Imen ABDERRAHMANI
Une projection-rencontre autour du film « Qui vit encore ? », œuvre bouleversante qui raconte Gaza et redonne visage et voix à ceux que la guerre a voulu effacer, est à l’affiche de l’Institut français de Tunisie, le 24 avril à 18h30.
« Qui vit encore ? », une question qui condense toute l’inquiétude et l’urgence face à ce qui déroule à Gaza et que subissent au quotidien ses habitants. Long-métrage documentaire, « Qui vit encore ? » clôtura les Journées du film francophone « CinéF », affirmant que le cinéma est tout d’abord un acte de résistance et un outil de lutte.
Dans sa construction, le film repose sur un dispositif minimaliste et d’une grande puissance symbolique : une carte de Gaza dessinée à la craie sur un sol noir. Dans ce territoire fragile et éphémère, neuf réfugiés palestiniens prennent place et racontent leur vie d’avant. Ils ouvrent leurs albums de souvenirs et explorent leurs mémoires pour raconter les rues, les maisons, les voisins, les souvenirs d’enfance et les projets d’avenir…
Ils racontent la vie dans toute sa complexité, faite de joies, d’épreuves et de ces instants qui façonnent le parcours de chacun. Puis viennent la guerre, la destruction, la fuite et l’exil. Tout s’évapore en instant. Il ne reste que la mémoire comme refuge.
En partageant leurs souvenirs, les protagonistes refusent l’effacement, l’oubli. Ils reconstruisent, mot après mot, un nouveau territoire avec la parole en refuge et le récit comme outil de survie.
L’autre visage de Gaza
Loin des images médiatiques répétées de ce chaos et des récits axés sur des chiffres où on se contente de dénombrer le nombre des morts, des blessés et des exilés, le documentaire s’attache à révéler des trajectoires singulières. Les témoins que la caméra accompagne étaient entrepreneurs, musicien, médecin ou influenceuse.
Ils et elles s’appellent Eman, Mahmoud, Ghada, Adel, Haneen, Jawdat, Hana, Feras et Malak. Ils ont tous et toutes réussi à fuir Gaza et vivent désormais à l’étranger, en majorité au Caire. À travers leurs récits émergent la créativité, la dignité et une résilience profondément humaine. Le film explore le sentiment d’exil, la culpabilité d’avoir survécu, la douleur de la perte, mais aussi la nécessité de continuer à imaginer l’avenir.
Ces témoignages, à la fois intimes et universels, donnent à voir une Gaza habitée par l’attachement, la solidarité et l’espoir. Raconter devient un moyen de se reconnecter à son identité, de préserver un lien avec la terre d’origine et de réapprendre à habiter le présent.
« Qui vit encore ? » rappelle ainsi que la mémoire n’est pas seulement un souvenir du passé, mais une condition essentielle pour envisager l’avenir.
Film marquant, « Qui vit encore, » est le 4ème long- métrage que le cinéaste genevois Nicolas Wadimoff consacre à Gaza après « L’Accord » (2005), « Aisheen » (2010) et « L’Apollon de Gaza » (2018).
Présenté en première mondiale aux « Giornate degli Autori » de la Venice Film Festival, le film a remporté le Prix Cinema & Arts 2025. Son parcours s’est poursuivi dans plusieurs grands rendez-vous du cinéma, dont la « Mostra Internacional del Cinema de Sao Paulo » et le « Cairo International Film Festival ».
Aux « Journées de Soleure », il a reçu le prestigieux Prix de Soleure, avant d’être nommé aux Prix du cinéma suisse dans la catégorie « Meilleur documentaire». Un parcours qui confirme la portée universelle et la force humaniste de cette œuvre.
S’agissant de ce rendez-vous tunisien, la projection sera suivie d’un échange avec Nicolas Wadimoff, offrant au public l’occasion de découvrir les coulisses de la création du film, son dispositif artistique et la place du cinéma documentaire face aux tragédies contemporaines.
Rendez-vous alors, le 24 avril, à 18h30, à l’IFT, il y a beaucoup à voir et à discuter !
I.A.

