inacceptable des caisses sociales», comme précise un communiqué diffusé par la présidence à cet effet. Il a été également question de « mettre l'accent sur la nécessité impérieuse d'engager des réformes structurelles et globales et de revoir en profondeur l'ensemble des composantes du système de la sécurité sociale », peut-on aussi lire dans le même communiqué.

Comme l’ont pu certainement constater ceux qui suivent attentivement l’activité du président de la république, ce n’est pas la première fois que le sujet des caisses sociales est débattu lors d’une rencontre au Palais de Carthage entre Saïed et des membres du gouvernement. Car, en fouinant dans les archives, on découvre que le problème des caisses sociales a été abordé plusieurs fois par le Chef de l’Etat au cours de ces deux dernières années.

Pas moins de cinq communiqués diffusés entre novembre 2024 et janvier 2026, évoquent le même sujet avec quasiment un vocabulaire identique et des expressions typiques du discours de Kaïs Saïed. Le 21 novembre 2024, « le chef de l’Etat s’est entretenu avec le ministre des Affaires sociales, Issam Ahmar, au sujet des caisses sociales qui nécessitent « une intervention urgente ». Saïed a estimé qu’il est « impératif de revoir les législations afin de moderniser leur action et garantir le droit à la couverture sociale pour tous les Tunisiens ».

Le 22 janvier 2025, « le président de la république a rencontré le chef du gouvernement, Kamel Maddouri, (NDR : ancien PDG de la CNAM) pour discuter des mesures urgentes à même de renforcer le financement des caisses sociales ». Le 16 juillet 2025, « Kaïs Saïed a rencontré le ministre chargé des Affaires sociales au Palais de Carthage à qui il a exigé des réformes urgentes et profondes permettant de rétablir l’équilibre financier des caisses sociales à même de remplir efficacement leur rôle ».

Le 27 octobre 2025, « le chef de l’État a appelé le ministre des Affaires sociale, Issam Ahmar, à rétablir les équilibres de ces caisses sociales », recommandant de « développer les législations afin que ces organismes puissent remplir, comme il se doit, les objectifs pour lesquels ils ont été créés ». Le 12 janvier 2026, le président de la république reçoit la ministre des Affaires sociales, Issam Ahmar, avec qui il « a examiné la situation des caisses sociales » et « donné des instructions claires afin que cette situation soit corrigée dans les plus brefs délais ».

Donc, beaucoup de bonnes intentions et une volonté indéniable de corriger les anomalies qui entravent le fonctionnement des caisses sociales en Tunisie. Seulement, lorsque les bonnes intentions ne sont pas suivies d’actions concrètes, la situation ne change pas et pour le cas des caisses sociales, la crise tend à empirer davantage. En effet, la volonté de bien faire ne suffit pas, comme le dit si bien le célèbre proverbe « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».    

Pour sortir de cette spirale d'annonces sans lendemain, il est impératif de dépasser le stade du diagnostic pour engager un plan de sauvetage pragmatique et audacieux. Le rétablissement de l’équilibre financier passe d'abord par une digitalisation intégrale et une modernisation des systèmes d'information, seules garantes d'une gestion transparente et agile.

Simultanément, l'État doit avoir le courage politique d'élargir l'assiette des cotisations en intégrant le secteur informel, tout en menant une lutte implacable contre la mauvaise gouvernance et la fraude qui saignent les caisses. Au-delà des recettes, la pérennité du système exige une optimisation rigoureuse des dépenses de santé et une révision profonde des modes de gouvernance, pour instaurer une culture du résultat loin des lourdeurs bureaucratiques.

Enfin, la diversification des sources de financement, pour ne plus dépendre exclusivement des cotisations salariales, doit être consacrée par un cadre législatif moderne et flexible, capable de rendre à ces institutions leur autonomie et leur résilience face aux chocs économiques futurs.

H.G.

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