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Editorial : Géopolitique du yoyo et valse en trois temps…

Par Chokri Baccouche

Un concerné n’est pas forcément un imbécile encerclé, disait le célèbre humoriste français Raymond Devos dans un de ses sketches. En appliquant cette citation d’une finesse spirituelle exceptionnelle à l’actualité prévalant au Moyen-Orient, on peut dire que les Iraniens ont beau être concernés et peut-être encerclés du côté du détroit d’Ormuz, mais ils sont loin d’être des imbéciles.

Preuve en est, après avoir annoncé la veille la réouverture complète de cette route maritime stratégique pour les navires commerciaux, Téhéran a décidé de la reverrouiller en représailles du blocus des États-Unis sur les ports iraniens.

L’Iran a « accepté de bonne foi d’autoriser le passage d’un nombre limité de pétroliers et de navires commerciaux » mais les Américains, violant leur engagement, « continuent de se livrer à des actes de piraterie sous couvert du soi-disant blocus », a dénoncé le commandement des forces armées iraniennes.

« C’est pour cette raison que la situation est revenue à son état antérieur, et ce passage stratégique est désormais placé sous notre contrôle strict », a-t-il ajouté.

Il faut dire que Donald Trump n’a manifestement pas l’intention de lever le blocus. Il a d’ailleurs déclaré vendredi soir qu’il le maintiendra si aucun accord de paix n’est conclu avec Téhéran, évoquant au passage la possibilité de ne pas prolonger le cessez-le-feu qui doit expirer ce mercredi 22 avril.

De toute évidence, le bras-de-fer entre les Etats-Unis et l’Iran s’est transformé en un jeu du chat et de la souris à proximité d’un gros interrupteur : vous bloquez nos ports ? Qu’à cela ne tienne ! Alors, personne ne passe. Au moment où tout le monde espérait une désescalade des tensions, voilà qu’on amorce un retour à la case départ à cause de l’obstination morbide, il faut le reconnaitre, du président américain qui persiste à croire, à tort, que seules les menaces, la violence et l’arrogance peuvent décanter la situation et permettre aux Etats-Unis d’avoir toujours gain de cause.

Disons-le tout de go, la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran n’est pas une soudaine démonstration d’irrationalité. C’est une réponse — brutale, certes — à une politique américaine qui relève désormais ouvertement de la coercition économique et militaire.

Car les faits sont là : Washington impose un blocus naval aux ports iraniens, tout en exigeant dans le même temps la libre circulation maritime dans la région. Cette posture n’est pas seulement incohérente — elle est profondément cynique. Donald Trump, toujours égal à son égocentrisme démesuré et son arrogance, devenue désormais légendaire, veut en somme le beurre, l’argent du beurre et le sourire … des mollahs en version XXXL.

Tout juste pour satisfaire son nombrilisme débridé et faire croire que les Etats-Unis sont en position de force, imposent leurs desideratas et dictent leurs conditions. En réalité il n’en est rien bien évidemment car aucun des objectifs tracés par Washington et son allié israélien depuis le déclenchement du nouveau round de cette sordide guerre contre l’Iran n’a été réalisé.

Bien au contraire, le régime des mollahs, tient non seulement le coup mais a fait preuve d’une impressionnante résilience qui propulse aujourd’hui l’Iran en tant que puissance régionale incontestable et incontestée.

Si le président américain persiste à penser qu’en maintenant le blocus sur les ports iraniens il pourra forcer Téhéran à accepter un accord de paix conforme à ses attentes, on peut vraiment dire qu’il croit au Père Noël. Pour des raisons objectives, cela ne risque pas en tout cas d’arriver.

La Maison Blanche serait bien inspirée de se faire une raison et se rendre à l’évidence que les temps de la toute puissance et de l'hégémonie dans les relations internationales sont en passe de faire partie du passé comme le confirment les bouleversements géopolitiques en cours dans un monde qui s'oriente vers une multipolarité complexe.

Si les grandes puissances comme les États-Unis et la Chine restent dominantes, elles ne peuvent plus imposer leur volonté de manière unilatérale et doivent composer avec une multitude d’autres acteurs et c’est certainement mieux ainsi pour tout le monde et plus particulièrement pour les nations vulnérables.

En attendant que la raison l’emporte et que Donald Trump revienne à de meilleures intentions, le monde est confronté à la géopolitique du yoyo sur fond d’une valse en trois temps : Ormuz est fermé, puis ouvert, puis refermé. De quoi faire perdre la boussole aux capitaines des centaines de bateaux bloqués en rade depuis des mois et qui sont forcés d’avancer puis s’arrêter avant de rebrousser chemin au gré des humeurs versatiles de Donald Trump.

Entretemps, c’est bien évidemment le marché international de l’énergie qui ne sait plus sur quel pied danser entrainant dans sa course folle vers la débandade et l’incertitude l’ensemble des économies de la planète…

C.B.

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