Depuis peu, il y a comme un certain malaise qui se fait sentir parmi plusieurs observateurs de la scène économique nationale qui se dévoile au travers l’ambiance monotone qui règne sur le pays. C’est, pour ainsi dire, quelque chose comme les bruits de couloirs, qui ont souvent mauvaise réputation et qui animent les pause-cafés des entreprises. Des chuchotements qui résonnent dans le vide et qui constituent en vérité une soupape pour les salariés mais aussi un baromètre de l’état de l’entreprise pour les dirigeants.
Comme ils sont d’une grande utilité pour tout chef d’entreprise qui se respecte, les bruits de couloirs ont aussi un grand intérêt pour les décideurs politiques qui doivent y prêter attention parce qu’ils peuvent aider à prendre des mesures correctives et se mettre à l’abri des risques.
Donc, comme on l’a dit là-haut, ces derniers temps, des voix s’élèvent pour mettre en garde contre la satisfaction qui semble s’emparer d’un nombre d’institutions de l’Etat comblées par des signes de résilience affichés par certaines statistiques diffusées ces dernières semaines. Un sentiment de satisfaction, certes agréable dans une conjoncture difficile qui n’a que trop duré, mais qui peut devenir un piège menant à la stagnation, voire à l’aveuglement face aux risques.
En ce mois de février, l’on a continué à dresser un tableau plutôt mitigé de l’économie tunisienne alternant plusieurs signaux macroéconomiques encourageants et beaucoup de goulots d’étranglement structurels inspirant inquiétude et incertitude. Si l’on doit toujours croire à l’INS, il avait annoncé une croissance 2,5% du PIB en 2025, grâce essentiellement à des performances dans les secteurs de l’agriculture et du tourisme.
Pour sa part, l’agence chargée de la promotion des investissements a affiché un bond de plus de 30% des IDE au cours de l’année passée, tandis que la BCT a, malgré tout, pu maintenir intacts les stocks de change non sans permettre au dinar de s’apprécier davantage aux dépens du billet vert. Un ensemble d’ingrédients qui auraient, vraisemblablement, contribué au déclin de l’inflation. Il semble néanmoins que non, les choses n’évoluent pas comme un long fleuve tranquille.
C’est du moins ce que pensent bon nombre d’économistes, à l’instar de Ridha Chkoundali, qui a tenu à rappeler à ceux qui l’avaient peut-être oublié le déficit de 11 milliards de dinars que le gouvernement avait prévu en 2025 dans son budget. L’économiste semble être à 100% d’accord avec l’avis selon lequel l’économie nationale est aujourd’hui tel un serpent qui se mord la queue, avec un Etat qui s’endette pour rembourser ses dettes.
Une dette qui représente désormais 85% du PIB signifie tout simplement que pour chaque 100 dinars empruntés par l’Etat, quatre-vingt-cinq sont illico presto dépensés sans aucune plus-value économique.
Même son de cloche alarmiste émane de l’économiste Hachemi Ayari, qui considère qu’un taux de croissance de 2,5% ne doit aucunement susciter l’euphorie d’autant plus que dans ses prévisions à l’horizon de 2028, les institutions internationales tablent sur une croissance en Tunisie fléchissant à 2,5%, soit des plus faibles en Afrique et dans toute la région MENA.
Bien que d’aucuns s’accordent à croire que la politique monétaire engagée par la BCT ait porté des fruits avec une détente au niveau de certains indicateurs, l’embellie demeure précaire tant qu’elle ne résulte pas d’une transformation fondamentale de l’ensemble du modèle économique qui peine à se réinventer.
Comme l’a magistralement expliqué l’éminent expert de l’économie Dr Taher El Almi dans une tribune publiée au début de cette semaine, la véritable question pour la Tunisie à l’heure actuelle n’est plus celle de l’urgence, mais celle de la transformation. Ou comment convertir l’accalmie en une dynamique durable.
H.G.

