Incorrigibles, très nombreux sont les marchands malhonnêtes qui, semblant se vouer à ‘Dolos’ et ‘Apaté,’ dieux de la tromperie et de la fraude dans la mythologie grecque, ne jurent que par l’arnaque en ce mois saint. Car, malheureusement, la tricherie, devenue un sport national que l’on exerce impudemment dans tous les milieux, tend à pulluler durant le mois du jeune dans notre pays.
Et ce n’est pas un phénomène nouveau mais solidement enraciné dans les habitudes de beaucoup de Tunisiens jusqu’à la normalité. On a à peine quatre jours depuis l’avènement de Ramadan, et voilà les chiffres qui révèlent l’ampleur d’un fléau qui engendre un sentiment d’impuissance majeur.
Le bilan provisoire des opérations de contrôle menées par l’Instance nationale de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (INSSPA) entre jeudi 19 février marquant le premier jour du mois du jeûne et avant-hier dimanche, fait ainsi état de la confiscation de près de 72 tonnes de produits et denrées alimentaires variés destinés à la consommation, présentant plusieurs anomalies de conformité aux règles sanitaires.
Ce bilan ne concerne bien évidemment que les inspections de l’INSSPA. Les autres structures et organismes publics dédiés à la lutte contre les fraudes qui mettent les bouchés doubles pendant Ramadan devraient signaler, de leur côté, énormément d’infractions et déclarer beaucoup de violations aux lois du commerce et aux normes de la transparence et de la protection des consommateurs.
Quoi qu’il en soit, les chiffres déclarés sur les saisis et les verbalisations ne seraient que la partie émergée de l’iceberg. Dieu seul sait combien de marchands sans scrupules réussissent à arnaquer les consommateurs et à tremper la vigilance des services anti-fraude. Devant la flambée généralisée des prix et la détérioration du pouvoir d’achat des ménages qui n’arrêtent d’ailleurs pas à désavouer le recul présumé de l’inflation, les pouvoirs publics sont obligés d’agir avec beaucoup plus de fermeté contre les escrocs.
Il faut cependant avoir le courage et l’honnêteté pour avouer que la fraude est comme une expertise que l’on tache à acquérir à un âge précoce dans nos murs. Il ne s’agit point du fruit d’un simple dérapage comportemental à l’adolescence d’un individu qui évolue pour devenir partie prenante de sa personnalité.
La fraude est désormais tellement ancrée dans les habitudes des gens qu’elle semble prendre la forme d’un culte. L’on peut même affirmer sans risque de se tromper que la malhonnêteté est un dénominateur commun de la majorité des rapports entre les gens. Pour devenir aujourd’hui monnaie courante et pulluler tellement pendant les périodes de grande consommation comme le mois de Ramadan, l’arnaque a toujours trouvé les conditions exemplaires pour se développer.
Le fléau ne pouvait se proliférer sans le sentiment de l’impunité encouragé par des lois peu dissuasives et la passivité complice des autorités supposées veiller sur suprématie des règles. D’aucuns pensent en effet que les autorités sont directement responsables de la situation parce qu’elles hésitent souvent à frapper vite et fort sur les mains des contrevenants. Dans toute circonstance, lorsque les lois sont tellement obsolètes, elles deviennent des entraves qui empêchent les punitions drastiques.
Au-delà la riposte technique dont l’impact est souvent ponctuel, le phénomène implique également des réponses culturelles et éducatives susceptibles de corriger les dérapages dans le long terme. Il s’agit de restaurer l’éthique et l’honnêteté et de forger des citoyens respectueux et responsables qui ne cèdent pas aux tentations démoniaques.
H.G.

