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Editorial : Une fausse-bonne idée ?

Par Chokri Baccouche

La prolongation de l’âge de départ à la retraite revient au-devant de la scène nationale à la faveur d’une nouvelle proposition de loi soumise ces derniers jours à l’ARP visant à modifier la législation relative à la retraite dans le secteur public. Déposé par un groupe de députés, le texte propose notamment de nouvelles règles encadrant le relèvement de l’âge de départ à la retraite des agents publics.

Les catégories de fonctionnaires concernés par l’article 29 bis pourraient ainsi bénéficier d’une prolongation d’une, deux ou trois années supplémentaires, dans la limite de 70 ans, selon des modalités administratives précises. La question de repousser l’âge de la retraite a accaparé les feux de la rampe ces dernières années sur fond  d’un débat controversé entre pros et farouchement contre une telle réforme.

Un sondage d’opinions effectué il y a quelques années révèle que 70% des fonctionnaires enquêtées désapprouvent un tel projet au motif que celui-ci va porter gravement préjudice à l’emploi des jeunes et, partant, empêcher le renouvellement de l’administration.

La prolongation de l’âge légal de départ à la retraite est-elle, justement, la panacée pour combler le déficit abyssal des caisses sociales ? A contrario, s’agit-il d’une fausse-bonne idée ayant valeur de solution de replâtrage à impact limité qui ne peut résoudre donc le problème ? Bref, suffit-il d’allonger la durée de la vie active pour que l’impact soit positif sur l’économie ? Répondre à ces questions avec précision relève de la gageure tant il est vrai que le sujet divise les avis et opinions des experts et autres gourous de l’économie et des finances.

Des études effectuées en Europe notamment où la question reste d’une brûlante actualité révèlent que chaque année de décalage de l’âge rapporterait 0,7% de PIB en plus mais avec un risque que le chômage augmente à court terme. Les spécialistes ont aussi étudié l'impact d'une hausse des cotisations sociales pour améliorer le solde du système des retraites. Et les effets à attendre sont également négatifs : au bout de 20 ans, le PIB diminuerait de 0,4 point.

Pis encore, cette charge supplémentaire qui pèserait à la fois sur les entreprises et les ménages aurait des effets récessifs, ce qui « augmenterait d'ailleurs le taux de chômage de 0,3% à horizon de vingt ans ". Les experts vont plus loin encore et pensent que dans  l’hypothèse que les responsables soient tentés de geler ou diminuer le montant des retraites pour équilibrer les finances des caisses sociales « le choc provoquerait une contraction de l'économie au bout de 10 ans avant d'avoir un impact neutre au bout de 20 ans ».

A l’opposé de ces études qui tranchent dans le vif sans concession, certains économistes nuancent et pensent en revanche que la prolongation de l’âge légal de départ à la retraite est non seulement nécessaire mais pourrait avoir également un effet immédiat sur les finances publiques. Dans la pratique, les caisses sociales auraient la possibilité d’encaisser des cotisations plus longtemps et, partant, payer des retraites moins longtemps.

Ce qui constitue bien évidemment un avantage non négligeable mais insuffisant, estiment ces économistes, pour régler à la base le sacro-saint problème lié au déficit des caisses sociales. Avec une espérance de vie des adhérents qui s’allonge et des cotisations qui se réduisent au fil des ans comme peau de chagrin en raison notamment du chômage affectant la population active, les caisses sociales se retrouvent de fait dans l’œil du cyclone. La seule solution pour les sortir un tant soit peu de cette impasse asphyxiante est de relever l’âge de départ à la retraite.

Loin d’être la panacée pour résorber un problème endémique, cette mesure offre au moins une bouffée d’oxygène pour des caisses sociales dont le déficit chronique atteint ces dernières années des proportions alarmantes.

L’idéal serait bien sûr de hâter la mise en place de la réforme du secteur dont on a beaucoup parlé ces dernières années, mais qui tarde encore à venir. Le nec plus ultra dans ce registre qui revêt un intérêt de la plus haute importance revient bien évidemment à remettre sur pied et dans les plus brefs délais l’économie nationale. Quand la machine économique reprend de la pèche tout devient possible.

C’est le seul moyen de créer des richesses et des emplois et partant booster les précieuses cotisations qui viendront renflouer les caisses désespérément en mal de finances des … caisses sociales…

C.B.

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